PRÉFACE
Paris, le 25 janvier 1943.
Jusqu'à présent le cœur m'avait toujours manqué, quand, avec Pintention de les publier pour sa famille et ses amis, j'essayais de rassembler les vers et les récits épars dans les ‘cahiers de l’aînée de mes filles, ma chère MAY, dont la mort fut la grande douleur de ma vie,
Et maintenant, vieillard de soixante-quinze ans, et plus de trente années après l'envolée de MAY vers le Ciel, je trouve enfin, après bien des épreuves, la volonté et le courage de faire éditer les vers de ma fille, enfant-poëte, afin de laisser d’elle un souvenir durable aux miens et pour répondre à la prière de plusieurs de ceux qui l’ont jadis connue, admirée et aimée.
En tête de ce recueil.des vers de MAY, j'ai fait reproduire deux Spécimens autographes de ses poésies : les Argonautes et
Hésitation, Zont M'° Hébert, /a directrice de l'Institut de la
Madeleine, à bien voulu me confer les exemplaires que lui avait envoyés sa jeune élève. | G
Ce sonnet des Argonautes, si vibrant et que l’on retrouvera plus loin (1) avec de très légères variantes, MAY, je m'en souviens encore, me l’avait\apporté un soir, griffonné sur un bout de papier, en revenant du cours, improvisé d’un seul jet, sans) une rature, en me disant : « Voilà ce que j'ai écrit sous la table, papa, pendant une classe de sciences qui m’embêtait. » … C’est aussi avec de légères variantes, qu’on relira Hésitation sous le titre la Belle au Bois dormant (2), que MAY lui donna
(1) Voir page 22.
(2) Voir page 28.
L’impression de ce Livre de May, d’abord retardée par l'Occupation — car on ne voulait pas le soumettre à la censure allemande — le fut ensuite par
la difficulté de trouver un papier convenable qui n’a pu être obtenu, non sans peine, qu'en mars 1945.
Par
plus tard. Elle avait, pendant son séjour à la campagne, composé ces vers frais et charmants, dédiés à une vieille institutrice. de sa mère, — Bonne Demoiselle, — gui venait passer Ses vacances auprès de nous. C’est une de ses poésies que MAN avait
le plus travaillée et qu’elle affectionnait particulièrement, sans à
doute parce qu'elle donnait une idée assez exacte de Sa nature romanesque.
Et maintenant, dans Poe de mon enfanét, PürHÉ) ses vers
jetés à la hâte, les uns sur des feuilles volantes, d'autres … inscrits en marge de ses cahiers de classe, j'ai dû opérer une
sélection et faire un choix souvent bien Tifaoie
Dans une première partie j'ai réuni les poésies, en général datées et signées (1) dont j'ai pu retrouver les browllons et dont les originaux, s'ils n’ont pas disparu, doivent étre entre les mains de leurs destinataires.
Dans une seconde partie, On Irouvera quelques morceaux, parfois inachevés, dont je n'ai pu préciser les dates, et qui, pour la plupart, figuraient dans un cahier intitulé « Les non envoyés ».
. Parmi les Go poésies qui remplissent les 58 pages de la première partie, 1 n’y a pas moins d’une douzaine de sonnels, depuis Rêverie, son premier essai, dédié à sa mère, les Lacs (2),> l’Aigle et le Jasmin, datés de 1907 (MAY avait onse ans) jusqu'au dernier, De Torrente in Via, qu'elle écrivit vers Pâques 1911, au Sortir d'un office de la Semaine Sainte, pieusement suivi dans une église de village et sous l'impression de la lecture des Psaumes, qu elle comprenait et admirait avec toute la. ferveur de son âme.
