‹ Le livre des peintres de Carel van ManderChapitre 53 sur 218 · Fils de Gérard · texte numérisé non relu

Fils de Gérard

d'Albert Dürer, mais le procédé s'écarte notablement de la désagréable manière tranchante et anguleuse des maîtres postérieurs.

Lampsonius s'adresse au peintre à peu près comme suit, dans ses vers latins :

Viens prendre ici ta place, ô Thierry !

La patrie n'exaltera point par des éloges immérités

Ta gloire, élevée jusqu'aux nues;

La nature elle-même, mère de l'univers, s'effraye

Se voyant presque surpassée par tes nobles images.

COMMENTAIRE

« Au commencement du xix"^ siècle, dit M. Ed. van Even ', les œuvres de Thierry Bouts furent tour à tour attribuées à RogierVanderWeyden, Josse de Gand, Memlinc, Holbein, et, ce qui est plus étonnant sans doute, à Quentin Metsys. En i833, un de ces hasards qui sont des bonnes fortunes pour ceux qui s'occupent de l'histoire de l'art, permit de faire connaître, d'une manière certaine, deux peintures sorties de son pinceau. M. Gustave Waagen, le savant directeur du musée de Berlin, avait, en 1824, appelé l'attention des amateurs belges sur un passage du livre de Karel van Mander relatif aux vieux peintres de Haarlem, en les engageant à faire de nouvelles investigations sur l'ancienne école de cette commune hollandaise, ainsi que sur la similitude qui la rattache à celle des van Eyck. Depuis lors on n'épargna ni peines, ni veilles pour parvenir à trouver quelques détails sur ces artistes. Or, feu M. le conseiller Cannaert rencontra, en i833, dans un manuscrit appartenant à M. Auguste van Hoorebeke de Gand, quelques renseignements sur Thierry Bouts, et ces renseignements avaient justement rapport aux deux tableaux que l'artiste exécuta pour l'hôtel de ville de Louvain, et que le temps a épargnés. Il ne tarda point à communiquer le manuscrit à M. Liévin de Bast, l'investigateur patient de l'histoire de l'art national. M. de Bast trouva les détails fort intéressants et s'empressa de les faire insérer dans le Messager des Sciences et des Arts de Belgique. »

M. van Even prit lui-même une part très importante à la recherche des matériaux de l'histoire des artistes de Louvain parmi lesquels Thierry Bouts occupe la première place. Plusieurs notices, consacrées exclusivement à ce peintre, permirent au studieux archiviste de mettre en luniière des documents grâce auxquels des œuvres de première importance sont aujourd'hui restituées ù l'un des plus grands peintres du xv'' siècle. 'Van Mander lui-même, comme on l'a vu, ne connaissait qu'un seul de ses tableaux.

Si nous ajoutons que, grâce à MM. van Even et Alphonse Wauters. Thierry Bouts est beaucoup mieux connu qu'au temps de van Mander, de là ne ressort point qu'il n'y ait des choses encore obscures dans la carrière du maître, et M. Taurel en arrive

I. L'Ancienne Ecole de peinture de Louvain, page 134. Bruxelles, 1870.

THIERRY DE HARLEM

encore à se demander, en 1881', si, vraiment, Thierry de Harlem et Thierry de Louvain, que Guichardin nomme séparément, constituent un seul et même personnage.

f THEODORD HARLEMIQPICTORI.

%Jj£uc et ades, Théodore, tuam quociue Belatra jémpcr LmicQ ntmi fiâm touet acf afîra manum; fj>sa tuis verum aemtrix epcprefsa fiaiiris

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THIERRY BOUTS DE HARLEM

Grave par Wiericx (?).

Une chose est certaine, c'est que les archives harlemoises, inutilement fouillées jusqu'à ce jour, n'ont pu révéler la date de la naissance du maître, né, selon M. Wauters en 1391, et selon M. van Even en 1400.

I. L'Art chrétien eu Hollande et en Flandre, tome II, page i i 3.

On a vu que le triptyque mentionné par van Mander datait de 1462; c'est aussi la date que porte le portrait de la Galerie Nationale de Londres ' attribué à Memling et qui, selon Crowe et Cavalcaselle, est non seulement l'œuvre, mais le portrait môme de Bouts, en quoi ils ont raison, eu égard à la ressemblance de ce portrait avec le personnage du tableau de la Cène, à Louvain. Le maître était donc âgé de soixante-deux ans à l'époque où il faisait ces peintures et, chose digne de remarque, on n'en connaît point d'antérieures de sa main. En 1464, selon les documents retrouvés par M. van Even, Bouts commence le Martyre de saint Erasme, petit triptyque de l'église Saint- Pierre, à Louvain, et achève en 1468 la Cène, autre triptyque commandé pour l'autel de la confrérie du Saint-Sacrement, dans la même ville ^; la même année le magistrat de Louvain lui confère le titre de portraUeiir de la ville, et il reçoit la commande de peintures importantes : un Jugement dernier et quatre autres grands panneaux dont deux seulement étaient terminés à l'époque de la mort de l'artiste en 1475. Le Jugement dernier fut achevé en 1470 et ne s'est pas retrouvé; les autres peintures illustrant la Legende de l'empereur Othon III sont au musée de Bruxelles-*.

En 1473, Thierry Bouts convolait en secondes noces. On remarquera, le maître étant né en 1400, que tout ce qui le concerne se rapporte à un vieillard; que, par conséquent, il doit exister beaucoup d'œuvres de son pinceau attribuées à d'autres peintres.

Outre les deux pages capitales du musée de Bruxelles, auxquelles est venu se Joindre récemment 118841 un remarquable Martyre de saint Sebastien, la Galerie Nationale de Londres possède une Madone sur le trône avec saint Pierre et saint Paul agenouillés, peinture exposée sous le nom de Hugues vander Goes, et que M. W. M. Conway restitue avec raison à T. Bouts'''. Par contre, l'auteur s'inscrit en faux contre l'attribution au maître de V Exhumation de saint Hubert, n" 783 de la même Galerie ; ce qui ne nous semble pas aussi absolument justifié.

L'église de Saint-Sauveur, à Bruges, possède de Bouts un triptyque : Martyre de saint Hippolyte ; le musée de Francfort, la Sibylle et l'empereur Auguste; le musée de Nuremberg, la Résurrection (travail douteux), dont une répétition existe à Grenade. (Crowe et Cavalcaselle.) Enfin, la Galerie de Munich possède encore un triptyque de l'Adoration des Mages avec Saint Jean-Baptiste et Saint Christophe et la Trahison de Judas, dont l'attribution à Thierry Bouts s'appuie de l'autorité de Crowe et Cavalcaselle et de Woltmann. Tous les tableaux de Louvain étaient désignés autrefois comme procédant de Memling et le nom de ce maître figure encore sur les cadres des deux tableaux de l'église Saint-Pierre.

C'est également à Memling qu'était attribué le Couronnement de la Vierge, au

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