LA GESTICULATION
L'orateur qui accompagne son discours de gestes fréquents , variés et naturels est généralement un esprit vif et brillant ; celui qui débite ses harangues sans faire le moindre mouvement , est plus généralement encore un esprit lent et lourd.
L'homme sensé gesticule peu, l'homme spirituel gesticule davantage, l'imbécile ne gesticule pas du tout.
Cette espèce de sot , qu'on nomme le danseur de corde , c'est-à-dire l'homme à la fois bavard, vide, emphatique, vaniteux, prétentieux et outrecuidant, est très-gesticulateur. Non content des mouvements de sa physionomie, — car il cligne les yeux ou les écarquille, ouvre la bouche toute grande , la ferme avec contraction et prend un air triste , gai ou pleureur, suivant le sens de ses paroles, — il aide encore à l'expression de son discours par des mouvements de lêle, de corps , de bras et de jambes; il se porte sur une hanche, puis sur l'autre, cambre son torse, le redresse ou le courbe ; en un mot, se livre à une foule d'exercices qu'il prend pour l'art mimique, et qui ne sont à vrai dire que grimaces et contorsions.
Parmi les gestes détestables , il faut placer en première ligne ceux du grand-papa, qui consistent à déboutonner et reboutonner et redéboutonner le gilet de l'interlocuteur, — à prendre l'auditeur par le devant de son habit, et à le secouer de temps en temps, — à l'arrêter tous les trois pas, à repartir, à l'arrêter encore, et à continuer ainsi jusqu'à ce qu'il tombe d'impatience et de lassitude ; — enfin , à marquer la mesure de toutes les phrases par un petit coup sec appliqué sur l' avant-bras du patient, et toujours à la même place, jusqu'à décollement du poignet. — Toutes choses qui font rire d'abord, et finissent par faire prendre en grippe la gesticulation.