‹ Le livre des peintres de Carel van Mander (volume 2)Chapitre 55 sur 213 · L'Électeur Albert V (i528-i Syy · texte numérisé non relu

L'Électeur Albert V (i528-i Syy

3. Il s'agit bien certainement ici de Suzanne Vezeler, qui donna au peintre sept enfants, cinq fils et deux filles, Georges, Jacques, Salomon, Albert, Guillaume, Elisabeth et Suzanne. ^Jorissen.)

4. Hoefnaghel et Ortelius étaient à Rome le ["février iSyS, comme le prouve l'inscription placée sur une vue de Tivoli insérée dans les Civitatcs de Bruin. (Fétis, loc. cit., page 108.)

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grand amateur d'art, et qui, précisément, se voyait privé du très excellent miniaturiste don Julio da Corvatia, que les voyageurs purent voir rendre sa noble âme à Dieu'.

Hoefnaghel, revenu de Rome et de Venise '^ entra au service du duc, qui lui fit une belle pension et lui donna annuellement un costume de velours et un beau manteau.

11 eut aussi de Ferdinand, duc d'Inspruck, deux cents florins (soit une pension de quatre cents florins de notre monnaie), pendant une durée de huit années, temps qu'il dut consacrer à enluminer un fort beau missel manuscrit,

Hoefnaghel, qui était aussi ingénieux et habile qu'il était instruit, trouva le moyen de représenter ici sur les marges, dans les initiales, ou partout où il y avait place, toutes sortes d'emblèmes et de petites scènes se rapportant au texte, et lorsque le terme de huit ans qu'il avait exigé fut expiré, il livra son œuvre si extraordinairement parfaite, que Ton pouvait se demander si une vie entière eût pu suffire à faire tant de choses par la main d'un seul homme '^.

Le duc d'Inspruck paya ce travail deux mille couronnes d'or et une chaîne d'or de cent couronnes.

Hoefnaghel fit aussi pour l'empereur Rodolphe quatre volumes; le premier, de quadrupèdes; le deuxième, de reptiles; le troisième, de volatiles, et le quatrième, de poissons; il reçut, de ce chef, mille couronnes d'or''.

1. Giulio Clovio, originaire de la Croatie, mort à Rome en 157S, âi;é de quatre-vingts ans. Vasari s'occupe longuement de cet artiste qui fut un des élèves de Jules Romain. On voit que van Mander était bien renseigné sur les pérégrinations de Hoefnaghel.

2. 11 paraît résulter d'une annotation découverte par M. Max Rooses dans les archives plantiniennes, à Anvers, que Hoefnaghel était dans sa ville natale en iSyi) et y cédait à Plantin un certain nombre d'exemplaires des deux premiers volumes des Civitates. (Voyez Rooses, Geschichte, etc., page 108.)

3. Ce manuscrit est aujourd'hui à la Bibliothèque impériale de Vienne. Waagen [Die vornehmsten Kimstdenkmdler in Wien, page 66) dit avec van Mander que si le peintre consacra à son œuvre huit années de travail, il est prodigieux que ce laps de temps ait pu, lui suffire à l'achever. De tait, le Bréviaire Grimani seul peut être comparé, au point de vue de la perfection matérielle, à l'œuvre de Hoefnaghel. Il résulte des deux dates que l'on rencontre sur les pages de ce recueil qu'il fut commencé en i.SiSi et achevé en 1.190. Pour quiconque a pu contempler cette merveille d'ingéniosité et de talent, elle est inoubliable.

4. Ceci concorde peu avec l'assertion de Nagler, que la suite en question ne fut jamais livrée à l'empereur et se trouvait entre les mains d'un antiquaire de Munich en i81io. Jacques Hoefnaghel a mis au jour à Francfort, en 092, une suite de quatre cahiers, chacun de douze feuilles, d'insectes, de

GEORGES HOEFNAGHEL

11 orna aussi de ses enluminures un ouvrage du meilleur calligraphe du monde entier, étant des exemples tirés des règnes de la nature, et qu'il illustra de la manière la plus intelligente. C'était extrêmement joli et récréatif à voir'.

