‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 160 sur 213 · ADAM VAN NOORT · texte numérisé non relu

ADAM VAN NOORT

Réduction de l'cau-forte de van Dvck.

Il faut, toutefois, se bien garder de juger van Noort à ce point de vue spécial. Mourant en 1641, le maître survivait à l'élève, et Rubens e.xerça sur ses contemporains une iniluence trop puissante pour qu'il soit interdit de croire que ses prédécesseurs purent échapper à l'entraînement presque général. L'égliso Saint-Jacques, à Anvers,

possède depuis 1844 un tableau d'Adam van Noort : Saint Pierre trouvant dans le poisson l'argent du tribut^ qui, par la vigueur du coloris et la hardiesse du pinceau, rivalise avec les œuvres de Rubens et de Jordaens.

Bien que moins accentuée dans ses rapports avec le style de Rubens, V Adoration des bergers, à Téglise Saint-Paul d'Anvers, est encore une page d'un incontestable mérite. Il y a une différence radicale entre ces œuvres et les autres créations du maître, la Descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, à l'église du Béguinage, triptyque dont les volets représentent le Jugement dernier et Y Ascension; le Christ au tombeau, à la chapelle de l'Orphelinat des tilles, et même le Saint Jérôme appartenant aux Hospices d'Anvers, une page incontestablement distinguée, conçue, de même que les précédentes. sous l'influence de l'ancienne école. Nous avons quelque hésitation à ranger parmi les œuvres authentiques le Christ bénissant les petits enfants, du musée de Bruxelles, épisode qui se retrouve dans un tableau de la collection de M. Ed. Pauwels, à Bruxelles, d'une authenticité irrécusable.

Compositeur habile, Adam van Noort n'est pas sans rappeler Martin De Vos dans les dessins qu'il livre aux graveurs. Nous connaissons de lui un recueil de trente-deux planches de la Vie de sainte Claire reproduit par' Adrien Collaert; les Cinq Sens, du même graveur, Jésus-Christ che\ Nicodème et ime Adoration des bergers, de Pierre De Jode le Vieux, ainsi que plusieurs planches de Costumes extrêmement curieuses, sorties du même burin; les Cinq Sens, par J. Wiericx (Alvin, n" iSgo); enfin, le Crucifiement, gravé par J. Sadeler.

Le musée Plantin, à Anvers, conserve une belle collection de dessins exécutés par van Noort pour divers ouvrages publiés par la puissante librairie plantinienne. Ils sont exécutés largement et rehaussés d'encre de Chine ^.

M. vanden Branden, dans ?,ü conscitncicnsQ Histoire de VÉcole de Peinture d'Anvers, a fait connaître (page 396) les démêlés du peintre avec la gilde de Saint-Luc d'Anvers pendant son décanat de iSg/. Hâtons-nous d'ajouter que les contestations qui surgirent n'avaient rien qui pût entacher l'honorabilité du doyen et qu'il s'agissait en réalité d'une initiative plus ou moins légitime, prise par celui-ci au sujet de l'exécution d'un tableau.

Van Noort eut pour gendre son élève Jacques Jordaens, et nous voyons fréquemment la vénérable figure de l'aïeul paraître dans ces festins où le puissant coloriste réunit la famille sous la présidence de sa gracieuse épouse-.

Henri van Balen. — Van Mander, beaucoup mieux informé que les écrivains de notre temps, affirme, comme on l'a vu, que van Balen était l'élève de van Noort. Les registres-matricules de la corporation de Saint-Luc ne confirment pas le tait, et les rédacteurs du Catalogue du musée d'Anvers déclarent inadmissible l'assertion de notre auteur. En effet, il paraissait étrange que van Balen, venu au monde en i56o, ciàt

1. Max Rooses, Catalogne du musée Plantin-Morctus, page 18. Anvers, 1881.

2. M. P. Ge'nard a donné une excellente biographie d'Adam van Noort dans la revue de Vlaemsche School, tome II, page io5. i85G.

HENRICVS VAN BAE^LEN

FICTOR. ANTV.' HVMA:NrARVM HGVRARVM VI/TVSTATIS CVLTOR.

HENRI VAN BALEN.

Fac-similé de la gravure de Paul Du Pont, d'après Ant. van Dyck.

fréquenté Tatclicr d'un maître qui était à peine son aîné. Toutes ces hypothèses viennent de tomber depuis la constatation faite par M. vanden Branden % que l'on doit reculer de quinze ans la date de naissance de van Balen et la reporter de i56o à iSjS. Alors, tout s'explique et, loin d'avoir alîaire à un artiste attardé, nous voyons, au contraire, un peintre reçu à la maîtrise dès l'âge de dix-huit ans, en iSgS. Doyen de la gilde en Tannée 1608, van Balen vit passer par son atelier un très grand nombre d'élèves, mais nous constatons que, sauf van Dyck, inscrit en 1609, et Snyders, que nous savons avoir fréquenté son école, après avoir débuté sous Pierre Breughcl, aucun des apprentis n'est arrivé à la célébrité.

Henri van Balen mourut le 17 juillet i632; sa veuve, Marguerite Briers, le suivit dans la tombe le 23 octobre i638; ils furent enterrés dans l'église Saint-Jacques d'Anvers où un monument de marbre noir, orné de têtes de chérubins en marbre blanc, fut érigé aux deux époux. Ce monument existe encore; il est décoré des médaillons de van Balen et de sa femme, et d'une Résurrection, peinte par le maître lui-même-.

Le peintre Théodore van Thulden épousa, en 1625, Marie van Balen, tille de notre artiste ^.

Van Dyck a laissé le portrait de son maître, inséré dans V Iconographie et admirablement gravé par Paul Pontius. Nous le reproduisons ici môme.

Henri van Balen était doué d'un talent très honnête; le qualifier de grand artiste serait à coup sûr exagéré. Sa peinture vitreuse et mince, son coloris chatoyant le rangent à peu près au niveau de F. Franck.

Les églises d'Anvers gardent de van Balen des tableaux religieux avec des personnages de grandeur naturelle; c'est là toutefois que le maître se distingue le moins, et sa manière se prête infiniment mieux aux petits ensembles.

Les Galeries de Dresde et de Munich représentent particulièrement bien notre artiste dans ses sujets de petit format, et l'on ne peut nier que lorsque van Balen, J. Breughcl, Josse De Momper et van Kessel associent leur talent, ils n'arrivent à créer des œuvres charmantes et semées de mille détails curieux.

Les comptes de l'église de Notre-Dame d'Anvers ont fait connaître que l'ancienne cathédrale avait confié à van Balen les cartons de plusieurs verrières qui, malheureusement, ont cessé d'exister'*.

Sébastien Vrancx que beaucoup d'auteurs ont aussi appelé Franck, bien que l'on sache aujourd'hui qu'il n'appartient pas à cette dynastie artistique, naquit en i573, à Anvers'', et y fut élève de van Noort. De très bonne heure on le trouve en Italie, et dès l'année 097 on publiait d'après lui, à Rome, une grande estampe de la Conversion de

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