II n'est pas inscrit parmi les peintres à Utrecht
ABRAHAM BLOEMAERT. Fac-similé de la gravure de Jacques Matham, d'après Paul Moreelse
On l'envoya alors à Rotterdam, je crois, chez le susdit Withoeck, lequel, ayant vu des travaux de Bloemaert, Teùt volontiers pris pour élève, n'eût été l'opposition de sa femme.
Bloemaert, âgé de seize à dix-sept ans, fut alors envoyé à Paris chez un certain Jean Bassot', où il resta six semaines, pour passer chez un autre peintre nommé maître Herry ', chez lequel il resta six ou neuf mois, peignant d'idée, mais recevant peu ou point de conseils. Dans Tentre-temps, il s'exerçait aussi à crayonner des compositions.
Ayant passé aussi un peu de temps chez Jérôme Franck, d'Herenthals^, il revint à Utrecht et accompagna ensuite son père à Amsterdam, lorsque celui-ci obtint l'emploi d'architecte de la ville ^ A la mort de son père, Bloemaert retourna à Utrecht où il s'est fixé -• et marié deux fois '''.
Bloemaert s'est tant appliqué à l'art qu'il est devenu, en quelque sorte sans maître, un peintre de premier ordre, et il a pu dire, en exhortant ses élèves au travail : « Je voudrais qu'il m'eût été donné, ne fût-ce qu'une fois dans ma vie, de voir travailler un bon maître, afin de pouvoir apprendre de lui comme Ton procède ».
A l'époque où il vint à Amsterdam avec son père, il y eut pour
1. Nous n'avons trouvé aucun renseii^nement sur cet artiste; peut-être est-il identique k Philippe Baccot, mentionne' par M. Jal comme peintre de Henri II, prince de Condé, au de'but du xvii° siècle, et par M. Herluison en i()or).
2. Nous ne connaissons que Claude de Héry, maitre orfèvre et t;raveur ijènèral des monnaies, de i357 k i582.
3. .le'rônie F'ranck habita Paris de i5(j() jusqu'à sa mort, arrivée en lôio. [Voyez }al, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, page ()i2, Paris, 1872, et vanden Branden, Geschiedenis der Antwerpsche schilderschool, page 340.) \'an Mander le cite dans la biographie de Frans Floris. (\'oir tome \", page 34()).
4. Corneille Bloemaert partagea ses fonctions avec Henri De Keyser. Nous le trouvons admis k la bourgeoisie k Amsterdam le 29 octobre iSgi, le même jour que Henri De Keyser, et Abraham Bloemaert est admis, k son tour, le surlendemain. (Obreen, Archief, tome II, page 274.) D'autre part, (Corneille Bloemaert est doyen de la gilde artistique d'Utrecht en 1594. (S. Müller, loc. cit., page 38.) Il est donc permis de croire que le séjour de Corneille Bloemaert k Amsterdam ne fut que temporaire.
5. 11 y figure, en lûii, au nombre des confrères de la gilde de Saint-L,uc k sa constitution.
II. Le 2 mai i5g2, il épousa, k Amsterdam, Judith van Schonenburch. Le peintre déclarait être âgé de vingt-sept ans. Sa seconde femme fut Gérarde De Roy, au profit de laquelle il fit son testament en itîoi, le 8 novembre. (Note de M. C. A. De Kruyft' dans VArchief, tome \, page 334.) Le 22 mars iSqS, Abraham Bloemaert est inscrit k Utrecht comme franc-bourgeois, et M. Kramm [loc. cit.], k qui nous empruntons ce renseignement, reproduit le bail de la maison occupée par le peintre, k Utrecht, le 4 janvier lijoo. En 1609-1010, il achète, toujours k Utrecht, une rente au profit de ses quatre entants, alors mineurs, Henri (huit ans), Corneille (six ans), Hugues (trois ans), Judith (cinq ans), et nous venons de le \oir inscrit parmi les peintres en ifui.
atelier une église ou quelque grande construction', et il y produisit, indépendamment de plusieurs œuvres de moyenne grandeur, un vaste et magnifique morceau qui est aujourd'hui à Amsterdam chez M. Simon Luz. On y voit plusieurs figures de femmes et d'hommes nus, de grandeur naturelle, extrêmement bien comprises et traitées. C'est VHistoire de Niobé, dont les enfants sont percés de flèches par Apollon et Diane-.
Le même sujet, mais autrement composé, est chez l'empereur, grande et excellente peinture, dont Sa Majesté et tous les hommes compétents se montrent extrêmement satisfaits. C'est une œuvre toute récente".
Il y a en outre de lui, dans le pays, un magnifique Banquet des Dieux, bien composé et peint; c'est une page distinguée^. Un second Banquet des Dieux, de moindre format et peint antérieurement, est chez le comte de Lippe. C'est également une œuvre excellente''.
Chez Jacques Razet, le grand amateur d'Amsterdam, on voit de Bloemaert trois grandes figures en rond : Vénus^ Jukou et Pallas, d'un effet excellent, bien que ces peintures soient d'une époque moins avancée de la carrière du peintre ^.