Elle affectionnait les sonnets, parce que, discielle e « C’est plus difficile ». Mais aux sonnets fameux de Heredia, elle préférait ceux de Sully-Prudhomme « Parce qu’il y avait aussi du sentiment ». Chez le premier elle appréciait une forme impeccable, qu'elle s’efforçait d’'imiter, mais presque toujours ellé cherchait aussi dans la moindre de ses œuvres à faire éclore
(1) Presque toujours signées May, tout court, comme la plupart de ses devoirs, de ses récits ou de ses lettres, car on la connaissait en général sous ce nom printanier
(2) Dédiés à Mlle Anginieur, depuis baronne Jean de Lestrange, qui venait
de faire de May un portrait au pastel, donnant bien l’image de ce quelle, était à onze ans, à lépoque de sa première communion. :
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une pensée, à susciter une émotion, et; comme on le verra, elle y parvenait très souvent.
C’est pendant les vacances de Pâques 1910, à quatorze ans, qu’elle fit son premier voyage. Afin de la récompenser de son travail, et surtout de sa bonne volonté à toujours lui parler anglais, sa mère, pendant que je menais mes autres enfants à la campagne, lui avait offert une excursion en Angleterre, pour visiter Londres, ce qu’elle désirait vivement. Elle a raconté les débuts de son voyage dans un récit enchanté et débordant de vie (1). Mais ce récit s ‘arrête soudain après une visite à l’abbaye de Westminster ef je n'ai pu en retrouver la fin. Fut-elle jamais écrite? Je l'ignore. Sa narration dut être interrompue à Paris, faute de temps libre pour la continuer, lorsque, rentrée en classe, elle reprit son travail.
Quand elle raconte sa traversée de Dieppe à New-Haven, 0% remarquera avec quelle satisfaction enfantine elle se voit prise pour une jeune Anglaise, parce qu'elle parlait qnglais aussi couramment que français et sans le moindre accent.
Son second voyage fut une excursion aux gorges du Tarn, où je la conduisis avec sa sœur Thérèse au début des grandes vacances de 1910. On en lira plus loin la pittoresque narration intitulée : Auvergne (2).
Après avoir admiré les monuments et les musées de Londres, MAY #’en apprécie pas moins la nature sauvage de cette rude région des Causses; elle s'intéresse à tout, cause avec les gens du pays, s’essaye à parler leur patois, voisin de la langue d'Oc. C’est d’une conversation avec un brave paysan, le cocher de notre voiture de louage, qu’elle va tirer les éléments d'une nouvelle romancée sous ce titre Lisoun de Sauvetetrre. Nouvelle dont j'ignorais d’ailleurs l'existence, qui fut sans doute écrite à son retour à la maïson, et que je n’ai découverte dans un de ses cahiers que bien longtemps après sa mort.
A près l’excursion des gorges du Tarn, nous revinmes passer en Normandie la fin des grandes vacances, qui, en raison du beau temps, furent prolongées jusqu’au milieu d'octobre. C’est alors que, pleine de vie et de santé, elle écrivit les poésies qui vont de la Belle au Bois dormant à Deux Vaisseaux dans la Nuit (29 28 à 42). |
(1) Voir Mon premier Voyage — Voyage à Londres, pages 189 à 106. (2) Voir Auvergne, pages 197 à 207.
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Le château de Villequier vu de l’'Ermitage.
Dans ce parc du château que nous habitions alors, devant cet admirable panorama des bords de la Seine, chanté par Victor Hugo, qui, lui aussi, perdit à Villequier re fille chérie, MAY jouissait intensément du spectacle de la belle nature (1).
A l'ombre des grands arbres qu'elle chérissait (2),
Objets inanimés, avez-vous donc une âme Qui s'attache à notre âme et la fonce d’aimer?
