L'EPREUVE D'AMOUR
Un tilleul se penchait vers la vallée profonde ; — il était large du bas et menu par en haut ; — au-dessous étaient assis deux amoureux, — oubliant leur chagrin dans l'amour.
« Ma belle chérie, il faut nous séparer, — je dois voyager pendant sept ans. >• — « Si tu dois voyager sept ans, — je n'en choisirai pas d'autre. »
Et quand les sept ans furent finis, — elle tressa ses cheveux avec de la soie — et alla dans le jardin — attendre son bien-aimé.
Et elle alla sous les tilleuls — pour trouver son bien-aimé ; — elle alla dans la verte forêt, — et un cavalier s'avança fièrement à cheval.
« Bonjour, belle jeune fille, — que fais-tu ici solitaire? — Ton père ou ta mère sont-ils fâchés contre toi, — ou as-tu un mari en secret?»
« Mon père et ma mère ne sont pas fâchés contre moi, — et je n'ai aucun mari en secret. — Hier, il y a eu sept ans et trois semaines — que mon dou>: ami est parti en voyage. »
« Hier j'ai chevauché par la ville ; — ton douxami y fait sa noce. — Quels souhaits fais-tu pour celui — qui n'a pas gardé sa foi? »
« Je lui souhaite autant de bon temps, — autant qu'il y a de sable au bord de la vaste mer; — je lui
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souhaite autant de pur bonheur, — autant qu'il y a d'étoiles au ciel.
« Je lui souhaite tout ce qu'il y a de meilleur, — autant que l'arbre a de branches; — je lui souhaitc aussi une bonne nuit, — puisqu'il n'a jamais pensé à moi. »
Que tire le cavalier de son doigt? — Un joli anneau d'or pur. — Il jette l'anneau sur elle; — elle pleure tant que l'anneau est emporté par ses larmes.
Que tire-t-il de sa poche? — Un mouchoir blanc comme neige. — « Essuie, essuie tes petits yeux: — tu es désormais tout à moi.
• Je voulais seulement t'éprouver, — voir si tu te fâcherais et me maudirais; — si tu t'étais mise en colère et m'avais maudit , — je serais reparti sur l'heure. » '
Il est resté dans la poésie populaire des peuples européens bien des souvenirs de ces retours inespérés après de longs voyages, pèlerinages ou croisades. Un des plus jolis et des plus connus romances portugais, A Bella Infanta, traite le même sujet : les héros y sont époux au lieu d'être fiancés. Almeida Garrett compare ce romance à une petite scène anglaise rapportée par Percy (vol. II, b. i, As ye came from the Holy Land...). La ressemblance n'existe que dans quelques vers. J'en dirai autant du romance espagnol : Estaba la linda infanta, qu'il cite ensuite. En
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revanche, l'histoire se retrouve tout entière dans un romance de Juan de Ribera, dont il ne donne qu'un fragment (voy. Duran, t. I, p, 175). Le même thème a fourni aussi: la chanson piémontaise. Canté, cantè, fietta, — ûnchê si da maridà...; et les chansons grecques de Y épouse fidèle et de la Reconnaissance (Cte de Marcello, p. 162 et 163); le romance catalan de Brancaflor, la chanson normande de Germine (M. de Puymaigre, Les vieux auteurs castillans, II), la chanson bretonne des Deux Frères ou de V Epouse au croisé, etc., etc.