‹ Le Livre des 400 auteursChapitre 29 sur 41 · LA CRAVATE · texte numérisé non relu

LA CRAVATE

La cravate change suivant notre âge. Avant dix ans, nous avons le cou libre de tout frein ; — jusqu'à dix-huit ans , la cravate est un objet d'utilité ; — de vingt à vingt-cinq ans , elle devient un objet d'agrément : nous cherchons à bien encadrer notre visage; c'est facile, et nous supportons

gaiement le joug du collier; — à trente ans , l'encadrement commence à être une étude ; — à quarante ans, c'est un travail ; le collier se change en un carcan : nous as[-.iroDs au repos. Passé cet âge, nos dernières prétentions à la beauté, qui lui ont survécu vingt ou trente ans seulement, s'éteignent, et la cravate devient ce qu'elle veutj nous n'y prenons pas gartle; elle s'affaisse, se laisse liumiher, écraser par le col de chemise, ou se métamorphose en un sac dans lequel nous enfonçons le menton, la bouche et même le bout du nez.

La forme, la couleur, l'ajustement de la cravate, se modifient donc suivant l'âge , et aussi selon le caractère et la position sociale des individus.

Une cravate molle, lâche et nouée avec négligence vous signalera le

viveur; — une cravate roide, brune et serrée vous fera reconnaître l'iiumoriste, le mauvais coucheur.

Le militaire en retraite reste fidèle au collet noir brodé d'un liséré blanc. — Le médecin, l'artiste, l'avocat (nous ne parlons pas de l'avocat amateur) , portent la cravate sans prétention , roulée sans roideur, et s'abstiennent totalement de col de chemise.

L'ex-chansonnier du caveau, l'antique adorateur de mademoiselle Mars, l'incroyable de l'an IX , le littérateur de l'empire , sont ornés à l'endroit dont nous parlons d'une espèce de turban blanc dans lequel leur visage ridé nage comme un macaron sur un fromage à la crème.

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