devant ces magnifiques forêts, dont la vue s'étendait au loin à l'horizon, comme elle était heureuse de venir s'asseoir Sur un banc pour se reposer d’une longue randonnée à travers les bois, en parlant avec ses parents d'art ou bien de littérature et en zévant peut-être aux vers écrits par Victor Hugo sous ce titre « À Villequier » à cette place même (3). |
C’est là, près d’un vieux mur où grimpaient les glycines, qu’elle écrivit pour une amie (4) les vers baprisés du nom de ces fleurs « mauves et nuancées » ef « qui portent le demi-deuil », qu’elle compare poétiquement à « des grappes d’opales » ox bien « des bulles d’horizon ». ;
Plus tard, après avoir visité dans notre voisinage l’ancienne Abbaye de Saint-Wandrille, qu'à cette époque habitait Maeterlinck, elle s'amusa à composer, coup Sur coup, trois pasfiches (5) à la manière de l'écrivain belge. « I est si facile à imiter, Zisait-elle en blaguant, on n’a qu'à parler pour ne rien dire. » Elle lui préférait Kipling, dont l'âme ardente correspondait davantage à sa propre nature et qui lui inspira sa Chanson de la Femme Danoise (6) #4 Deux Vaisseaux dans la Nuit (7) une des poésies qui lui ont demandé le plus d'efforts, car 1 en existe plusieurs variantes et dont Taisez-vous! Taisez-vous! (8) semble être la première ébauche.
(1) « J'ai tant aimé la vie et la nature », disait-elle sur son lit de mort. (2) Voir pages 16 et 17 : Aux Arbres de Villequier. (3) Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,
Emu par ce tranquille et superbe horizon.
(V. Hugo, à Villequier, dans les Contemplations).
(4) Voir page 31 : Glycines.
(5) Voir pages 37 à 39 : Les Clefs et À la Maeterlinck. (6) Voir page 40.
(7) Voir page 42. )
(8) Voir page 41.
Revenue à Paris pour entrer — elle n'avait pas Encore
quinze ans — dans cette classe de Première, que de mon temps on appelait la Rhétorique, ‘elle se remit au travail avec son ardeur habituelle et se passionna Surtout pour le M
Je n’ai pas retrouvé sa composition de début : c'était la traduction d’un passage de Virgile. Ælle fut sans cos COnservée par son professeur, qui la lut, me dit-on, à Ses élèves du Lycée Condorcet; mais je me rappelle l'air étonné de MAY ie je lui demandai comment elle avait fait cette version...
« En vers, naturellement, » #e répondit-elle, surprise de ma. Pa et trouvant même un peu bizarre l'idée que l’on par traduire en prose un poëte!
Est-ce à cette compréhension du vers latin, dont elle percevait le rythme et la cadence, avec ses alternances de longues ét. de brèves, que l’on doit la forme mélodieuse de certaines | poésies de MAY? Dans la Chanson des Brises (1), par exemple, | « on entend son âme qui chante ».
N'y a-t-1l pas dans les plus harmonieux de ses vers quelque chose d’analogue à l'impression musicale que l’on ressent à la lecture des poëtes, qui, tout en observant la rime et la césure françaises et en se conformant aux règles de notre prosodie, semblent obéir en même temps à celles des prosodies grecque et latine? Cela n’est-11 pas sensible chez André Chémier, far exemple, et chez Leconte de Lasle : dans ce long poëime « l’Aveugle » (2) du premier, que MAY savait par cœur, et dans bien des vers du second, dont elle admirait l'ampleur et la sonorité (3), ou même dans certains passages des tragédies de Racine :
Ariane, ma sœur, de quel amour blessée Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée?
(1) Voir page 11 — Mise. en musique soli et chœurs par M. Le Amirian, sous le titre Prise du soir, poésie de May d’Acher. (2) « Salut, belle Syros, deux fois hospitalière
« 1 voix me ee un de ne necnie « Sur un arbuste assise et se console et chante. »
(3) « Mais sur le sable, au loin, chante la mer divine « Et des hautes forêts gémit la grande voix « Et l’air sonore aux cieux que la terre illumine « Porte le chant des mers et le soupir des bois. »
NE
Toute proportion gardée, et sans vouloir risquer une comparaison, qui serait aussi ridicule que déplacée, entre les essais poétiques de MAY et les chefs-d’œuvre de nos grands écrivains, 11 semble bien cependant que beaucoup des vers de l’enfantpoëte, que souvent d'ailleurs on lui réclamait pour les mettre en musique, donnent cette sensation d'une mélodie. Ne vous semble-t-1l pas entendre un chant harmomeux, quand elie dit à sa mère en l'écoutant jouer au piano (1) un de ses morceaux préférés :
Nos âmes, en vibrant, se frôlaient l’une l’autre, La vôtre s’exhalait quand vous Jouiez pour moi, La mienne frémissait en écoutant la vûtre.
