I. [maistres
n ne dit pas les noms de grand nombre de Qui d'entre les premiers ont beaucoup travaill Leur ouvrage pourtant, au burin bien taillé, Ne sera pas jeté dehors par les fenestres.
On ne les connoist donc que par certaines marques Qui les font distinguer : tantost par un oiseau , Tantost par un palmier, tantost par un roseau , Et quelquefois aussi par le fuseau des Parques.
et Graveurs. 69
On voit un chandelier, une chandelle étainte, Un pot empli de fleurs, ou deux bourdons croisez; Quelquefois une paele, ou des chevrons brisez ; Quelquefois un cordon , pour une forte etrainte.
On nomme ce graveur le maistre au caducée, Celuy-ci du miroir, ou du nom de Jésus ; Cet autre a deux battoirs façonnez par dessus; Un cube est au troisième , où sa place est tracée.
Un trait entrecoupé s'abaisse sur un livre ; Avec Fecu de Saxe un autre a le dragon ; L'S entrecoupe un H ou lie un martagon , Ou le presse si fort qu'il l'empesche de suivre.
Quelqu'un s'est designé par une souricière, Un autre par un glaive ou fleur de nenufar, Un autre par un monde , un autre par un char, Ou d'une chausse-trappe il marque sa manière.
Par deux palmes quelqu'un se fait assez connestre ; Pour l'autre, une ecrevice exprime assez son nom; Le saultereau d un autre accomplit le renom , Et le pilier fleuri désigne un autre maistre.
Dans une gaisne à Tun on enfonce une dague; Un lasset à quelqu'autre attache une L au P ; A quelqu'autre une croix se plante sur un T ; Celuy-ci porte un anchre et un autre une bague.
;o Le Livre des Peintres
On voit une araignée à quelqu'un sur sa toile; Un navire est l'enseigne à ce maistre graveur; Un autre sous une H entrecoupe un gros cœur; Huict pièces seulement sont du maistre à l'estoile.
Pour un autre , deux VV sont entre YM et YN ; Un compas grand ici s'ouvre sur un mortier; Une chandelle ailleurs luit dans son chandelier; Une S en cet endroit se tranche sur une M.
Une espèce de trait , là, transperce un triangle; L'S et YR debout sont là sur un boisseau ; Ici Ton voit un vase entre un double rameau ; Ailleurs c'est une lance , autre part une sangle.
Un autre vase encore , ou plutost une aiguère , Pour un maistre se montre entre YL et le K ; La gaine d'un couteau dans un G coupe un A , Et la paele est marquée ailleurs d'un caractère.
On se peut étonner de tant de différence : Na dat en quelque endroit c'est Natalis Datus ; Vultis mihi dare ? fait cet autre confus , Ou veut-il par ces mots se tenir en silence?
On voit un epagneul , on voit une navette , Une croix renversée , une barre , un crampon , Un bassin de tripière , un bachot , un brandon , Une fourche , un hanap , un croc , une pincette.
et Graveurs. 71
Deux cents chiffres ainsi marquent sous les figures Les noms d'Albert Durer, de Lucas et d'Holbeins , D'Aide Grave, de Pents, de Bressancket d'Hisbins , De Christofle Amberger, sous de justes mesures ;
De Corneille Matsis , de Stymer de Schafuse , De Hans Burguemaïr, et de Lucas Cassel, D'Hispanien Pean , de Schom , de Criegel , De Martin le Thudesque où chaque esprit s'amuse.
De Jost Aman , de Bon , d'Andréa de Mantoue, D'Adam du mesmelieu , de Lucas Met, de Craen, De Sebon de Colmar, de Vanmeck , de Béen, De Virgile Solis , qui si souvent se joue.
Comme eux marquoit son nom Nicolas Béatrice , Silvestre de Ravenne et Marc Antoine encor, De qui l'œuvre admirable est un riche trésor; Augustin et Bambin , non pas sans artifice.
Martin Linck , Matthieu Grom , Sebalde de Bohême, Antoine de Wormace avec Hans "Wictelin, Graff de Basle et Cockson , Grebber et Gamperlin , Montagne et Campagnole , en ont usé de mesme.
Guereverdin aussi; mais pourroit-on tout dire , Et qui n'auroit point peur de Jean Kentarlaer, D'Eginoff et de Crac, et de Hans Brosamer, Des Hopfer, de Pincquie, assez d'humeur de rire?
Toutes les choses imaginables qui peuvent estre regardées comme les véritables objets delà peinture.
[chose iray-je qu'en peinture on montre quelque De tout ce qui se voit et qui ne se voit pas, Soit au ciel, soit en terre, oumesme encor
plus bas, Des esprits et des corps, comme on se le propose?
