VII. [gogne
François Perrier, grand peintre et graveur de Bour- Toussaint du Breuil, du Bois, Blanchar, Simon Vouet. Son gendre Dorigni, Simon François, Huret; Vignon, toujours si prompt, qui la paresse éloigne.
Ce Perrier excella dans son travail d'eau forte; Ses bas-reliefs on loue, et son livre est si beau Quïl éclaire partout comme un brillant flambeau, Découvrant son esprit où sa vertu le porte.
Quels tableaux diroit-on de Blanchar et Lahire, De Sève, de François, de du Loir? Mais, dès là, On cesse de parler sans connoistre cela, Et l'on sçait peu de bien dont l'on n'oze médire.
Simon Vouet a peint les grands baings de la reine, Il a peint S. Eustache et le palais Seguier, Où des roys prosternez adorent pour prier, Dans une balustrade où l'orgueil se promeine.
Grégoire Huret, graveur, acquit dans sa manière Une estime qu'on doit à sa capacité :
Beaucoup d'invention dans sa témérité, Où certain air brillant surmonte la matière.
Claude Vignon, connu, mérite que l'on l'aime, L'Espagne en fit estât : elle en eut du sujet. Qu'on juge de ses traits par Gilles Rousselet4, Dans sa belle graveure estant noble de mesme.
Jacques Stella, Boivin, Egman, Laurent La Hire, De Losne d'Orléans, l'un et l'autre Rabel, Eustache Le Sueur, Sarrasin et Lourdel, Daniel du Moutier, que tout son siècle admire.
Jacques Stella comprit une belle manière De faire, comme il fit, des figures en bois D'un dessein tout nouveau, les colorant deux fois. Ses Vierges ont un goust digne de la lumière.
i. Il est fait probablement allusion ici au grand nombre de pièces gravées par Gilles Rousselet d'après Cl. Vignon. Le style embarrassé de Marolles pourroit aussi signifier que Rousselet avoit gravé un portrait de Vignon ; mais nous croyons notre supposition plus vraisemblable.
et Graveurs. 27
Que ses vases sont beaux, ses jeux d'enfant encore, Et tous les ornemens que nous voyons de luy ! Qu'à ses nièces on doit, qui gravent aujourd'huy, Comme des curieux pas un seul ne l'ignore î
Pour Boivin et Lourdel, on ne prend pas la peine De relever si fort les choses qu'ils ont fait. René Boivin d'Anjou, pour un graveur parfait, N'a que du Florentin suivi l'étroite veine.
Nostre Edouard Egman en bois est admirable, Comme on le peut juger de ce qu'on voit de luy, Après Jaques Calot, sa gloire et son appui, Dans ses- gueux exprimez d'un air incomparable»
J'en dirois bien autant de ses petits Caprices, Chefs-d'œuvre, à mon avis, d'un burin excellent, Où, comme après Businck, il n'est point violent Et laisse dans l'esprit de secrettes délices-
D'un burin délicat maistre Estienne de Losne A dépeint en petit, d'un air ingénieux, De Raphaël d'Urbin des desseins curieux, La Genèse, le Monde, et la gloire du trosne.
De Daniel Rabel nous avons peu de chose. Il estoit inventif surtout pour les balets ; Ses desseins furent vus dans le Royal Palais^ Sans trop de fixions de la métamorphose* .
D'Eustache Le Sueur, dont Ton peut faire estime, Bien qu'il ait peu vécu, ce qu'il a fait de beau, Dont Paris est orné jusque sur son tombeau. Treize estampes pour luy montrent son air sublime.
De Jacques Sarasin de Paris, comme Eustache, Eut les mesmes graveurs pour montrer son sçavoir, Daret et Dorigni, par qui Ton le peut voir, Sans que de son grand nom rien du tout se détache.
Daniel du Moutier eut une ame sincère.
Travaillant en crayon, il s'en fit de l'honneur. En cela son sçavoir fut rempli de bonheur; Sa parole estoit douce et sa piqueure amère.
A propos de Rabel, Jessé fut admirable A former des dessins pour des jeux de balet; Ses crayons achevez ne portoient rien de laid, D'une manière fine et d'un air agréable.
L'heureux Charles le Brun et Gabriel, son frère, L'Aleman de Nanci, l'un et l'autre Mignard, Jean Miellé, Morin ; de Nantes, Charles Erard, Geofroy de Moutier, de Daniel grand-père.
C'est de Charles le Brun que l'on voit d'Alexandre Les tableaux inventez dans le grand goust du Roy, Pour marquer de son cœur le belliqueux employ. Où quelqu'autre que luy ozeroit-il prétendre ?
et Graveurs. 29
Le cavalier Bernin le dépeint tout de mesme, Avec cet air si haut qui veut estre adoré ; L'ouvrage de Varin y seroit comparé, Tant son bust glorieux est fier sans diadème.
Le Brun, Bernin, Varin, rhabillent à l'antique; Mignard l'habille ainsi, quand il est à cheval, Les bras nuds et les pieds presque nuds bien en mal , Sans étrieux encor, ce qu'on tient héroïque.
Je ne t'entens pas bien, n'aimant que trop l'histoire. Pour dépeindre au public le prince tel qu'il est, Faut- il estre menteur, sans y prendre interest? Quel tort la vérité feroit-elle à sa gloire?