ou quand elle dit à sa sœur Thérèse (2)
J'aurais voulu chanter pour dire mon ivresse, Mais ma voix hésitait comme un oiseau blessé
J'avais en moi captif un élan d’harmonie...
Ne croirait-on pas entendre résonner les cordes d’un violoncelle quand elle écrit (3)
À peine avons-nous eu le temps de nous connaître.
Nous passons, nous passons, nous passons. Aujourd’hui Le flux nous rapprocha... mais le reflux peut-être.
Nous sommes deux vaisseaux se croisant dans la nuit.
ou, quand dans cette étrange « Chanson de la dernière heure » (4) elle écrit ces paroles troublantes, près de six mois avant de partir pour le Ciel :
Dans l’odéur des fleurs qui vont naître En paix laissez-la s’en aller;
Ouvrez bien grande la fenêtre
Pour qu’elle puisse s’envoler.
(1) Voir page 14 : À Maman.
(2) Voir page 30 : Pour Thérèse.
(3) Voir page 42 : Deux Vaisseaux dans la nuit. (4) Voir pages 50-51.
Laissez partir la bien-aimée, T0 Ten Laissez partir la bien-aimée (1) |
Cependant, absorbée par ses études, car, bien que la plus. jeune de sa classe, 1l lui fallait être et elle était presque toujours et partout la première, MAY écrivit peu de vers durant Les derniers mois de 1910. Dans les cahiers de cette époque, je ne. découvre guère que des « Devoirs de style » dont on trouvera quelques-uns à la suite de Ses vers avec un certain. nombre de morceaux choisis de sa prose : compositions rendues annotées ou même devoirs écrits pour des compagnes qui, dépourvues d'imagination, n’hésitaient pas à recourir à celle de :« la Petite MAY » (2), toujours disposée à faire le 1ravail d'une camarade dans l'embarras ou à improviser pour la fête de la directrice le compliment (3), en vers bien entendu, dont. une de ses aînées avait été sans doute chargée.
Pourtant, lorsque, par un beau matin d'hiver, je l’emmena passer ses vacances de Noël auprès de Ses cousines de Mortemart au château de Saint-Vrain, elle fut enthousiasmée et littéralement éblouie par un radieux lever de soleil surgissant à l'horizon de la Cité et qui, pareil à une aurore boréale, illuminait les rives de la Seine, depuis le Louvre jusqu'à Notre- Dame, de toutes les couleurs d'un arc-en-ciel ou du Spectre solaire. Ravie et inspirée par la splendeur de ce spectacle, MAN me demanda de nous arrêter un moment sur le pont de Solférin0, pour le contempler avant de prendre le train à la gare d’ Orsay. Durant le trajet, silencieuse contre son habitude, elle écrivait sur Soh carnet, et à Brétigny, en descendant de WALON, elle glissa dans ma main l’étincelante « Lumière » (4).
(1) Ce désir de voir son âme s’envoler Join de la terre, May, qui sur son lit de mort disait : « Mon corps me gêne », ne l'exprime- t-elle pas déjà, quand, dans cette poésie À Eglise (voir page 43), elle écrit le jour de la Toussaint
«mon cœur palpite et bat des ailes En voulant lInfini dans sa captivité!
et dit, sans doute en pressentant sa fin prochaine Les portes s'ouvriront pour moi bientôt peut-être; La lumière divine inondera mon être.
(2) Voir chapitre H le devoir composé pour une autre élève.
(3) Voir page 21 le « Compliment » pour la fête de Mile Hébert.