On a représenté jusques aux minuties De toute la nature et de ce que les sens Peuvent appréhender, jusques aux corps absents, Soit d'objets sérieux ou bien de facéties.
On a mesme exprimé par diverses figures L'esprit et la raison, pour aller aussi loin Que la philosophie , et l'idée , au besoin , Des poètes menteurs dans toutes leurs mesures.
D'ailleurs cecy comprend les secrets de l'histoire , Il comprend tout le monde, et n'en excepte rien , Et chaque nation y découvre le sien , Et la vanité mesme y remontre sa gloire.
On y voit nettement toute l'architecture , Les villes, leurs ramparts et leurs forts bastions; On y voit des soldats les grandes légions , Et des plus beaux palais la royale structure;
et Graveurs. 73
Les pilastres portez sur leurs bases solides, Des colomnes le fust avec ses chapiteaux , Les bas reliefs restez que nous tenons si beaux , Les obélisques droits et quelques pyramides.
Là se meslent encore les niches , les statues , L'architrave et la frise avec les ornements , Les somptueux plat-fonds dans les beaux bastiments, Des eguilles qu'on voit s'eslever dans les nues.
On y voit des vaisseaux , des vases , des fontaines , Des jardins enrichis de diverses couleurs , Des parterres formez de verdure et de fleurs , Des fleuves, des forêts, des montagnes, des plaines.
Ce que les villes font aux roys dans leurs entrées, Ce qu'une cavalcate a de plus somptueux , Y montre également son éclat fastueux , Dans les goûts différents de toutes les contrées.
Là des princes on voit les chapelles funèbres , Leur pompe funérale , avec leur vanité , Qui n'a pu se sauver de la mortalité , Nous apprennant par là leurs fadaises célèbres.
Tant d'habits superflus , d'officiers inutiles , Ne servent plus de rien pour eux en cet estât ; Mais ils font grand plaisir au nouveau potentat, Qui , feignant de pleurer, trompe les gens faciles.
On voit en mesme lieu les hautes catafalques Des tombeaux enrichis cTornemens glorieux, Qui s'élèvent au ciel pour éblouir les yeux , Tandis que vers le bas soupirent des Menalques.
Les estampes encor donnent les armoiries , Les emblèmes formez par tant d'invention , Les devises aux grands dans leur intention , Leurs plaisirs recherchez pour les galanteries.
Les cartouches y sont en diverses manières, Comme les ecussons ornez de la toison, Pour porter les desseins d'une grande maison , Qui veut plus de splendeur que de pures lumières.
Les médailles y sont, les monumens antiques Et tous ces bas-reliefs des marbres et meteaux Tirez des vieux palais et des arcs triomphaux , Des tombeaux renversez , ou superbes portiques.
Par là du corps humain on voit l'anatomie, Dont Ton a dessiné chaque membre si bien , Qu'on y reconnoist tout, où l'on ne connoist rien ; L'on y voit les secrets aussi de la chimie.
Rien est-il de plus beau que, pour André Vezale , Les figures qui sont dans son livre admiré? En cela tout est juste et si considéré , Que de tout ce qu'on voit ailleurs rien ne l'égale.
et Graveurs. y5
Les habits on y voit de toutes les provinces ,
De chaque nation, dans leur diversité,
Qui des hommes apprend la contrariété
Et montre la splendeur et la pompe des princes.
N'y voit- on pas aussi des mers et de la terre, Les divers animaux, qui se détruisent tous, Si les foibles des forts n'évitent le courroux, Se combattant sans cesse et se faisant la guerre ?
Les poissons, les oiseaux, les reptiles, les bestes, Sont présents à nos yeux dans ces livres divers, Où Ton voit les cirons, les mouches et les vers Animez bien souvent par les rudes tempestes.
On y voit les travaux des célestes abeilles ,
Le soin laborieux des petites fourmis,
Les moucherons piquants, les papillons amis,
Ces vers qui pour la soie ourdissent leurs merveilles.
C'est aussi là qu'on voit toutes sortes de plantes D'une diversité qu'on ne peut exprimer ; On y voit le corail jusqu'au fond de la mer, Les petits arbrisseaux et les nouvelles antes.
Des arbres si nombreux on y voit les figures , Tous les simples qui sont produits en divers lieux , Pour satisfaire aux soins des esprits curieux, Dont aussi Ton a fait dix mille portraitures.
j6 Le Livre des Peintres
On n'a pas oublié les divines images Dans la crédulité des peuples innocents, Qui veulent le miracle à charmer tous les sens ; Les madones aussi leur sont de grands usages.