De la sorte il entra au service de l'empereur, étant bien payé et jouissant d'un magnifique appointement annuel.

Je connais de lui peu d'œuvres dans notre pays, à l'exception d'un joli petit morceau que possède Jacques Razet, à Amsterdam, chose digne d'être conservée '.

Pour fuir le bruit de la cour, Hoefnaghel alla habiter Vienne et, toujours fort studieux, veillait fort avant dans la nuit et était d'ordinaire levé dès quatre heures du matin, s'occupant de faire des vers, en quoi il était aussi très entendu. 11 était si bon latiniste, qu'ayant devant lui un livre latin, il le lisait en flamand comme s'il eût été écrit dans cette langue.

C'était un homme bienveillant et disert. 11 mourut en i6oo'', âgé de cinquante-cinq ans, laissant un fils, Jacques Hoefnaghel, excellent et habile peintre ^

Heurs, etc., tires des études de son père. Ce recueil porte y^our litra: Arcllet^'pa stiuiiaqiic patris Gcorfcii Hoefnagclii Jacobus F. gcnio duce ab ipso sculpta, etc. Ann. sal. XCII. Ac'.at. XVII. Fvancofurti ad Mœnum.

1. C'est peut-être le recueil du trésor impérial de Vienne i^randen-.ent loué par Waagen. [Loc. cit., page 410.) Nagler [Monogranimisten, tome II, 14^7) prétend, d'autre part, que cette suite appartenait à un particulier de Munich en iiS3o.

2. Kramm décrit une miniature qu'il possédait : un crâne avec deux roses, etc., et la devise : Contuere hoc quid sit genio tantumquc vacato, etc. M. Jorissen, à la suite de sa généalogie des Hoefnaghel, signale deux autres miniatures dans le niéme goût, oHértes en i5!S() et en i5()i) à Jean Radermacher par leur auteur.

3. Cette date a été contestée mais cependant doit être maintenue. M. Edouard Fétis observe que le millésime 1617 se rencontre sur une planche des Civitatcs. 11 importe pourtant de remarquer qu'au moinj un des fils Hoefnaghel a pu fournir à l'éditeur des croquis de son père, et cela d'autant plus naturellement qu'il était lui-même peintre. Jacques toucha en cette qiuilité jusqu'à i(3i3 une pension de l'empereur. (Voyez Georg v. Karajan, Wien ^wischen den Jahren i6o5 und i6i3.) M. Alvin veut bien nous faire part d'un ensemble de documents relevés pour lui par M. le chevalier de Burbure dans les archives d'Anvers et qui tranchent définitivement la question. Le 9 septembre 1600, Georges Hoefnaghel avait cessé de vivre. Au surplus, le 24 juillet de l'année suivante, Daniel Hoefnaghel, frère du défunt, et Corneille Vrients, se présentent devant le magistrat d'Anvers en qualité d'exécuteurs testamentaires. La démonstration est ainsi complète.

4. Elève d'Abraham Lisart à Anvers en i5iS2. 11 était à la fois bon graveur et miniaturiste. M. Max Rooses cite de lui une miniature admirablement exécutée et ornée, d'après le Samson d'Albert Dürer. Cette œuvre curieuse, qui est au musée de Valence, en Espagne, porte les mots : Albertus Durer Norimbergensis faciebat post Virginis partum i5io. Coloribus sic illustrabat Jacobus Hovencglius. Antverp. 1600. Jacques se maria trois fois et eut douze enfants.

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commentairp:

Nuus avons peu de chose à ajouter à ce qui précède pour compléter la biographie de Hoefna^hel, dont la famille paraît s'être éteinte loin d'Anvers. Jacques Hocfnaghel, le père du peintre, eut de son mariage avec Elisabeth Vezeler douze enfants, dont sept grandirent et se marièrent. Les fils étaient au nombre de trois. L'une des filles épousa Christian Huyghens, secrétaire du conseil d'Etat des Provinces-Unies, et le père de Constantin Huvghens. (Voir à ce sujet la généalogie des Hocfnaghel, de M. Jorissen, dans le Navorscher, tome XXII, page 260.)

