‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 126 sur 213 · PIERRE DE WITTE · texte numérisé non relu

PIERRE DE WITTE

On a fait d'après Pierre un certain nombre d'estampes qui prouvent son talent'. En Italie on l'appelle Pietro Candido^.

11 peut avoir, en la présente année 1604, environ cinquante-six

ans ^.

On m'a dit qu'il habite encore Munich ; c'est donc à tort que j'ai accusé Florence.

COMMENTAIRE

Les renseignements que nous avons pu réunir sur les débuts de Pierre De Witte sont très vagues. Les archives brugeoises n'ont rien révélé encore à son sujet et M. l'abbé Carton, dans une notice consacrée au peintre '', ne fait que résumer les dires de ses prédécesseurs.

Nous avons quelque peine à ne pas rattacher l'expatriation du jeune Flamand à la présence sur les rives de l'Arno de son concitoyen Jean Stradan, lié comme lui avec Vasari. Quoi qu'il en soit, on n'a point de motif pour rejeter l'idée de son départ en compagnie de ses parents, car il ne semble pas que sa famille ait laissé des traces à Bruges, et nous savons que le frère du peintre servait en 15/3 déjà dans la garde du grand-duc, ce qui prouve un séjour prolongé à Florence. Quant à Gilles De Witte, sculpteur brugeois, dont l'abbé Carton fait le père du peintre, M. Edm. De Busscher déclare qu'il n'y a entre les deux artistes qu'une pure analogie de nom •'.

Il est évident que si Pietro Candido — car De Witte n'est pour ainsi dire connu que sous ce nom, — travaillait à Florence à des cartons de tapisseries dès l'année iSSg'', il devait être venu au monde avant 1548, et c'est également l'avis de M. le D'' W. Schmidt, quia si bien voulu faire pour nous quelques nouvelles recherchés sur le peintre, dans les archives de Munich'. La chose sera plus évidente encore si l'on songe que, même avant son séjour à Florence, De Witte fut le collaborateur de Vasari dans ses peintures du Vatican et n'alla qu'ensuite sur les bords de l'Arno pour concourir à la décoration de la coupole de Santa Maria del Flore •''.

I. Ces estampes sont extrêmement nombreuses et émanent des meilleurs maîtres du temps, notamment des Sadeler.

2. Pietro d'Elia (?) Candido, selon la note relevée par M. Müntz.

3. On a vu que cette assertion s'accorde mal avec les faits de l'existence du maître. Si, toutefois, il mourut en 1628, comme le dit Nagler, et comme c'est probable, puisque l'on possède de lui des œuvres date'es de 1623 (Schleissheim), il serait déraisonnable d'avancer encore la date de sa naissance.

4. Annales de la Société d'Émulation pour l'étude de l'Histoire et des Antiquités de la Flandre, tome I^'', 2» série, page 19.

5. Recherches sur les Peintres et les Sculpteurs à Gand, xvr siècle, page 27g. Gand, 18G6. G. Eug. Müntz, Histoire générale de la Tapisserie; École italienne, page 66. Paris, 1879. 7. Nous ne saurions trop remercier ce savant confrère de son extrême obligeance.

8. Baldinucci, A'o^i^i'e de professori del disegno, tome VIII, page 295. Milan, 181 1.

Il n'est peut-être pas inutile de dire, à ce propos, que V Annonciation de Téglise des Carmes, de Brescia, n'est pas, comme le pense Nagler, une œuvre produite en Italie même par le Candido, mais un don fait en iSgS par Guillaume et Renée de Bavière ^

Nagler se trompe également en prolongeant le séjour de De Witte à Florence jusqu'en i-Vj, car De Witte était attaché déjà à la cour de Munich en iSjô, comme le prouve une déclaration même du maître relevée par M. le D"" Schmidt.

Successivement peintre d'Albert V et de Guillaume V, De Witte eut une part considérable aux travaux magnihqucs entrepris par ces princes et surtout poursuivis par Maximilien I'-''' leur successeur. Ce fut Guillaume qui bâtit l'église Saint-Michel de Munich, y érigeant le premier autel où fut honoré Ignace de Loyola, et des légions d'artistes furent appelés à seconder ses plans et ceux de son successeur. Parmi ces artistes Candido occupait le premier rang et ce fut lui qui termina le Saint André de Christophe Schwartz, resté inachevé à la mort de ce peintre.

Aucun des grands travaux où s'engloutissaient les millions de Guillaume de Bavière ne se Ht sans la participation du Flamand, dont la pension fut successivement portée de 36o à 400, puis à 5oo florins'-.

On a toutefois, paraît-il, attribué à tort à Pierre De Witte les plans de la Résidence, qui sont de Hans ReiffenstueP, et plusieurs œuvres conçues par d'autres maîtres, telles que le charmant bassin de Neptune.

Passé au service du duc Maximilien I*^"" en 1602 '*, Pierre Candido garda son poste jusqu'à la fin de ses jours et participa grandement aux travaux de décoration du palais ducal, sans parler de tout ce qu'il produisit pour les églises et les couvents de Munich, de Freising, de Landshut, etc. On lui attribue également la conception du grandiose tombeau de Louis de Bavière, à l'église de Notre-Dame (1622).

A dater de 161 i, la pension de Pierre Candido devint viagère et, quoique le peintre se plaignît alors de son grand âge et des infirmités, ses cinq enfants, disait-il, n'étaient pas arrivés encore à pouvoir se suffire''. Deux ans plus tard, le 16 janvier ibi3, le duc Maximilien consentit à ce que Guillaume, le fils de Candido, devînt l'adjoint de son père avec une pension de 120 florins. Nous ignorons ce que produisit ce fils.