(4) Voir page 45. Lumière fut dédiée à Marie Hély d’Oissel, depuis Mme André de Laboulaye, qui s'était gentiment intéressée aux essais. poétiques de sa jeune cousine et les avait montrés à son oncle le marquis de Ségur.
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A près le Jour de l'An elle reprit ses chères études et se donna tout entière à son travail. Aussi bien en janvier IQII je ne vois dans ses cahiers que le brouillon des vers si généreux
On verra l’impression de l’académicien dans une lettre du 2 janvier 1911, en partie reproduite plus loin, écrite par Marie Hély d’Oissel à ma femme, sa tante à la mode de Bretagne, — Zumière, si large en sa brièveté, offre un exemple caractéristique de la manière de l’enfant-poëte, gui cherchait l’Idéal partout, et réalise le type de poésie, d’un souffle toujours assez court, qui était dans ses cordes et lui plaisait.
Dans une première strophe, (14 vers seulement de huit syllabes, simplement descriptifs et sonores), éclate son admiration juvénile pour un merveilleux spectacle de la naturc
En retehant sous ma paupière
Et dans mes regards éblouis Comme un flamboiement de lumière Et de rayons épanouis,
et son étonnement devant cette aube ensoleillée qu’elle contemplait sans doute pour la première fois
Car je gardais sous ma prunelle La splendeur de l’astre vermeil.
Mais aussitôt après, dans les 10 vers de la fin, exclusivement spirituels et contemplatifs, au sens mystique de ce mot, et d’une envolée si noble et si pieuse, avec une allusion à la souffrance génératrice de beauté, l’âme de May s’élance d’un coup d’aile vers
Dieu, qui seul illumine tout.,
Ces essais poétiques, d’une forme parfois si belle dans leur brièveté et si pleins de pensées, May les préférait évidemment à de longues tirades de vers facilas et pompeux, dont on aurait pu aisément « allonger la sauce », comme elle disait en riant. — Avait-elle tort ? Elle était de son temps et vivait à une époque trépidante où déjà — et cela n’a fait que s’accroître — les loisirs manquaient pour lire ou écouter en paix des poëmes sans fin, à une époque où les plus belles poésies de Lamartine ou de Victor Hugo et les Vuits même de Musset commençaient à paraître un peu longues à des gens agités, trop pressés! Par contre, l’on connaît partout quelques-uns de nos sonnets célèbres, depuis ceux de Ronsard jusqu’à ceux de Heredia, et le fameux Sonnet d’Arvers a suffi pour immortaliser son auteur. Tout le monde sait aussi ou devrait savoir par cœur quelques fables de la Fontaine, comme /e Chêne et le Roseau, d’une facture si puissante, /e Héron, avec ses vers harmonieux et limpides
L’onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours et sa suite amusante : Za Fille ou La Jeune Veuve, avec ce vers délicieux Sur les ailes du temps la tristesse s’envole.
On entendra toujours avec: émotion le Vase brisé et surtout les Yeux, de Sully Prudhomme,
Peut-être en sera-t-il de même pour quelques vers de May : le sonnet des Argonautes, par exemple, ou Zumière, ou la Belle au Bois dormant, ou bien Déux Vaisseaux dans la Nuit, ou Aux Arbres de Villequier, écrits par une enfant de treize ou quatorze ans!
EU En
et tendres (1) adressés « À ceux que J'aime à la veille de : mes quinze ans ». |
En février je ne découvre qu'un sonnbe Rêveries composé, un peu sur commande, pour notre excellent voisin René Bazin, dont la plus jeune fille est toujours restée une des amies les plus chères de MAY et qui s'était lui-même intéressé « à la joke nature, écrivait-1l, et au don indéniable » de notre enfant.
Puis, tout à coup, après un assez long silence, à l’aube du printemps 1011, en pleine santé, elle composa cette angotssante et douloureuse Chanson pour la Dernière Heure (2) où la pensée d’une mort prochaine semble la hanter déja.