D'après les précieux renseignements puisés par M. le chevalier de Burbure dans les archives d'Anvers et que M. L. Alvin a bien voulu nous communiquer, sans attendre la publication de sa notice de la BiograpJiie nationale, Georges Hocfnaghel et son frère Daniel s'établirent ensemble à Vienne. Leur mère était morte à La Hâve dès avant i bqb.

Les fils de Georges se marièrent en Autriche et demeuraient ù Prague en 1602. On a vu que Jacques fut au service de la Cour impériale, de i6o5 à 161 3. Il touchait de ce chef de 16 llorins 40 kreutzer par mois à 25 florins. (Voir Georg, v. Karajan, Wien,\iinschcn den Jahren, i6o5-i6i3.) Cl. J. Visscher, à Amsterdam, publia en 1640 un plan de Vienne dû à son burin. Nous ne connaissons pas la date de sa mort.

La rareté des ceuvres isolées de Georges Hoefnaghel s'explique par la nature même des travaux qu'on réclamait de lui. Ses recueils de miniatures et de dessins témoignent d'une grande activité. Les vues insérées dans le grand ouvrage de Georges Bruin ou Braun sont de la plus remarquable fidélité ; peu de livres sont plus agréables à parcourir.

Il semblerait que le merveilleux cabinet de miniatures de la vieille résidence de Munich dût nous montrer des œuvres de Hoefnaghel. Qui, en effet, ne songerait à lui, en considérant les délicates peintures de ce curieux salon? Il résulte, toutefois, des renseignements communiqués à M. Alvin par M. de Schauss, trésorier de la Maison royale, qu'aucune œuvre de Hoefnaghel n'existe aujourd'hui dans l'ancienne ville des Electeurs de Bavière. On ignore totalement ce qu'est devenu le recueil signalé par Nagler, et qui avait été fait pour l'empereur Rodolphe.

La ville de Rouen est entrée en possession, par l'acquisition de la bibliothèque de M. C. Leber, d'un livre extrêmement précieux de Hoefnaghel, un Traite de la patience, composé de vingt-cinq dessins au cravon, représentant les circonstances les plus remarquables de la vie, où la patience de l'homme peut être mise à l'épreuve '.

I. M. E. Jaimc, dans le Musée de la Caricature, ou Recueil des caricatures les plus rem.xrquables publiées en France depuis le XI V° siècle {lomc 1"% Paris, i838), reprcjduit trois des planches de ce recueil de'dic à .lean Raderinacher dont il a ete fait mention plus haut. Les planches représentent : le Cornard patient, le Mari patient, VEpouse patiente. Jean Radermacher, ne à Aix-la-Chapelle, le 14 mars i5.^S, habita .\nvers jusqu'à la prise de cette ville par les Espagnols ; il se rendit alors à Aix,

GEORGES HOEFNAGHEL 8i

Hocfnaghel parait avoir eu pour collaborateurs Jean van Achen et Gilles Sadeler, et nous pouvons citer comme résultant de leur association la planche des Trois Parques: Nicomaxia vita\ portant la signature Invent Ni : Hosfnaglii a Joanne von Ach fignratû. Sculpsit G. Sadeler.

Hoefnaghel veut dire clou à ferrer ; le peintre se servit plus d'une fois de ce rébus pour signer ses œuvres, l'accompagnant de la devise Dum extendar.

Nous n'acceptons cependant que sous toutes réserves le monogramme reproduit par le Dictionnaire de Nagler, comme devant représenter la signature de George et de Jacques Hoefnaghel, sur certaines estampes gravées en Italie.

Outre les voyages signalés par van Mander, Hoefnaghel parait avoir séjourné et travaillé en Angleterre. M. Fétis donne la liste des villes de ce pays qui figurent dans l'ouvrage de Bruin. Walpole parle aussi d'une vue de Bristol.

