Le livre des jeunes filles
Nous voici enfin à Paris, tout occupées encore de nos arrangements d'intérieur. Que de clioses il faut, mon Dieu ! pour vivre simplement. Je n'en avais aucune idée en vérité. Tout se trouvait si bien à sa place dans notre belle préfecture, la vie
V étnit si pniTaitenicnt ordonnée que je ne m'étais jamais rendu compte de la quantité d'objets divers dont nous usons chaque jour. Il a fallu que la frêle santé de ma lionne mère lui interdît de se mêler des mille détails de notre installation, et la forçât de s'en remettre à ses filles de tous ces soins pour que nous comprissions, ma sœur et moi, de combien de petites choses dépend l'agrément de la vie quotidienne. Quoi que nous fassions, cependant, nous ne pouvons éviter un peu de fatigue à maman qu'il nous faut, dans notre inexpérience, consulter à chaque instant, et qui n'a pu se dispenser de faire de lonoiies courses avec nous. Lia la force à s:nrder la chambre aujourd'hui : elle s'est installée auprès d'elle pour la mieux soigner; et vous savez, marraine, si ma sœur s'y entend!
Nous comptons tous, ma tante, sur votre bonne visite. Votre chambre est déjà prête, et ma mère me charge de vous dire qu'elle sera charmée de vous la voir occuper.
Je ne puis rien vous dire encore, chère tante, de ce Paris dont je ne connais que les ennuis ; mais aussitôt notre installation terminée, avec quel plaisir je verrai toutes les merveilles qu'on en raconte î La sage Lia regrette notre grande et paisible préfecture qui, les jours ordinaiies , était déserte comme le palais de la belle au bois dormant. Comprend on cela ?
Adieu, marraine; je suis si occupée de tapis, de rideaux, de tentures, qu'il ne me reste que le temps de vous embrasser de tout mon cœur et avec tout le respect que je vous dois.
Votre filleule bien affectionnée, Eve Tiilrin.