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Le livre des peintres et graveurs

i l’on voulait recommander l’abbé de Marolles comme un littérateur, on courrait grand risque de faire rire de soi ; on aurait un sort à peu près égal, si l’on voulait envisager comme l’œuvre d’un poëte le Livre des peintres et des graveurs ; si, au contraire, on regarde ce docte abbé comme un simple historien de l’art, se servant d’une poésie à sa façon pour exprimer ce qu’il sait, on sera disposé à lui pardonner la forme en faveur des renseignements qu’il fournit sur l’histoire des artistes; si l’on considère son livre comme un simple recueil de notes sommaires, on. sera encore porté à l’indulgence et on s’expliquera la valeur que quelques érudits y attachent. Ce travailleur,

PREFACE

doué d’une fécondité singulière, a publié un grand nombre d’ouvrages, et lorsque la mort est venue le surprendre, il tenait prêtes encore beaucoup de notes qu’il avait l'intention de faire imprimer. Parmi ces travaux demeurés à l’état de projets, était une histoire générale de l’art dont nous lisons, à la fin du Catalogue publié par l’abbé de Marolles en 1666, le plan détaillé. Cet ouvrage considérable était terminé en 1673, comme l’atteste la note suivante, imprimée cette année même, à la suite d’une traduction de Virgile par Michel de Marolles : « Une histoire très-ample des peintres, sculpteurs, graveurs, architectes, ingénieurs, maistres escrivains, orfèvres, menuisiers, brodeurs, jardiniers et autres artisans industrieux, où il est fait mention de plus de dix mille personnes, aussi bien que d’un très-grand nombre d’ouvrages considérables, avec une description exacte et naïve des plus belles estampes, ou de celles qui peuvent servir à donner beaucoup de connoissances qui seroient ignorées sans cela, pour faire plusieurs volumes. Cet ouvrage, tout prest à mettre en lumière, pourvu qu’il y ait la conduite, parce que les escrits et les mémoires sont encore confondus et ne peuvent estre remis en l’ordre qu’ils doivent tenir que par luy seul. » Ce travail, qui eût été sans aucun doute fort précieux pour l’histoire de

PRÉFACE

l’art français, n’a jamais été publié; le manuscrit même en a été perdu; le Livre des peintres et des graveurs , qui en est une sorte de résumé, nous a semblé, pour ce motif, digne d’être tiré de l’oubli. Cette grande histoire de l’art devait être écrite en prose, et avait, par cela même, chance d’être plus intelligible; sans en tenir complètement lieu, ce petit volume résume les faits principaux qui y étaient consignés et donne certainement une idée exacte du travail anéanti.

Les livres de Michel de Marolles, qui méritent d’être lus encore aujourd’hui et dans lesquels on trouve des renseignements curieux,, ne sont pas en grand nombre; ce sont ses Mémoires, sa description de Paris , le Roy , les personnes de la cour , etc.*, enfin le Livre . des peintres et des graveurs. Quant aux traductions qu’il a mises au jour, nous ne saurions mieux faire que de reproduire le passage suivant d’une lettre très-spirituelle adressée

i. Paris, ou la description succincte et ncantmoins assej ample de cette grande ville, par un certain nombre d’épigrammes de quatre vers chacun, sur divers sujets, par M. de Marolles, abbé de Villeloin. 1677, in-40. — Le Roy, les personnes de la cour qui sont de première qualité, et quelques-uns de la noblesse, qui ont aimé les è lettres ou qui s'y sont signale^ par quelques ouvrages, cj r S. d., in-4°. . , .

PRÉFACE

à Heinsius par Chapelain , lettre que cite Camuzat dans son Histoire critique des journaux' : « Cette traduction françoise des Œuvres deStace est un de ces maux dont notre langue est affligée. Ce personnage (Marolles) a fait vœu de traduire tous les auteurs anciens, et a presque déjà accompli son vœu, n’aïant pardonné ni à Plaute, ni à Lucrèce, ni à Catulle, Tibuile et Properce, ni à Horace, ni à Virgile, ni à Lucain, ni à Perse, ni à Juvénal, ni à Martial, ni à Stace même. Votre Ovide s’en est défendu, avec Sénèque le Tragique, Valerius Flaccus, Silius Italicus et Claudien ; mais je ne les en tiens pas sauvez, et toute la grâce qu’ils peuvent attendre, c’est celle du Cyclope d’Ulysse : c’est d’étre dévorez les derniers. » Pendant que Chapelain se moquait ainsi de la malheureuse passion de Marolles pour les traductions d’auteurs anciens, l’abbé de Marolles apcusait de son côté une bien rare modestie et faisait des aveux qui tenaient de la naïveté ; il se plaignait de ne pas trouver d'éditeurs pour ses ouvrages et se montrait trèssensible aux critiques adressées à ses livres par ses amis. Voici comment il s’exprime dans

i. Histoire critique des journaux, par C*** (Camuzat). A Amsterdam, chez J. F. Bernard, MDCCXXXIV, in-12. Tome I, p. 268. . ...

PRÉFACE

un passage de son Paris , au paragraphe des Professeurs du Roi :

J’ai perdu des amis par un rare caprice.

Quand je leur ai donné des livresque j'ai faits, Comme gens offensez, sans pardonner jamais,

Bien qu’on n’ait point blessé leur méchant artifice.

