AFPROPOS DE LA. PROSE DE MAY
De ces Morceaux Choisis, parmi tant d’autres qui reposent encore et dormiront toujours dans les cahiers de May, je ne possédais qu’une faible partie, quand je parlai, vers 1940, de mon intention d’écrire sa vie et de publier quelques- unes de ses œuvres. (Combien d’ailleurs resteront à jamais inconnues, envoyées à des destinataires aujourd’hui disparus ou dispersées à tous les vents de sa fantaisie.)
C’est donc tout récemment que me fut apporté par Mary, son ancienne gouvernante Irlandaise, le dialogue enfantin, le Crerge, dont elle avait gardé le texte.
À la fin de la Mort du Grenadier je retrouve, car rien n’était perdu pour ay, une réminiscence du quatrain qui termine l’air fameux des Deux Grenadiers de Schumann, qu’elle aimait à m'entendre chanter.
Dans la Ville d’Is, elle parle déjà de son « /déal » et finit par cette phrase singulière, par cette pensée inattendue dans une âme de douze ans : « Æélas! 1l en fut de cet Idéal comme de tous les autres : je ne l'atteigms qu’en rêve. »
D’autres récits, ma femme vint le 8 septembre 1043, six mois avant de mourir, me les apporter avec son carnet des poésies de May : « Quand notre enfant, me dit-elle, venait me montrer de pages de ce genre en me demandant « Trouvez-vous cela bon; est-ce joli, maman? » j'en étais surprise et .un peu effrayée et je tremblais pour elle... Comme J'avais raison! » Dans la Mystérieuse, cette extraordinaire et . fantastique improvisation, écrite pendant la lecture des notes, par une fille de treize ans, élève de troisième, on s’aperçoit que May commence à se rendre compte, à prendre conscience
du sentiment poétique qui s’éveille en son âme. C’est alors qu’elle écrit, se parlant en rêve à elle-même : « La Muse du. Rêve, dit en souriant la Poésie, petite May, tu l'as!» ©:
En relisant ses Récits de Voyages : Londres et Auvergne, Je retrouve notre May tout entière, avec sa sensibilité frémissante, mêlée parfois d'humour ou de blague gasconne, avec ses vibrants enthousiasmes pour l’Art aussi bien que pour la Nature. Je songe à la joie que j'aurais eue, pour la récompenser de ses succès scolaires; à faire en sa compagnie le voyage d'Italie, à lui montrer les monuments et les musées avec les paysages de rêve que j'avais jadis tant admirés à son âge.
Quelles descriptions enthousiastes, quels vers extasiés pareil voyage lui aurait inspirés!
: Enfin Zisoun de Sauveterre, cette dernière Nouvelle de May, ne Jaissait-elle pas espérer que des récits romanesques où dramatiques, des fantaisies émouvantes ou lyriques allaient bientôt jaillir, comme d’une source vive et naturelle, de cette pure et. fertile imagination et du génie naissant de cette âme d’élite?
LETCIERGE
(Petit-Jean, habillé en enfant de chœur, est tout seul dans l'église.)
PETIT-JEAN
Vite, vite, M. le Curé m’a dit de ne pas laisser brûler les cierges trop longtemps, faut que je les éteigne.
Mais où est donc l’éteignoir? Ah! oui, c’est Gros-Pierre qui l’a rangé et j’sais pas où il l’a mis. Ben! j’ai qu’à grimper sur l’escabelle, je les éteindrai bien comme ça. (17 éteint successivement tous les cierges; mais arrivé au dernier, qui est un peu haut, il ne réussit pas. Tout rouge et essouffé, 1 descend).
J'm’en vas aller chercher Zudo, le forgeron, avec sa grande bouche il éteindra ce vilain cierge. Pourvu que la nièce à M. le Curé n’entre pas! C’est elle qui en f’rait du grabuge! (77 disparaît un instant.)
LUDO
Tu verras ça, Petit-Jean, je l’éteimdrai bien tout seul ton cierge! (Ludo monte sur l'escabelle et souffle, souffle mais ne réussit pas.)
Sapristi! Qu'est-ce qu’il a ce cierge? Tiens-moi bien; tiensmoi bien ou je vas tomber.
PETIT-JEAN
C’est p’t’être ben parce que t’as pus de dents qu’ça n’va point. S1 j'allais chercher la Mathurine, elle en a encore elle.
En 145 —
LUDO Vas’y voir.
PETIT-JEAN
La Mathurine! La Mathurine! Viens-t-en m'aider! Y a l’cierge à M’sieur l’curé qui n’veut point s’éteindre! |
MATHURINE (les manches relevées et tout essoufflée)
Voilà, voilà!
LUDO
Monte sur l’escabelle.