Pour les vacances de Pâques 1011 nous devions, mes deux filles aînées et moi, aller passer la Semaine Sainte et les fêtes de Pâques au château de Savigny-les-Beaune chez ma grand’mère de la Loyère.
La, dès son arrivée, MAY fut empoignée par tous les souvenirs du passé, que rappelait cette antique demeure de la famille de mon grand-père. Sans jamais se lasser elle écoutait les récits de la vieille dame de quatre-vingt-dix ans, sa bisaïeule.…. À Savigny, MAV, qui, après une visite dans un château de nouveaux riches, commençait un Rondel (3) par ces vers :
Un château sans portrait est un château sans vie Et vide comme un cœur qui ne se souvient pas.
à Savigny MAY éfaif servie à souhait. À côté des sémillantes jeunes femmes peintes par Largillière (4), grand'mère lui montrait, bardés de fer ou revétus de leurs toges d’hermine, les portraits des ancêtres de son mari défunt, noblesse de robe cu
‘épée de la Bourgogne et lui expliquait sa parenté lointaine avec le maréchal de Boucicault ef le président. Jeannin, pus plus récente avec Bossuet, Sainte Jeanne de Chantal ez la mar-
(1) Voir page 47. (2) Voir pages 50 et 51.
(3) C’est dans ce même Rondel (voir p. 46), qu’elle écrit :
Les morts toujours aimés ont leur place ici-bas Et les seuls disparus sont ceux que l’on oublie.
(4) Voir page 54 : Au vieux portrait de Savigny.
: por
quise de Sévigné, née Rabutin-Chantal, enfin, de notre temps, avec notre pieux cousin, Just de Bretenières, mon patron, le saint et vaillant missionnaire qui fut martyrisé en Corée, dont la vie a été écrite par Mgr D'Hulst et dont on attend la béatifcation prochaine (1). Une des branches de sa fanulle, les Pas de Beaulieu,» é/ant originaire de Montpellier, grand’mère se gardait bien aussi d'oublier sa parenté plus ou moins légendaire avec saint Roch, patron de cette ville, et celle, moins éloignée et plus certaine, avec Mgr Affre, l'archevêque de Paris, tué sur les barricades (2) en 1848.
De même que les récits de sa bonne maman de Courcy, dernière descendante des la Tour Maubourg, quand elle lui parlait des illustrations de sa famulle, toutes ces histoires des anciens temps intéressaient MAY prodigieusement, comme en témoignent ses poésies : « Savigny » ef « Aux Aïeux » (3).
Mais en même temps les ofhces des jours saints et de la Semaine de Pâques, qu'elle suivait avec ferveur et dont elle aimait et comprenait les admirables prières, lui inspiraient ce douloureux Repentir (4) où « Déjà femme, encore enfant » (5) suivant l'expression de son dernier sonnet De Torrente in Via, certe pure jeune fille n'hésite point à se comparer à la pécheresse repentante, à Madeleine dont, avec l'âme ardente et passionnée, elle possédait seulement là luxuriante chevelure, attribuée par la tradition à l’'Amante du Christ.
La mode n’était pas encore aux cheveux courts. MAY laissait croître et flotter les siens, qui encadraient sôn clair et fin visage et retombaient sur ses épaules bien plus bas que sa taille. Ils ondulaient naturellement; leur nuance si rare et leurs reflets dorés attiraient les regards de maints admirateurs.
(1) C’est de lui que je tiens ce prénom de /wsf, qui, après sa mort en mars 1866, fut donné à plusieurs nouveau-nés de la famille, ses cousins ou neveux Just de Bournazel. Just de Poligny, etc., nés comme moi de 1867 à 1870, ce prénom Just qui continuera, je l'espère, en souvenir du glorieux martyrÿ à être porté par quelques-uns de mes descendants.
(2) May s’intéressait également aux vieux parents encore vivants de notre aïeule et elle correspondait même avec une vénérable religieuse du Sacré-Cœur da Montpellier, la Révérende Mère de Cabanoux, expulséc de France et exilée en Espagne, qui, à la nouvelle de la mort de notre enfant, écrivit une lettre touchante, dont on lira plus loin des extraits avec ceux de plusieurs des Ilcttres qui nous furent adressées alors à ma femme ou à moi.
