‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 81 sur 91 · DISCOURS SUR LA TOMBE DE FLOCON · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LA TOMBE DE FLOCON

voilà les crimes de Flocon ; voilà pourquoi il est mort en exil.

Nous qui avons partagé son sort, c'est à nous de témoigner de sa force d'airain, pendant cette nuit de quinze ans, où il a pu si souvent se croire oublié, déserté de ceux-là même pour lesquels il mourait. Dans ce silence du monde autour de lui, il sentait que cette lente mort de Texil, raillée par les heureux, avait sa puissance indomptable.

Flocon croyait à Tefiicacité, à la nécessité du sacrifice volontaire de quelques-uns, pour racheter les faiblesses ou les aveuglements d'une nation. Il pensait avec raison que le proscrit combat pour sa cause, à chaque heure, à chaque souffle. D'avance il se réjouissait de combattre encore le bon combat de la justice et de la liberté dans sa tombe, ici , sous cette terre hospitalière , en face de ces Alpes qu'il aimait aussi à prendre à témoin 4e la durée, de l'inflexibilité, de la hauteur de ses convictions.

Certes, cet homme que nous venons de descendre dans cette fosse, parait ici bien seul, sans alliés, sans force, désarmé de tout pouvoir et de tout avenir; pourtant, ne doutons pas que cet homme enseveli dans cette tombe étrangère, ne soit plus près de la victoire que ceux qui semblent aujourd'hui victorieux et invulnérables à tous les coups du sort.

Car la Justice est enfouie ici avec Flocon , et tout le monde sent que la Justice renaîtra et vainci^ !

Les peuples, qu'ils le sachent ou non, sont avec Flocon; et les j>euples auront aussi leur jour; alors ils se souviendront; ils se repentiront d'avoir tant oublié; ils s'étonneront que de telles vertus , si patientes , si robustes , aient eu une si dure récompense. Ils glorifieront le citoyen inébranlable qui emporte en ce moment le bon Droit avec lui sous la terre, pour le conserver et le défendre contre les injures et les rires des puissants d'aujourd'hui.

Adieu, Flocon! adieu, cher compagnon des mauvais jours! Va rejoindre Charras. Dis -lui qu'il y a encore ici des âmes fidèles. Dis-lui que le monde marche; que les yeux des aveugles s'ouvrent; que les chaînes qui lient les peuples commencent à s'user ; .que tant de tombes, n'ont pas été stériles ; que la vérité en sort ; que les nations se lassent de l'ancien joug ; quie les longs exils ont produit leur enseignement; que les cœurs ^e relèvent ; que les vivants espèrent ; que bien* tôt ils réclameront le droit perdu ; que, de toutes parts, le monde attend la lumière et l'émancipation pour lesquelles vous avejç si | noblement dé-» pensé votre vie,

Discours sur la Tombe de Mickiewics (1).

Veytuux (Suisse), 21 mai 1867.

Une tombe, une sculpture, un nom, quelques hommes rassemblés aulouc de la mémoire d'un* poète immortel, est-ce là tout ce qui resti^ d'un peuple ?. Est-ce bien tout ce qu'on nous a laissé de la Pologne?

Qu'en dirait Adam Mickiewicz, si son esprit parlait au milieu de vous, dans ces secondes funérailles ?

Tel que je l'ai connu, il ne serait point ébranlé dans sa foi, ni déconcerté en rien par ce qui se passe dans le monde et par tant de démentis donnés à ses espérances.

Le spectacle de quelques amis persévérants

il) Lu par un ami, à î'ocrasjon de rinHUjrumtion du mpnumont a Montmorency.

fiB8 APPENDICE.

réunis aujourd'hui^ et la voix de ceux qui s*y joignent de loin, couvriraient pour lui toutes les apparences de désastres et de ruines.

Pour lui, la Pologne serait debout avec vous.

Il dirait que les peuples ne se suppriment pas par un ukase, comme un objet de contrebande, tant qu'ils s'obstinent à vivre ;

Que la mémoire des grands morts est une puissance invincible pour les vivants ;

Que Ton peut bien enlever par effraction à un peuple ses lois, ses foyers, mais qu'on ne peut lui ôter ses aïeux. Et tant qu'une parcelle subsiste de cette poussière sacrée, elle engendre dans les tombeaux la vie nouvelle et jette le défi aux déprédateurs des nations et aux ukases qui décrô-

tent le néant.

Nous avons vu de nos jours trois peuples que tout le monde disait morts et qui sont ressuscites sous nos yeux : la Grèce, la Roumanie, l'Italie.

Ne doutez pas que le même miracle se fasse pour la Pologne. Elle n'est pas plus enfouie dans la mort. Il n'est pas permis de ne pas croire à son l'éveil.

Voilà ce que dirait Adam Mickiewicz. Et nous, que dirons-nous de lui ?

Qu'il a laissé à sa patrie une armure invincible pour la couvrir et la protéger dans le sépulcre.

Et cette armure, quelle est-elle? Les œuvres de

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son génie, une langue immortelle qui, de générations en générations, résonnera dans le cœur des hommes et bravera la dent des siècles et des czars.

Ils ne pouront Tabolir cette langue, plus durable que les empires. Tant que les paroles du poète survivront, on entendra dans le monde une voix d'airain répéter sur toute la terre :

c Non ! la Pologne n*est pas morte ! »

Lettre sur la Bataille de Custena*

Veytaux, 28 juin 1866.

Le premier échec de Custozza ne doit certainement pas affecter trop vivement les Italiens. Les guerres les plus heureuses ont souvent commencé par de semblables mécomptes. Cet insuccès peut même devenir utile si les généraux italiens reconnaissent que le plan de campagne a été la principale cause de Téchec du 24. La double attaque sur le Mincio et sur le Pô était trop étendue ; il faudra, je pense, revenir de la pensée fatale d'avoir voulu livrer deux batailles à la fois. Cela ne réussit, pour ainsi dire, jamais.

On se rappellera sans doute que le principe d'un double mouvement, Tun par le roi, l'autre par Cialdini, présentait troj) de dangers.

Si les 60,000 hommes de Cialdini, au lieu d'à* voir été détachés vers Ferrare, où leur présence a

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