CRÉPIN VAN DEN BROECK
avait toujours sur le métier et qu'il employait ses élèves à préparer.
Lorsqu'il leur avait esquissé au crayon son idée, il les laissait faire, disant : « Adaptez à ceci telle ou telle tête », car il avait chez lui nombre d'études sur panneaux. De la sorte, ils acquéraient de la hardiesse et de la dextérité, et se risquaient eux-mêmes ensuite à peindre des toiles conçues et exécutées selon leur propre sentiment.
On voyait venir se mettre en apprentissage chez lui les mieux doués, ceux qui, dès longtemps, avaient été chez d'autres faire leurs études et étaient rompus à la pratique. Un jour, certains de ses anciens élèves, causant entre eux, rappelaient les noms de plus de cent vingt artistes qui avaient passé par son atelier. J'en citerai quelques-uns K
Benjamin Sammeling, de Gand. — D'abord un vieux célibataire gantois, encore vivant en la présente année 1604, et qui naquit en i52o. Il fut, en son temps, un fort bon coloriste, ce qui ressort des peintures du jubé de l'église Saint-Jean à Gand, qu'il exécuta d'après les dessins de Lucas De Heere, et de plusieurs autres choses. Il faisait aussi très bien le portrait ~.
Crépin van den Broeck. — Crépin van den Broeck, d'Anvers, fut également bon compositeur, habile en l'art de faire de grandes figures nues, et bon architecte. On voit encore de ses œuvres en maint endroit, chez les amateurs. Il est mort en Hollande. Je ne saurais fournir d'autres renseignements à son sujet, par la raison que les demandes que j'ai adressées à ceux qui étaient en état de me renseigner sont restées sans suite ■^.
1. Floris était sans doute dispensé de faire immatriculer ses élèves aux registres de la corporation de Saint-Luc. On n'en connaît dès lors qu'un nombre relativement peu considérable.
2. Benjamin Sammeling naquit en i520. En i583 il était sous-doyen du métier des peintres gantois. 11 remplit les mêmes fonctions en i5g8. Ce fut en i55q, selon M. de Busscher {Rechei-ches sur les peintres et les sculpteurs à Gand, xvi" siècle, page 29), qu'il peignit le jubé de l'église Saint-Jean. On ne possède plus aucune œuvre authentique de B. Sammeling. Un tableau déposé à la Bibliothèque de Gand lui est attribué. C'est une Allégorie sur la naissance de Charles-Qiiint.
3. Crépin vanden Broeck (Paludanus) est né à Malines, non pas en i53o, mais d'après les découvertes de M. vanden Branden (page 322), en 1524. Franc-maître à Anvers, en i555, il y reçut la bourgeoisie en i55o. Le musée de Bruxelles possède de lui un Jugement dernier, daté de i5Go (n° 192); le
Georges de Gand. — Georges de Gand, qui devint peintre du roi d'Espagne et plus tard de la reine de France, fut aussi élève de Frans Floris '.
Martin et Henri van Cleef, Lucas de Heere, Antoine Blocklandt, Thomas de Zierickzee, Simon Kies d'Amsterdam, Isaac (Cloeck) de Leyde, François Menton. — Puis Martin et Henri van Cleef^, Lucas De Heere ^, Antoine Blocklandt^, Thomas de Zierickzee^, Simon d'Amsterdam®, Isaac Claeszoon Cloeck, inventeur et peintre de Leyde ^, François Menton, originaire d'Alckmaar, et y habitant encore je crois, un maître savant dans toutes les branches de l'art, bon dessinateur et graveur, l'auteur de beaucoup de bons portraits d'après nature et qui a aussi formé de bons élèves par ses enseignements^.
mOme sujet au musée d'Anvers est daté de iSyi (n° 38o). Il en existe une gravure de Barbe vanden Broeck, plus tard femme de Ch. van Queboren, planche des plus remarquables, mais non datée. Autre Juf^ement dernier au musée d'Arras (n° 17). Sainte Famille au musée de Madrid (n" 1216). M. vanden Branden, qui a publié sur ce maître des indications fort précieuses puisées aux archives anversoises, signale un tableau à l'hôpital Sainte-Elisabeth. Il esta présumer que les œuvres de C. vanden Broeck se confondent avec celles de son maître, car il ne mourut qu'en iSgi, non pas en Hollande mais à Anvers. Son séjour en Hollande paraît avoir été de courte durée.
On a beaucoup gravé d'après Crépin vanden Broeck qui lit, entre autres, des planches pour l'ouvrage d'Arias Montanus publié k Anvers : Hiimanœ salutis monmnenta. Adr. CoUaert paraît avoir été son principal graveur. Il faut signaler particulièrement hi planche allégorique sur le sac d'Anvers par les Espagnols en 1576. Au fond, l'hôtel de ville en feu; à l'avant-plan, la Patience et la Misère. Cette curieuse estampe porte la date 077 et fut publiée par Adrien Huberti (Huybrechts).
1. .< Nous ne savons quel est cet artiste. A l'époque mentionnée ncjus n'en rencontrons qu'un seul de ce prénom, et c'est Georges vander Rivière, qu'aucune production historique ou religieuse connue ne place au rang des maîtres distingués. Nous ne trouvons dans les documents gantois aucun peintre portant le nom patronymique de van Ghendt (de Gand), et les renseignements assez diffus des biographes modernes sur ce peintre du roi d'Espagne (Philippe II) et du roi de France (Henri II) ne nous renseignent guère. Il en est même qui le confondent avec le Justus de Gand du xv" siècle. » (Edm. de Busscher : Recherches sur les peintres et les sculpteurs gantois; xvi° siècle, page 3i.) Nous ajouterons que les Galeries espagnoles ne contiennent pas une seule œuvre d'un auteur portant le nom de Georges.