SCÈNE II
LE PATRON RAMONEUR
Monsieur le maire, toutes vos cheminées sont faites. Vous avez ici la plus belle du pays.
Vous pouvez y rôtir un bœuf sans danger.
LE MAIRE
On y cuira plus qu'un bœuf : des saumons, de la daube et beaucoup de volailles. Ma fille épouse un médaillé militaire.
ROSE
Oh ! le joli petit garçon ! Mais il n'a que les dents et les yeux qui soient blancs. Comment t'appelles-tu?
LE PETIT RAMONEUR
Emile.
ROSE
Est-ce qu'il est sage?
LE PATRON RAMONEUR
Oui, mademoiselle. Il n'était pas trop heureux dans notre pays. Son père est mort au Chemin-des-Dames, en 1917.
Quoi ! Ton père a été tué au combat du Chemin-des-Dames, en 1917?
LE PETIT RAMONEUR
Oui, mademoiselle.
ROSE
C'est là que Jean a été cité à l'ordre de l'armée, et qu'il a remporté la médaille militaire. Peut-être a-t-il connu ton papa.
LE PETIT RAMONEUR
Je ne sais pas, mademoiselle.
ROSE
Pauvre amour. Et sa maman? Est-ce qu'il a sa maman?
LE PATRON RAMONEUR
Elle est morte de chagrin en apprenant que son homme était tombé.
LE MAHIAGE FORTUNE 121
ROSE
Viens, mon petit chéri, viens que je te gâte un peu, viens dans ma chambre. Estce que tu as un porte-monnaie pour y mettre les étrennes que l'on te donne?
LE PETIT RAMONEUR
Oui, mademoiselle.
ROSE
Montre-le-moi.
LE PETIT RAMONEUR
Le voici.
ROSE
Oh ! Le pauvre porte-monnaie ! Tout de même, tu y as quarante-huit sous. Tiens ; voilà un billet de vingt francs. Tu ne le perdras pas. Embrasse-moi.
LE PETIT RAMONEUR
Merci, mademoiselle.
ROSE
Et qu'est-ce que tu as là dans cette boîte?
LE PETIT RAMONEUR
Une marmotte.
ROSE
La drôle de bête ! Tu lui donnes quoi à manger?
LE PETIT RAMONEUR
Un peu d'herbe.
ROSE
Il y a en bas des noisettes sèches. Tu en emporteras. Tu verras si elle les aime.