Il ne semble pas que l'on puisse admettre Hoefnaghel parmi les graveurs. Toutefois, il existe une Vue d'Anvers^ prise du côté de l'Escaut, avec de nombreux bâtiments sur la glace, estampe que son extrême tinesse perm.:ttrait d'assigner à l'artiste. L'unique épreuve que nous connaissions de cette planche est au musée Plantin, à Anvers. Elle a été décrite par M. Andresen à la suite de l'œuvre de Josse Amman '.

puis à Middelbourg où il mourut en 1614. 11 était grand ami de Hoefnaghel, qui lui dédia en iSgqune miniature décrite dans une lettre reprise par M. T. Jorissen. Dans la dédicace nous lisons ces mots : Mutuum absentiœ solatium.

La lettre donnée par l'écrivain hollandais ajoute que Hoefnaghel et Radermacher furent, en iSjS, les plus énergiques défenseurs de l'historien Emmanuel van Meteren lorsqu'il tut arrêté à Anvers. {Navorscher, tome XXll, page 2(3().) 11 semble résulter de là que, de meine que Radermacher, Hoefnaghel était, à l'époque dont il s'agit, un adhérent de la Réforme. .Sun père avait été, du reste, porté sur la liste des suspects.

I. A. Andresen, der Deutsche Peintre-Graveur, tome 1"'', page qçjij. Leipzig, 1804. 11 est à remarquer que l'Escaut fut pris par la glace en 13114.

ARiNOLD MYTENS, DE BRUXELLES'

De même que la fermentation de certains liquides fait éclater le fut qui les contient, de même chez certains hommes une intelligence extraordinaire ne tarde pas à se faire jour. Il en fut ainsi de Thabile peintre Arnold Mytens qu'en Italie, où il a surtout vécu. Ton nommait Renaldo, traduction clArnold.

Dès sa jeunesse, il fit preuve d'un grand désir d'arriver à la perfection, non seulement en peignant et en dessinant, mais en moulant des parties de corps humains. On le vit aller, près de Bruxelles, décrocher du gibet le cadavre d'un supplicié, ce qui donna même lieu à une aventure plaisante.

Ayant appelé à son aide un camarade qui lavait accompagné, à l'effet de soutenir le pendu jusqu'à ce que la corde fût tranchée, ce compagnon, sentant le corps glisser, prit peur et crut à une attaque de la part du supplicié. Il sauta de l'échelle et prit sa course vers la ville, Arnold le poursuivant.

Les paysans du marché, voyant cette course folle, cherchèrent à apaiser Arnold, se figurant qu'il en voulait mortellement au fuyard. Lorsque, finalement, celui-ci eut été rejoint, Arnold le tança d'importance de sa pusillanimité et l'accabla de reproches pour sa tiédeur à l'étude, si bien qu'il finit par le ramener et, à deux, ils rapportèrent le cadavre à la ville dans un sac.

I. Il n'existe sur ce maitrc que des renseignements très vasques. Les auteurs italiens ne le mentionnent pas ou se bornent, comme Baldinucci, à reproduire van Mander. Un seul musée, celui de Cassel, lui attribue un tableau, mais le catalogue ajoute que c'est une (tuvre du xvii'' siècle. On admet l'année 1541 comme date de la naissance d'Arnold Mytens dit le Vieux. Kramm lui donne pour trère Daniel Mytens, le portraitiste de la cour d'.\ngleterre, mais c'est là une pure hypothèse. On prétend, toujours sans preuve, que lé peintre A. ,1. Mytens, dont les musées d'.Vmsterdam et de La Ha\c possèdent de beaux portraits, était Aart ou Arnold Mytens le Jeune, tils du nuiitre cité par ^an Mander. Il faut lire au sujet des Mytens la notice du catalogue du musée de La Ha^e, par le chevalier \'ictor tle SlLiers, page 81). 1874. Imnierzeel confond les Mytens et les Me)-ssens, ce qui nous paraît embrouiller les choses, comme à plaisir.

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