Les thèses qu'on y voit y sont considérables, Pour montrer quel dessein Ton a le plus souvent De flatter de bonne heure, en prenant le devant, Les seigneurs que Ton veut avoir pour favorables.
J'en ai vu d'Italie et d'ailleurs un grand nombre, Je ne mentirois pas disant plus de six cent, Sans celles des blazons, d'un dessein innocent, Offusquant les esprits d'une lumière sombre.
L'invention des arts se trouve dans l'estampe, Chaque métier s'y trouve en sa perfection , Qui tandis luy tient lieu de sa protection, Si pour un tel sujet l'on ne veut qu'elle rampe.
Car la protection veut une autre mesure, Il suffit d'y trouver beaucoup d'instruction, Et, pour cela, d'y mettre un peu d'affection, Ce que l'on peut attendre aussi de la figure.
C'est de là mesme aussi que les nochers y trouvent De bons enseignements qui leur pourroient aider, Et la milice aussi peut s'en accommoder, [vent.
Pour les desseins guerriers que les vaillants approu-
et Graveurs. 77
Par là mesme on s'instruit à faire l'exercice, On apprend à combattre et marcher fièrement, A former une attaque et vaincre seurement, Si l'on joint au grand cœur la ruse et l'artifice.
On y porte en maints lieux les enseignes guerrières, Des javelots romains et les grands étendarts, Les phalanges des Grecs y sont au gré de Mars, Mais plus que tout cela nos troupes sont altières.
On y voit traverser les fleuves à la nage,
On y jette des ponts pour porter les chevaux,
Les machines de guerre et tous les grands travaux ,
Les régiments nombreux et tout leur équipage.
Pour la paix on y voit des arcs, des galeries, Des cascates, des eaux de toutes les façons, Tes promenoirs perdus, des déserts, des moissons, Des rochers et des monts et des plaines fleuries.
Par là mesme on peut voir tout ce que dans l'optique
Se peut offrir aux yeux dans sa diversité,
La juste perspective en son activité,
Et tous les beaux effets de la mathématique.
On y voit les desseins des fines broderies, Tous ceux des serruriers pour tant d'inventions Qui pourroient égaler les douces fictions Qui sont également dans les orfèvreries.
Combien de livres faits pour la menuiserie, Dépeignant les buffets, les tables et les lits, Les plats-fonds figurez pour les palais des lis, Pour qui Ton fait aussi mainte tapisserie.
Quelle diversité pour les belles étoffes, Sur tant de points coupez de diverses façons, Où le peuple occupé prend beaucoup de leçons, Dont se passent si bien les sages philosophes.
Il n'en est pas ainsi des livres d'écriture, Propres à tant de monde , et dont l'invention Favorise le soin de toute nation, Afin qu'à chaque lettre on garde sa figure.
Vous aurez part icy, cartes géographiques, Vous y devez tenir un honorable rang, Puisqu'en petit le monde y voit comme il est grand, Et que toutes ses mers s'y tiennent pacifiques.
Tous les jeux de hazard y font voir leur fortune ; Les autres jeux d'esprit s'y rencontrent aussi , Comme les jeux d'addresse, en un champ raccourci, Où rien, pour leur longueur, ne choque ou n'importune .
On y voit les balets , les belles comédies , Les théâtres charmants , les tournois , les combats , Les triomphes d'éclat , qui flattent les soldats , Et, d'un autre costé, les grandes tragédies.
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On y rencontre aussi les plaisirs de la chasse , De toutes les façons qu'on peut s'imaginer. Soit après le repas ou soit avant disner, Sans decoupler des chiens l'impétueuse audace.
Des animaux rusez Ton y voit l'artifice , Par là mesme on s'instruit à voler les oiseaux ; On y cherche au besoin les poissons dans les eaux , Et des renards si fins on trompe la malice.
Là des fiers animaux on dompte la colère , On dompte la fureur des lions et des ours , Des tigres inhumains on arreste le cours , Et Ton y voit percer le flanc d'une panthère.
Les cerfs les plus légers sont forcez par la chasse , Les chevreuils on y pousse avec moins de vigueur, Des lièvres et des dains on fait croistre la peur, Courans et recourans dans un bien moindre espace.
On y met en son jour toute l'agriculture ; On y plante la vigne , on sème les guerets ; On y fait la moisson des presens de Cerès , Et le fécond essain dans sa ruche murmure.
N'y voit-on pas régler tous les tons de musique? On y fait presqu'ouir les accents doux et forts. De là tant d'instruments y peignent leurs accords. L'on en connoist l'usage et laimable pratique.