(3) Voir pages 52 à 56.
(4) Voir page 67.
(5) Voir page 58.
MAY s'en apercevait un peu :
Ils onduülent ainsi que la crête des flots
A l'heure du reflux... Le vent qui tourbillonne
Les saisit, les prenant pour des feuilles d’automne, Le papillon les croit des cytises déclos. :
écrit-elle dans cette poëste (1) appelée Vos Cheveux qui offre une image si parfaite des siens.
Mais, après les avoir ainsi dépeints, elle 1 sans doute prise du remords de s'être laissée aller à un sentiment de coguetterte, oi de puérile vanité. ,
Aussi bien, à dater de ce jour, la glace de sa chambre futelle rcouterte d’un voile, afin d'éviter désormais la tentation de regarder et d'admirer peut-être ses beaux cheveux pailletés d’or, dont MAY, dans ces mêmes vers, disait encore :
C’est la teinte incrustée aux bords des porcelaines Que brülent les vapeurs odorantes du thé;
C’est la nuance ardente, à la fin de l'été,
Des frémissants taillis Ge bouleaux et de frênes.
Ils ont des chatoiements d’étincelle qui vole Et vous me rappeléz, avec votre air pensif, L’archange extasié d’un vitrail primitif
Aux cheveux lumineux nimbés d’une auréole.
(1) Voir page 34.
Pages
© NI Ou BOS à m
BESVERS'DE;: MAY
(Première partie)
Les Primevères
Rêverie (Sonnet)
Les Lacs (Sonnet)
L’Aigle (Sonnet)
Le Jasmin (Sonnet)
Les Cloches — Berceuse
Une Rose (Sonnet)
Vieux Portraits
Harmonies
En relisant (Sonnet)
Mort de Mouette
La Chanson des Brises
La Dentellière (Sonnet) Sonnet à l’inconnue — Je t'aime Dites-le moi — Il pleut bergère —. À maman Le Nénuphar (Sonnet)
Aux Arbres de Villequier
Un Evangile
Vous m'avez demandé des vers Consolatrix
Compliment
Les Argonautes (Sonnet) Ballade
; Charité
J'ai tellement besoin d’aimer Le Convive
Etre poëte
La Belle au Bois Dormant Sonnet pour ta Rose
Dates Août 1907 Septembre 1907 Septembre 1907 Septembre 1907 Octobre 1907 Décembre 1907 Avril 1908 Juin 1908 Juillet 1908 Août 1908 Octobre 1908 Novembre 1908 Janvier 1909 Janvier 1909 Janvier 10909 Avril 1909 Septembre 1909 Décembre 1909 Février 1910 Mars 1910 Avril 1910 Mai 1910 Mai 1910 Mai 1910 Mai 1910 Juin 1910 Juillet r910 Août 1910
Pages | , Dates mr 30 Pour Thérèse Septembre 1910 31 Glycines Septembre 1910 22 L’'Etang Profond Septembre 1910 33 La Voix de la Nature Septembre 1910 34 Vos Cheveux Octobre 1910 35 Ballade Octobre 1910 36 Arrivée Octobre 1910 37 Les’Glés Octobre 1910 38 A la Maëterlinck Octobre 1910 39 Chanson Octobre 1910 40 Chanson de la Femme Danoise Octobre 1910 AI Taisez-vous! Taisez-vous! Octobre 1910 42 Deux Vaisseaux dans la Nuit Octobre 1910,
43 A l'Eglise Novembre 1910 44 Mots d’enfant Décembre 1910 45 Lumière Décembre 1910 - 46 -Rondel Janvier 1011 € 47 À ceux que j'aime Janvier 1911
48 Au pays des Hellènes (Sonnet) Février 1911
49 Préfaces aux Primevères Février 1911