CONSIDÉRATION SUR LA MORT
(Bossaet.)
Oeigneur, «vous n'avez pas fait la mort;» ®(Sap.. I, 13) elle n'était pas au commencement, et « elle n'est entrée dans le monde que par le péché.» (Rom., 5, 13.j «Vous avez créé l'homme immortel » (Sap., 2, 24J, et s'il fût demeuré obéissant, la mort eût été pour lui un mal inconnu. Mais voici la merveille de votre grâce; la mort n'est plus mort, après que Jésus-Christ l'a soufferte pour nos péchés et pour les péchés du monde. Elle n'est plus qu'un passage à l'immortalité ; et notre supplice nous a tourné en remède. 0 Seigneur, je vous rends grâces de ce secours que vous laissez à notre faiblesse, de cette humiliation que vous envoyez à notre orgueil, de cette mort que vous donnez à nos sens. 0 Seigneur! la vie de nos sens et de notre vanité serait trop vive, si vous ne la mortifiez par la vue continuelle de la mort. Taisons-nous, mortels malheureux ; il n'y a plus de réplique, il faut céder; il faut, malgré qu'on en ait, mépriser ce squelette, de quelque parure qu'on le revêtisse. La mort en montre le fond à tous les hommes, même à
DES MALADES
ceux, qui y sont ]e plus attachés. Que toute chair demeure atterrée et anéantie ! 0 Dieu ! j'adore ce bras souverain, qui détruit tout par un seul coup. 0 mort ! tu m'ouvres les yeux, afin que je voie mes vanités. Ainsi, ô mort! tu m'es un remède contre toi-même. 11 est vrai, tu ôtes à mes sens, mais, en même temps, tu me désabuses de tous les faux biens que tu m'ôtes. 0 mort ! tu n'es donc plus mort que pour ceux qui veulent être trompés. 0 mort! tu m'es un remède : tu envoies tes avant-coureurs, les infirmités, les douleurs, les maladies de toutes sortes, afin de rompre peu à peu les liens qui me plaisent trop , quoiqu'ils m'accablent. 0 mort ! Jésus-Christ crucifié t'a donné cette vertu. 0 mort! tu n'es plus ma mort: tu es le commencement de ma délivrance.