Le même Razet possède, en outre, plusieur-s petits tableaux, entre autres Un crâne entouré de divers accessoires, œuvre très bien traitée et composée '', et une autre petite peinture ayant à l'avant-plan une
I. Le couvent des Clarisses, ainsi qu'il re'sulte de la note de M. A. De KruyH', citée ci-dessus.
■>. Ce tableau est au muse'e de Copenhague. Il porte la date de i.t()i.
.1. Nous ignorons où elle se trouve.
4. n .l'ai vu à Bruxelles, il y a vingt-deux à vingt-trois ans, un assez grand tableau représentant un Festin des Dieux, compose- et peint par le célèbre .Abraham Piioemaert au meilleur temps de sa carrière se'culaire; les ligures pouvaient avoir une aune de haut, étaient extraordinairement bien dessinées, avaient de charmants visages, étaient très bien arrangées. On eût dit que les dieux et les déesses étaient sortis du pinceau de Hans Rottenhamer et les Heurs et fruits ne le cidaient pas aux produits du même genre émanant de Breughel de Velours. » [CJorspronkelyk en Vermaard konstryk Tckenboek, etc.. in-folio, page 4. Amsterdam, 1740,)
?. 11 était encore en 1740 au château de Detmold, chez le comte de Lippe. (De Levensbeschryving van den Vermaarden konstschilder Abrah.vn Blosm:iert, en tête du Recueil d'études de dessin. Amsterdam, 1740.)
Un sujet analogue, daté de ii)38, est au musée de La Haye. On en trouvera la gravure dans VHistoire de la Peinture hollandaise, de M. H. Havard, page tio. Paris, Quantin, i88j.
Le musée de Stockholm possède une petite peinture des Noces d? Neptune et d'Amphitrite.
h. 11 en existe des estampes par Boetius à Bolswert.
7. Cette Vanitas a été gravée d'une manière excellente par Jean Saenredam. (Bartsch, n° 3o.)
buccine des Indes et d'autres coquillages sur lesquels reposent des divinités marines. Au fond, la mer et une petite Andromède délivrée par Persée. Cest non moins bien coloré que peint.
On peut voir de sa main, chez divers amateurs, de jolis paysages semés de fermes, d'instruments aratoires, d'arbres, d'accidents de terrain comme on en rencontre aux environs d'Utrecht. Car il travaille beaucoup d'après nature, maniant la plume d'une jolie façon et rehaussant ensuite ses dessins de quelques tons verdâtres qui leur donnent un excellent effet.
Comme il est très habile dans les diverses parties de l'art, lorsqu'il aborde des sujets de l'espèce, il excelle à leur donner un aspect agréable, soit en les éclairant des rayons du soleil, soit en chargeant le ciel de sombres nuées ou de vives lueurs selon l'exigence de la donnée. Ensuite, il anime ses paysages d'animaux, de vaches, de chiens, etc., ou bien y introduit de petits groupes de personnages, le tout traité fidèlement d'après nature. Quoique ces créations soient peu poussées, elles sont d'un excellent effet et, selon moi, ne pourraient être mieux.
Il lui arrive encore d'introduire dans ses sujets rustiques des mares où flottent de grandes plantes, des pièces d'eau entourées de glaïeuls et de hautes herbes, et dont la surface se couvre de plantes aquatiques, les avant-plans étant occupés par d'imposantes bardanes ou autres végétations, bien traitées et non trop touffues ',
Pour laisser un libre cours à son inspiration, il ne fait pas de portraits d'après nature'-.
Plusieurs de ses œuvres, compositions ou figures dessinées à la plume et ensuite rehaussées à l'huile, de blanc et noir, ont été gravées en cuivre par le très habile Jean Müller et plus encore par le célèbre
1. Boèce de Bolswert a grave, d'après les paysages d'Abraham Bloemaert, une suite charmante de paysages, au nombre de vingt pièces, ayant pour titre un paysan et une paysanne environne's d'instruments aratoires, etc. Un cartouche porte un très gracieux poème de G. Ryckius de'hutanl par ces vers :
O nimium /dix, et verd sorte beatus, Cui licet iinimnies ctiris chnlibiis annos!
Bolswert a daté ses planches de 1614.
2. C'e'tait probablement vrai du temps de van Mander, mais Bloemaert a fait par la suite un assez bon nombre d'œuvres de l'espèce. Il y en a notamment au Louvre et au musée de Stockholm.
ABRAHAM BLOEMAERT SaS
Saenredam, qui, étant très enthousiaste de sa manière, s'applique de son mieux à la traduire par le burin.
En la présente année 1604, Bloemaert est âgé de trente-sept ans, et, à la Noël, entrera dans sa trente-huitième année. C'est un homme de manières réservées et correctes, s'appliquant tout entier à la recherche des perfections et des beautés de son art, et obtenant en échange une renommée que les mille bouches de la Gloire ont répandue par le monde, dérobant pour jamais sa mémoire aux cruels ciseaux d'Atropos.