Le 12 février 1624, Régine, fille de Pierre Candido, épousa Philippe Sadeler le graveur, et, le 12 décembre suivant, Marie-Maximilienne, autre fille du peintre, devint la femme d'un certain Paur, fonctionnaire à Straubing.

M. Schmidt, à qui nous sommes redevable de ces précieux renseignements, n'a trouvé nulle part la mention de la mort de De Witte. Un tableau de la Galerie de Schleissheim est daté de 1623 et, à la suite de sa signature, l'auteur ajoute son titre d'académicien de Florence.

1. G. M. Averoldo, le Scelle pitture di Brescia, page 21. Brescia, 1700. Nous ignorons si la Pietà du couvent de Saint-.Iuste, près de \'olterre, dont le dessin appartenait à P. J. Mariette, tut peinte en Italie.

2. H;tutle, Die Königliche Resident i:i München, page 3-. Leipzig, i<S83. 'i. Ibid., page 3o.

4. Note de M. le docteur Schmidt. Ce fat en iSyJ que Maximilien succéda au trône. b. Note de M. Schmidt.

PIERRE DE WITTE aSg

M.Nagler fixe à Tannée 1628 la mort de Pierre De Witte', et ce savant auteur ayant eu accès aux archives bavaroises, tout permet de croire que ce n'est pas sans raison qu'il a accepté cette date. Notre artiste aurait donc atteint l'âge de quatre-vingts ans.

L'ensemble de la présente notice, bien que fort incomplet encore, ne permet pas, certainement, de confondre Pierre Candido avec son homonyme Pierre De Witte, d'Anvers, né en i586, à qui M. vanden Branden fait honneur des peintures que les Galeries de Schleissheim et du Belvédère, à Vienne, possèdent du peintre de la cour de Munich ^

Y eut-il, entre les deux Pierre De Witte, un degré quelconque de parenté ? Nous l'ignorons, mais, certainement, l'artiste donné par van Mander n'est pas celui qui travailla et mourut à Anvers en i65 i, et fut le père de Gaspard De Witte.

Les travau.K de Pierre Candido, bien qu'il en ait péri un bon nombre, abondent encore dans la capitale de la Bavière.

Ainsi, le maître-autel de la cathédrale est décoré d'une oeuvre de son pinceau : V Assomption de la Vierge, sa page la plus importante.

Les Franciscains, les Augustins, les Capucins, eurent tous de ses peintures pour leurs églises. A l'église des Jésuites ou de Saint-Michel, on voit V Annonciation et le Saint Ignace de Loyola, qui fut peint expressément pour l'autel cité plus haut.

A Schleissheim se trouvent aujourd'hui plusieurs des pages originairement créées pour des églises. Une Sainte Famille avec Sainte Elisabeth de Thuringe, le Martyre de Sainte Ursule lune des principales toiles du peintre", la Sainte Famille, datée de 1623, et citée plus haut. Saint Charles Borromée, Esther devant Assuériis, Esther à coté d'Assue'rus couronné, le Banquet de Mardochée.

Le Portrait de Madeleine, fille de Guillaume V, qui se trouve dans la même Galerie, ne peut être oublié, Nagler nous donnant l'assurance que c'est l'unique portrait que l'on connaisse du maître.

Comme peintre d'allégories décoratives, Pierre Candido s'était formé à bonne école par son séjour à Florence. La Galerie de Schleissheim possède également de lui deux grandes pages de l'espèce : la Monarchie et la Science, sans parler de ses tapisseries dont plusieurs furent détruites par les Suédois en i632, dont d'aucres sont au Palais et au Musée National de Munich.

Quant à la Vie d'Othon de Wittelsbach, qu'il fut chargé de peindre à fresque dans les Galeries du jardin de la Résidence, il n'en reste que les dessins conservés au Cabinet des estampes de Munich et des reproductions, assure M. J. Sighart (Geschichte der bildenden Künste im Königreich Bayern, page 707), dans la chapelle princière de Scheyeren ■'.

C'est un ensemble remarquable, surtout en ce qui concerne la composition, que l'on

I. Neues allgemeines Künstlcr-Lcxiko», tuinc XXI, page 5üG. Munich, icS5i.

•2. Geschiedenis der Antwerpsche Schilder school, page loôi.

3. Il en existe également des tapisseries, appartenant k la couronne, et qui figurèrent à l'Exposition rétrospective de Munich en iSyt). (\'oyez Eug. MQntz, Histoire générale de l.t Tapisserie ; Tapisseries allemandes, page 16.)

peut apprécier par les gravures fort rares de G. G. Amling. Ges planches, au nombre de treize, ne furent jamais mises dans le commerce, ayant été gravées par ordre de Maximilien II, pour être offertes aux personnages de marque.

G'est surtout aux Sadeler et à Lucas Kilian que l'on doit les reproductions des œuvres de Pierre Gandido. Ges planches donnent une plus haute idée de la puissance de conception du peintre que de son bon goût. Il est généralement maniéré, pourtant à à un degré moindre que Ghristophe Schwartz, Zacharie Heintz et ses autres contemporains.

Heineken et Nagler donnent une liste des planches gravées d'après les compositions de De Witte. Nous devons cependant faire une remarque en ce qui concerne quelquesunes des œuvres mentionnées par l'auteur du Künstler-Lexikon.

Si nous parcourons la table qu'il a dressée, nous y rencontrons certaines pièces de G. Galle d'après un maître qui signe G. Petr. On pourrait voir dans ces planches des compositions de Gérard Pétri, Gerrit Pietersz (Sweling), mentionné plus loin' comme l'élève de Gorneille de Harlem ; Nagler lui-même viendrait ici à notre secours dans deux articles de son Dictionnaire des monogrammes-.

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