N'y fait-on pas aussi les rezevils , les dentelles ,
La guipure nouvelle, ainsi que je l'ay dit?
Les étoffes de prix y trouvent leur crédit ,
Et là manqueroit-on d'apprendre cent nouvelles?
Là mesme on peut donc voir mille plaisanteries, La mascarade brusque avecque le balet, La courte et longue paulme , et le jeu du palet, Et la palestre antique, et les bouffonneries.
Ce qui touche en maints lieux les fables et l'histoire Est d'ailleurs si nombreux qu'il est presque infini, Et ne serviroit pas s'il n'estoit réuni, Afin d'en conserver quelque utile mémoire.
C'est donc ce qui s'est fait d'un ordre méthodique , Aidé par les portraits des hommes vertueux , Dont le visage peint se conserve avec eux ; Ouvrage gracieux dans un temps pacifique.
FIN
Le nombre des vers contenus dans cette partie est de i356,
'ay grand sujet de craindre que tant de noms , les uns bizarres et les autres assez peu connus , lesquels sont employez dans toute V étendue de cette partie des peintres et des graveurs > ne plairont pas extrêmement à tout le monde , s'il se rencontre quelqu'un qui les lise : car les vers ne sont pas aimez de tous ceux qui veulent bien que Von croye qu'ils sont du nombre des beaux esprits ; et ceux qui sont les plus capables d'en juger ne sont pas aussi toujours d'humeur d'approuver tout ce que j'écris , en quelque genre que ce soit. Et c'est de là que quelques uns n'ont pas fait de scrupule de blâmer ces deux vers de ma version des Cantiques* :
Qu'il me baise toujours des baisers de sa bouche : Tous mes sens sont charmez au moment qu'il me
[touche.]
Au sujet du second , parce , disent-ils, que le
i. On r.e doit pas s'étonner, quand on counoîl quelques livres de l'abbé de MaroHes , des explications qu'il donne ici sur des ouvrages qui n'ont aucun rapport à l'histoire de l'art. Le Litre des peintres et graveurs se trouvoit réuni aux différentes œuvres de cet abbé, et il n'a pas même de titre spécial. Il Tavoit probablement publié pour former un seul volume avec sa Géographie sacrée, son Paris* etc.
sens de ses paroles n'est pas naturel, et que la pensée en est tirée par les cheveux. Sans mentir, il faut estre bien délicat pour s'en expliquer ainsi y et ceux-là ne sont guère accoutumez au slile des Hébreux, ou des plus éloquents autheurs des livres sacrez de V Ancien Testament , qui, dans la seconde partie de leurs versets, disent presque toujours la mesme chose que ce qu'ils ont dit dans la première , outre que le sens de ce second vers est une raison assez bonne des souhaits de l'Epouse, lesquels sont exprimez par ces paroles : Qu'il me baise, etc.
D'autres ont repris , dans ce mesme ouvrage, ces vers de la 15e page :
Vos lèvres, où l'on voit que la rougeur éclate, Font une bandelette, à nos yeux d'ecarlate.
par ce , disent-ils, que des yeux d'ecarlatte ne sont pas une fort belle chose , comme si cette couleur se devoit entendre des yeux , et non pas de la bandelette. Cela s'appelle disputer de tout, ou ne s'y entendre pas trop finement.
Il faut corriger, dans la partie des Abbez , en la page 33, dans la seconde epigramme , en parlant des Bénédictins de la congrégation de S. Maur :
Le premier s'appela dom Martin Terrière ,
Car il se nommoit Tesnier, et non pas Terrière. 77 sera donc mieux de lire ainsi ce vers :
Le premier, dom Martin , eut beaucoup de lumière.
Dans l' epigramme cinquième, Benard au lieu de Bernard.
Dans le Traité de la géographie sacrée, en la
et Graveurs. 83
page 4 , epigramme 9 , décrivant la province de Bourges , il la faut lire en cette sorte \
Bourges , grande province, a sous elle Limoges, Tulle, Clermont, Cahors, Rodais, S.-Flour, Alby, Castres, fille d'Alby, Vabres , Mande, Le Puy, Eglises dont chacune oblige à des éloges ;
parcequejemy estois Mépris au sujet de Tulle, que j'avois marqué au troisième vers au lieu de Castres ; puis qu'en effet Tulle est fille de Limoges, et non pas d'Alby, et Castres seule est fille d'Alby.
Il faut aussi lire , dans la partie des théologiens , page 55, epigramme 4o , Morot au lieu de Moreau , avec ce vers :
Le vertueux Morot , etc.