On a pu voir par les notes qui précèdent qu'il n'y a point accord absolu, entre les divers auteurs, sur la date précise de la naissance de Bloemaert. Nous avons donné la préférence à la déclaration du maître lui-même, assurément la plus croyable des autorités. Le portrait inséré par J. Meyssens dans son recueil d'Images de divers lioiniues d'esprit sublime (Anvers, 1649) porte cette inscription: « Abraham Bloemaert, un très vaillant painctre, etc., natif de Gorckom en Tan 1564. » Le portrait de N. Visscher, d'autre part, porte l'inscription 1648, œt. 82, et tixe ainsi à l'année i566 la date de la naissance de l'artiste.
Les autres effigies, ayant respectivement pour auteur Jacques Matham id'après Paul Moreelsei et Guill. Swanenburg, se conforment à l'indication de van Mander. M. le docteur Riegel donne la préférence à Tannée i5ö4 '.
En somme, quelle que soit la date que l'on adopte, il ne s'agit ici que d'un écart d'une couple d'années; mais il n'en est plus de même pour ce qui concerne la mort du peintre.
Beaucoup de catalogues — la plupart même, — se fondant sur le dire de Sandrart, limitent à l'année 1647 la carrière de Bloemaert. Or, cette date est insoutenable, et déjà Houbraken-, se fondant sur l'assertion de Corneille De Bie, qui écrivait en i66i et assurait que Bloemaert était mort depuis deux ou trois ans, la reculait jusqu'en i658. ce qui, du reste, concordait avec un vers de l'historien-poète : « La mort l'a épargné bien près de cent ans. » Abraham Bloemaert aurait donc atteint sa quatre-vingt-treizième année et survécu de plus de cinquante ans à van Mander-'.
En parcourant la liste des peintres avant appartenu à la gilde d'Utrecht, nous y
I. Beiträge ^ur Niederländischen Kttnst geschickte, tome II, page lôG.
i. De Grootc S.choiiburgh der Nederlandsche Konstschilders en Schelderessen, tome !"'■, page 44 Amsterdam, 171 8.
3. Nous ne trouvons sur ses œuvres aucune date postérieure à 1G45. (Galerie Liechtenstein, à Vienne.)
relevons une douzaine d'élèves formés pur notre artiste jusqu'en 1624'. Un seul, Jean Both, devint célèbre. Mais, d'autre part. Corneille Poelenburg, J. B. Weenix, Jean Guvp, Gérard Honthorst, N. Knupfer, et les quatre fils de Bloemaert : Henri, Frédéric, Corneille et Adrien, viennent plus tard grossir la liste des élèves du maître.
Il suffit presque de citer tous ces noms pour donner une idée de la variété des aptitudes du peintre. Le classer parmi les génies artistiques serait évidemment exagéré, mais nous sommes d'accord avec le docteur Riegel sur ce point, que l'on ne parcourt pas sans admiration les centaines d'estampes que les plus fameux graveurs hollandais du xvu'^ siècle nous ont laissées d'après les œuvres de ce très sérieux artiste.
Du reste, les peintures de Bloemaert olîrent de réelles qualités, et si le maître se ressent encore du maniérisme, fort admire en Hollande au tenips de ses débuts, il est incontestable que l'exemple des grands peintres naturalistes, qu'il apprit à connaître dans le cours de sa longue carrière, a modéré beaucoup les excès de cette pernicieuse influence d'école.
Il est à peine besoin de dire que Bloemaert produisit un nombre de tableaux infiniment supérieur à celui que l'ori peut rassembler en compulsant les catalogues ; il a également donné aux graveurs une c]uantité extraordinaire de dessins.
On trouve dans \c Dictionnaire des artistes, de Heinecken 'Leipzig, ijSq, tome III, pages 22 à 38', un relevé très étendu des planches exécutées d'après Bloemaert. Plusieurs sont de véritables chefs-d'ctuvre, particulièrement celles émanant de Boèce de Bolswert, des élèves de GoItzius et de Corneille Bloemaert, en qui nous pouvons voir le créateur du système de gravure moderne. On porte à 5j3 — les études exceptées, — le nombre d'estampes exécutées ci'après Bloemaert.
Abraham lui-même a gravé quelques planches d'un burin très souple et d'un excellent effet. Voici la liste de ces pièces :
La Sainte Famille au pied d'un arbre. i5r)?->.
Junon.
Paysage où un paysan s'occupe de traire une vache.
Paj'sage avec un chasseur près d'un puits.
Moïse. Camaïeu.
Aaron. Camaïeu. Pendant de la pièce précédente.
Saint Jérôme lisant. Camaïeu.
Marie-Madeleine dans une grotte. Camaïeu.
Comme peintures, voici les ceuvres que nous connaissons personnellement, ou dont il nous a été possible de trouver la mention.
Berlin fmuséei. Le Songe de saint Joseph. i^Voyez aussi Vienne.)
Brunswick (musée^. La Nativité.
Brunswick (niusée). Prédication de saint Jean-Baptiste.
Brunswick (musée). Saint Pierre et saint Paul. (Figures à mi-corps.)
Carlsruhe (musée). Bergère tenant un plateau de raisins.
Cheltenham (Lord Northwick). Le Christ moi-t sui- les genoux de la Viei-ge ^trip-