‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 32 sur 213 · LUCAS ET MARTIN VAN VALCKENBORGH · texte numérisé non relu

LUCAS ET MARTIN VAN VALCKENBORGH

P P: I N T R F: s IM A L I N O I s

Comme la détrempe se prête à l'éxecution de Jolis paysages sur toile, et que la pratique en était fort répandue à Malines, on y vit se produire plusieurs bons maîtres en ce genre, comme je lai dit ailleurs.

Ce fut à Malines que naquirent entre autres Lucas et Martin van Valckenborgh '. Je ne sache point qu'en leur jeunesse ils aient jamais quitté le pays, mais ils séjournèrent surtout à Malines et à Anvers jusqu'à l'époque des premiers troubles qui commencèrent en i566-. Ils se rendirent alors en compagnie de Jean De Vries-'', à Aix-la-Chapelle et à Liège, où ils travaillèrent beaucoup d'après nature, les bords de la Meuse et les environs de Liège offrant de jolis points de vue. Comme ils étaient aussi d'habiles joueurs de la flûte allemande, — particulièrement Lucas, — ils se divertirent fort bien à eux trois.

Lorsque les choses changèrent de face dans les Pays-Bas, le prince d'Orange et les Etats se tournant contre l'Espagne, ils retournèrent dans leur patrie '\

Lucas n'étant pas seulement bon paysagiste, mais excellent aussi dans les tableaux de petit format et les portraits à l'huile, ainsi que dans la miniature, eut, par ses œuvres, l'occasion de se faire connaître

1. M. Neefs [Histoire de la peinture et de la sculpture à Maliues) donne comme suit les dates de naissance des van Valckenborgh : Lucas, en i53o; Martin, en \':>j,i.

■i. Lucas avait été admis k la gilde des peintres malinois le 2Ô août i5ôo et proclamé francmaitre en 1564. 11 dut s'enfuir en 15G7, étant signalé comme suspect à cause de ses sympathies pour le mouvement de la Réforme. (Neefs, loc. cit.) Il n'en fut pas de même de Martin, assure M. Neefs, bien que la date de son départ concorde avec celle de la fuite de Lucas. Nous n'avons aucune raison pour ne pas croire exacte l'assertion du départ simultané des deux frères.

3. Hans (Jean) Vredeman De Vries, le célèbre architecte et peintre. (Voir ci-apres, chapitre xxn.) 11 avait quitté Malines en i5tJ3-i5()4. Son départ d'Anvers eut lieu en ib'o, après la proclamation du « Pard<jn m de Philippe IL

4. Nous trouvons Martin inscrit à Anvers, la même année, comme un des anciens de la gilde de Saint-Luc. Son frère était alors à Linz.

de rarchiduc IVlathias, et quand ce prince quitta le pays', il le suivit à Linz, sur le Danube, et demeura dans cette ville auprès de Tarchiduc, pour lequel il lit de nombreux travaux'. Lorsque les Turcs vinrent guerroyer en Hongrie, il changea de résidence et alla mourir quelque part au fond de la contrées

Martin mourut à Francfort'', laissant des fils fort habiles dans notre partie ■'.

COMMENTAIRE

Lucas et Martin van Valckenborgh sont les membres les plus illustres d'une famille artistique ayant compté, à Malines même, de nombreux représentants. Le Jour même où Lucas se faisait inscrire à la gildc de Saint-Luc, un de ses frères, Henri, y était inscrit éi^alemcnt, et le nom de Quentin van Valckenborgh parait dans les registres matricules dès le mois de juillet i55(), c'est-à-dire même avant celui de Martin ''.

L'histoire de Tart connaît encore un .Tcan van Valckenborgh", un Frédéric**, un Martin le Jeune, un Egide'', un Maurice, un Nicolas'", ce qui n'empêche que leurs œuvres à tous sont des plus rares et que le nom de Valckenborgh n'apparait dans les catalogues que de loin en loin.

Si le récit des premières années de Lucas et de Martin, tel que le donne M. Neefs, est conforme à la vérité, le premier seul aurait dû se soustraire par la fuite aux conséquences de ses svmpathies pour le mouvement anti-espagnol. Martin aurait quitté Malines de son plein gré, ce qui parait peu admissible. On ne s'exposait pas de gaieté de cœur, au xvi= siècle, aux peines terribles comminées contre les rebelles, et le fait que Martin se prépara ouvertement au départ ne prouve en aucune sorte qu'il pensât autrement que son frère.

Les peintures de Lucas van Valckenborgh, exposées au musée de Madrid, paraissent représenter des Vues des bords de la Meuse et du Palais de Bruxelles. (N" 1788.) Elles

Page 1