Couronner donc son front d'un brin d'herbe est-il Parce qu'un Empereur en eut son front orné [juste, Dans la mode d'un temps où tout fut si borné? On en fit cependant un autre pour Auguste.
Les Empereurs plus bas, sans les dire barbares, Trajan, les Antonins et le grand Constantin, Changèrent la couronne au gré de leur destin, Et ne feignirent pas de porter des thiares.
Mignard a peint la voûte à fresc au Val-de-Grace; C'est un ouvrage illustre , et Ton voit de Bourdon L'hôtel du président, où brillera son nom, Pour l'ample promenoir dans tout son grand espace.
3o Le Livre des Peintres
Que n'en diroit-on point si c'estoit là l'ouvrage De quelque Italien, pour en faire du bruit ? Nous sommes ainsi faits, préoccupez sans fruit, Pour n'y pas rechercher nostre propre avantage1.
Rubens à Luxembourg a déployé sa gloire, On n'en profite pas, à peine en parle-t-on : Le Palais Cardinal ne fait qu'un peloton Où l'on a des François représenté l'histoire.
De Georges l'Aleman on voit plusieurs figures Que Businck mit au jour en bois et clair obscur; D'autres que son poinçon a faites d'un air dur ; D'autres par Brebiette et Dorigni, plus sures.
JeanMorin, acquitant son devoir à l'eau-forte, A donné cent portraits, et des pièces encor Sur des sujets divers, comme un pieux trésor. Car il estoit dévot, et vesquit de la sorte.
Nicolas Boleri, Nicolas de la Fage, Robert Picou de Tours, Provost et Jean Boucher, Calot, Spirinx, Heraud, Rousselet et Richer Nous pourront obliger d'en dire davantage.
i. Marolles nous semble ici assez difficile; Molière venoit de publier la Gloire du val de Grâce* Nous ne connoissons pas beaucoup de tableaux italiens qui aient eu l'honneur d'être célébrés par un tel poète.
et Graveurs. 3i
XXXVIIÏ.
François Pourbus, Caron, Melan, Michel Corneille, Deux ou trois Ferdinand, et l'un et l'autre Audran, Natalis, Valedor, Vanmol, Falck et Goiran Empescheront souvent qu'un bon œil ne sommeille.
Claude Melan, qui seul donneroit à sa ville Quelque nom glorieux, excelle en son burin, Qui figure d'un trait l'humain et le divin, Ouvrage nom pareil dont s'honore Àbbeville.
Michel l'Àsne, estimé, surprenant bien du monde Par son burin si net, fut loué de son temps : Plus de cinq cent portraits, au goust de force gens, Ont honoré ses jours, tant sa main fut féconde.
Dans un juste dessein conduit d'une main sure, Rousselet fait bien voir qu'il est grand ouvrier ; Son air est généreux, sans y rien oublier, Faisant d'ailleurs fleurir une noble gravure.
Philippe Thomassin, qui fut long-temps à Rome, Prit les loix du païs, abandonnant le sien ; Il estoit un peu dur, mais il travailloit bien, Et de ce qu'il a fait Troye enfin se renomme.
François Chauveau pouvoit mériter de la gloire, Pour son invention, s'il eust eu cet air doux Que l'art luy denioit dans ses plus hardis coups, Quand il vouloit toucher les desseins de l'histoire.
D'Albert, en bois on voit la teste d'un colosse : 11 le fit tout exprès; mais cela n'est point beau ; J'aimerois mieux Ganiere éteignant un flambeau, Et les traits de Biard, d'un goust un peu féroce.
Jean de l'Astre peut-il mériter quelque place, Où nous voulons marquer François Spierre et Valet? Picard , venu de Rome un peu devant Baudet, Du Chasteau d'Orléans avec sa belle audace ?
Estienne du Perac entend l'architecture; Joseph Boilot l'entend pour ses termes divers ; Jean Maucler du Lignony conçoit de grands airs; Simon Maupin souvent y mesle la figure.
Pour Nicolas Poussin, il est incomparable : On l'admire partout et quand il a vescu , De tous ceux de son temps pas un ne l'a vaincu. Il le faut donc louer, puisqu'il est admirable.
Les Tettelins connus, le Postre et les Perelles, Tortebat et du Loir, Tavernier et Mozin, Les David, les Poillis, Boulanger, Limouzin, Sans estre distinguez nous feroientdes querelles.
Ceux-cynous en feroient chez Pierre Mariette, Fouquière, Lamiel, Velut, Guignard, Blondeau, Gribelin, GilbertSeve, etQuesnel,et Moreau, Berchet, Stresor, Le Fevre, et Belange, et Fillette.
et Graveurs. 33
Mais d'un autre façon, Boulounois et la Mare, Langot, Lochon, Grignon, Bignon et Collignon, Humblot, Roussel, Matthieu, Briot et Charpignon, Le triste Jean Piquet, et Ganière, et la Bare.
Frône, Sauvé, Bonnard, Auroux et Dellarame, Vibert et Nicolas, Catreux et Pèlerin, De Son, Robert Boissard, l'Enfant, Charles Melin, Crayer, Crozier, Crespin, Denisot et Ladame.