Deuij^lit \'crivint, devise de Kctcl
2. J. D. Fiorillo (Geschichte der :^cichnenden Künste, tome II, page ?i4. Hanovre, 1817) publie la note suivante : « Description détailk-e d'un tableau excellent peint en 1O04 par le peintre celé-bre C. Ketel pour M. Guillaume Jacobsen, amateur d'art à Amsterdam, et exécute par les doigts, le pouce et les pieds, sans pinceau. L'on peut voir actuellement le susdit tableau dans la salle orne'e de pein tures appartenant au négociant Kaller, à Francfort-sur-le-Mein, où l'on trouve en même temps un certificat expédié par un notaire et douze témoins pour constater l'authenticité dudii tableau. » Nous ignorons ce que cette œuvre est devenue depuis.
Une de ses meilleures œuvres est à Dantzlg : c'est une Danaé recevant la pluie d'or, figure de grandeur naturelle.
Je me rappelle avoir vu la même composition chez lui ; elle pendait dans son vestibule. Il arriva même à ce sujet la plaisante aventure d'un paysan qui, voyant Toeuvre en passant, demanda à la femme du peintre la permission d'y jeter un coup d'œil, car il avait la prétention d'être connaisseur.
« Eh ! l'amie, dit-il apostrophant la femme peinte, si tu t'en tires de la sorte, tu gagneras bien ta vie. » Puis il ajouta : « Je gage que ceci représente la Salutation angélique, où l'ange du Seigneur apporte le message à la Vierge », et il loua fort l'ordonnance du sujet, prenant Cupidon pour l'ange et Danaé, étendue dans un état complet de nudité, pour la Vierge Marie ; et il s'en alla lourdaud comme devant.
Là-dessus nous confions la vie de Ketel à la miséricorde de l'Eternel, et ses œuvres — plus faciles à dénigrer qu'à critiquer avec justice et à surpasser, — au jugement des hommes compétents et de la renommée, car c'est un maître expert dans toutes les parties de l'art : architecture, géométrie, perspective, proportion, ainsi cjue dans la poésie.
Entre autres bons élèves, il a eu Isaac Oseryn ', natif de Copenhague, qui avait d'abord étudié sans maître chez son grand-père, je crois, mais qui dessinait médiocrement.
Lorsqu'il vint chez Ketel, celui-ci lui donna à copier une pièce des Travaux d'Hercule gravée par Cort d'après Floris. Cela fait, il le fit recommencer avec les corrections, et calquer ensuite son dessin. On vit alors une extraordinaire diflFérence avec la première étude et une
I. Van Mander confond Isaac Isaacsz avec Pierre Isaacsz, natif d'Elseneur, dont il s'occupe plus loin. (Chapitre xxxn.) En effet, le musée de Copenhague possède un tableau d'Isaac Isaacsz : Un Festin princier, dans le goût de Paul Ve'ronèse, œuvre datée de i6?2. Le même peintre est encore mentionné dans im acte de i(i!îi comme vivant à cette époque, et y est désigné comme héritier de Pierre Isaacsz, peintre du roi de Danemark. fObreen, /Irc/n'e/, tome II, page 147.) De plus, le portrait de Christian 1\', gravé par Jean Müller (Bartsch, n° 56), porte le nom de Pierre Isaacsz. L'original de cette estampe est au musée de Herlin, et c'est à bon droit que la notice du catalogue de MM. Meyer et Bode désigne Pierre Isaacsz comme ayant été en Hollande l'élève de Ketel. Quant à l'année de la mort du peintre, il n'est pas possible de l'accepter comme antérieure à i(")04, par la raison qu'en ilnS Pierre Isaacsz est à Amsterdam. (Obreen, loc. cit., tome 11, page i35.) Au musée de Bàle existe de lui une Allégorie sur la Vanité, signée et datée de iiioo.
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ressemblance plus grande avec la gravure. L'élève fut bientôt admis à peindre.
Après trois ans il partit pour Venise, y passa un an, et autant de temps à Rome. A son retour il avait fait de tels progrès qu'on pouvait attendre de lui des œuvres excellentes, mais il mourut de la fièvre chaude peu de temps après avoir regagné son pays II venait de peindre le roi de Danemark de grandeur naturelle, mais l'œuvre demeura à l'état d'ébauche. Son maître Ketel conserve de lui quelques fort jolies choses.
L'amitié qui unissait van Mander à Corneille Kctcl nous est attestée par la dédicace que fait notre auteur, au peintre de Gouda, de son Explication des statues antiques. Les termes de Tenvoi sont empreints d'une cordialité touchante, et nous en déduisons que des relations déjà lointaines avaient permis à van Mander d'être renseigné complètement sur la vie et les (ouvres de son confrère.
En réalité, le biographe est très précis, cette fois, et ce qu'il nous reste à dire touchant Corneille Ketel n'a plus qu'une importance secondaire. On en pourrait savoir certainement plus long sur le maître et sa famille, mais sa carrière, en somme, est résumée avec beaucoup de conscience. Il faut même observer que van Mander n'exagère pas le mérite de son ami, ne donne pas à ses œuvres des éloges outrés. Malgré ses excentricités, Ketel fut un bon peintre et ses portraits de l'hôtel de ville d'Amsterdam sont loin d'être ordinaires. Au musée de Gouda, nous trouvons encore un de ses groupes de soldats-citoyens, — un CorporaLscliap, dirait van Mander, — daté de i5()(), alors que le peintre avait déjà renoncé à se servir du pinceau ', ou, tout au moins, avait inauguré le système de recourir à l'étrange collaboration de ses pieds. Il serait difficile de dire si l'œuvre a été produite par les procédés ordinaires ; elle est vigoureuse, expressive et prépare dignement les voies aux Frans Hals, aux Rembrandt et aux vander Helst.
Nous avons moins de bien à dire d'un portrait de famille au musée (Kustliefde), à Utrecht , dont une annotation manuscrite placée sur le cadre nous donne le monogramme ^ et la date i58i. Ce serait donc une des premières œuvres exécutées après le retour d'Angleterre.
Touchant le séjour du peintre dans ce dernier pays, ncjus avons désigné quelques portraits qu'il trouva l'occasion d'y faire. M. W. B. Rye, dans son livre : England as seen by Eoreigners (London^ i865, p. 2o5), fait connaître un fragment des inventaires
1. M. H. Riegel, Beiträge ^iir Niederländischen Kunstgeschichte, lit i5ij5.
de la couronne, où sont relaies plusieurs payements faits à Corneille Ketel pendant les années iSjb et 1577'.
Sir Martin Frobishcr, à son retour du « Cathay », c'est-à-dire de la Chine, en 1677, ramena un homme, une femme et un enfant. L'homme et la femme moururent ù Bristol, l'enfant à Londres. On fit plusieurs portraits de ces représentants de la race mongole, tant pour la reine Elisabeth que pour la Compagnie du Cathay. Ces images, qui figuraient autrefois à Hampton Court et ne s'y trouvent plus aujourd'hui, étaient l'œuvre de Corneille Ketel, ainsi qu'il résulte des documents suivants que nous traduisons :