L’abbé de Marolles nous donne, pour ainsi dire, dans le Livre des peintres et des graveurs, une description de sa seconde collection d’estampes, dont il imprima le Catalogue en 1 672 \ On sait qu’a près avoir vendu au Roi sa première collection en 1667, — collection qui se composait, comme il nous l’apprend luimême dans son Catalogue de 1666, de cent vingt-trois mille quatre cents pièces, de plus de six mille maistres , en quatre cents grands volumes , sans parler des petits, qui sont au nombre de plus de six vingts , — il en forma une seconde, qui, bien que moins nombreuse, se composait alors de dessins et d’estampes.

On ignore ce que cette seconde collection est

j. Catalogue des livres d'estampes et de figures en taille douce, avec un dénombrement des pièces qui y sont contenues, fait à Paris, en l'année 1672, par M. de Marolles, abbé de Villeloin. Paris, Jacques Langlois fils, rue Galande, proche de la place Maubert, à l’Image S. Jacques le Mineur. MDCLXXII. In-12.

PRÉFACE

devenue 1 , et on le regrette d’autant plus que le Catalogue de 1662 et le livre que nous publions permettent de supposer que cette nouvelle collection se composait non-seulement d’une certaine quantité d’estampes très-rares, mais comprenait encore une série considérable de dessins très-précieux.

Au reste, l’abbé de Marolles a pris soin, à la suite de la traduction de Virgile qu’il publia en j 673, de nous éclairer sur la formation de ses deux collections d’estampes; nous transcrivons littéralement : « En l’année 1660 et suivantes, il (l’abbé de Marolles) travailla à l’arrangement

1 . Nous répéterons ici ce que nous avons déjà dit ailleurs [Galette des Beaux-Arts, livr. de juin 1869) relativement à cette seconde collection de l’abbé de Marolles : On ne sait pas positivement ce que devint cette seconde collection, mais M. Robert- Dumesnil nous a assuré avoir trouvé, au commencement de ce siècle, chez un brocanteur de la rue Saint-Roch, une grande quantité de volumes d’estampes reliés uniformément au xvii 8 siècle. Il acquit ces recueils pour une somme assez importante, et lorsqu’ils furent transportés chez lui, l’idée lui vint de rechercher quelle pouvait en être la provenance; il consulta le Catalogue publié par l’abbé de Marolles en 1672 et trouva un certain nombre de volumes dont la composition était absolument conforme à la description donnée par l’abbé; il en concluait qu’il pouvait bien avoir mis la main sur une partie de cette collection, dont toute trace semblait perdue.

PRÉFACE

et à la composition de plus de trois cents grands volumes, contenant plus de six-vingt mille estampes choisies et de grand prix, suivant le catalogue imprimé chez Frédéric Léonard, en 1666. Toutes lesquelles pièces furent mises dans la Bibliothèque Royale en cette mesme année, pour lesquelles il plut au Roy de donner vingt-huit mille livres, ét encore depuis deux mille quatre cents livres, à deux fois, par gratification; parce qu’il est certain que ces livres d’Estampes si bien choisies revenoient à bien davantage, comme il est aisé de le juger à tous ceux qui s’y connoissent, vu la qualité des pièces, dont les principales sont rares et d’une beauté singulière.

« Depuis ce Recueil, on en a fait encore un second presque aussi nombreux, par la grande quantité de Livres en ce genre qu’avoit recueillis le R. Père Henry de Harlay, de l’Oratoire, lesquels, après sa mort, ont esté acheptez une somme considérable, pour les disposer ainsi qu’il a esté dit; avec ce qui restoit du grand amas qu’avoit fait de ces choses-là le sieur de Lorme, commis de M. Monerot, après le Sr. Kerver, duquel on prit tout d’un coup, pour la première fois, fusques à la somme de mille louys d’or, et pour la seconde fois de tout ce qui estoit resté d’une grande beauté, pour six cent louys, dont aussi il a esté fait un second

PRÉFACE

Catalogue, imprimé l’an 1672, pour faire voir de quelle importance est ce recueil, afin qu’il pust servir à l’ornement singulier de quelque grande Bibliothèque, estant composé de 237 volumes, et dans de grand papier. Cecy addr.essé à M. de Brisacier, secrétaire des commande-., ments de la Reine, de qui toute la famille est; si vertueuse, et qui suggère de si bonnes inclinations à toutes les personnes qui ont l’honneur de l’approcher, pour le prier de favoriser le dessein qu’il a pris la liberté de luy comtnu-., niquer au sujet de ce second Recueil d’Es- .

tampes si bien choisies, lequel n’est guères moindre que celuy qui est entré dans la Bibliothèque Royale par les soins de Mons. Colbert, qui donne à toutes les belles choses, pour la grandeur et la magnificence des meubles de là couronne, estant certain qu’il y a mesme des choses très-curieuses et très-singulières , entre celles-cy, lesquelles ne se trouvent pas , ailleurs; dont personne aussi ne peut mieux » juger que luy-mesme, qui les aime, et qui, s’y connoissant parfaitement, les a bien voulu voir à loisir, avec des yeux éclairez et fins en ces ., sortes de matières, tels que de Mess. Félibien : et Mignard, de qui les seuls noms marquent assez la grande suffisance. »

Nous n’avions pas cru devoir mettre de notes à la première édition que nous avons donnée n

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