LES SÉCHERESSES ET LES ANGOISSES DE L’AME
L C'est ordinairement par {a soustraction des consolations sensibles qué commencent les épreuves des amis de Dieu.—Ne faut-il pas que Dieu accoutume l'âme qui s’est si ardemment consacrée à son service, à l’aimer lui et non pas seulement les consolations et les joies qu’il donne ? Ne faut-il pas que cette âme qui connaît les perfections infinies de Dieu et qui a senti si vivement sa bonté pour elle, le serve par reconnaissance plus que par intérét? Sans doute, Dieu ne veut pas que l’âme exclue de sa pensée la récompense qu’il a promise à ceux qui le servent, mais il veut être servi et aimé plus pour lui que pour cette récompense. Dieu mériterait d’être servi et aimé alors même qu'il ne promettrait rien.
Voilà pourquoi Dieu, après avoir attiré une âme par les consolations et les délices spirituelles, se retire et la laisse pendant un certain temps en face seulement du devoir qui se présente à elle dans toute sa sécheresse.
L'effet de cette épreuve est appelé par les auteurs mystiques du nom de nuit, et ce nom indique parfaitement l’état dans lequel elle met l’âme. Rien ne ressemble à un jour lumineux comme le temps des consolations ; alors la lumière abonde, la voie à suivre est
joie qui l’inonde lui donne en quelque
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sorte des ailes pour voler dans la perfection..E 4 mais que la nuit arrive, c’est-à-dire que cette U allégresse divine qui transporte le cœurk P€ vienne à disparaître, quel étrange et doulou reux changement! Les yeux de cette âme tout à l'heure si° clairvoyants, se troublent son esprit, qui s’occupait si volontiers dejà S( Dieu, ne trouve pius rien qui le fixe; song50 cœur si brûlant d'amour ne sent plus rien, le dégoût remplace l’ardeur qu’il sentait pour le bien ; elle ne voit que ténèbres, que fantômes effrayants ; elle a 14 peur de Dieu.
II. Ecoutez les saints nous rendant compte de ce qu'ils ont éprouvé : Ë
‘* Il y a des moments, dit Ste Thérèse, où je me trouve sans aucune ferveur spirituelle Alors le passé s’efface tellement de ma mé moire, qu’il me semble que je n’ai rien fai de bon dans ma vie. Tout me paraît ui songe; mes souffrances physiques m'a cablent, mon intelligence s’obscurcit, je ne pense plus à Dieu, et je ne sais plus où j'el
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suis. Si je prends un livre, je ne comprendg 7 pas un mot de ce que je lis; je me vois plein ma d'imperfections, sans amour pour la vertu, dt ell
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toute l’ardeur que jéprouvais auparavai pour les souffrances s’affaiblit tellement qu je serais incapable, à ce qu'il me semble, à résister à la moindre tentation, que je ne m trouve bonne à rien, que je reculerais devar la moindre chose un peu difficile, et que trompe tous ceux qui ont bonne opinion dh moi. Je voudrais alors pouvoir me cacher cÆ
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quelque endroit où personne ne me vit ; mon unique soulagement au milieu de tant de
ne pas l’offenser plus qu'à l'ordinaire ; c’est le. pensée que, loin de lui demander de me délivrer d’un si grand tourment, je suis disposée à souffrir jusqu’à la fin de ma vie, si tel est son bon dater Je me soumets à lui de bon cœur et je le prie seulement de m'assister, afin que je ne l’offense point.”
: Ouelle n'est pas, s’écriait le bienheureux Sébastien Valfré, l'angoisse d’un cœur qui se trouvé plongé dans les ténèbres et les doutes spirituels, à tel point qu’il ne sait pas s’en dégager, ou que. s’il le sait, il n’est pas compris de son directeur, soit parce que celui-ci manque d'expérience, soit parce que Dieu ne lui accorde pas alors les lumières pour conjaître le triste état de :on pénitent. Car Dieu aisse parfois l'âme ainsi éprouvée dans un si omplet abandon, qu’elle se sent tout d’abord portée à un extrême désespoir et ne sait où se urner : elle pourait dire que c’est le molent des ténèbres, mais de ténèbres si épaisses nelle n’a plus ou ne croit plus avoir d’autre ènsée que celle-ci: fout ce que je dis, tout ce Le j'entreprends, tout ce que je fais est perdu. cet instant terrible, si elle ne se conforme hs à la volonté de Dieu, si elle n'attend pas ec patience qu’elle soit rendue au calme, si Le n’espère pas, après l’hiver de l’angoisse, le intemps de la consolation ; ô Dieu! il n’y jra pour elle qu’un remède, ce sera de ne
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pas se décourager, de compter sur le secours du Seigneur et d'attendre les miséricordes qu’il lui ménagera dans le temps favorable.”
Ecoutez les peines horribles que saint Alphonse éprouva sur la fin de sa vie.
Dieu, qui voulait l’éprouver, comme l'or dans le creuset, le soumit, pendant les der.
nièrves années de sa vie, aux afflictions les plus cuisantes et les plus amères que l’on puisse imaginer. Il y a des souffrances plus cruelles que la mort pour les âmes attachées à Dieu ; c’est la crainte continuelle de pécher, k une violente suggestion au mal et la terrible angoisse de se sentir éloignées de Dieu. Or, tous ces maux extrêmes, Dieu permit qu’ils fondissent sur son serviteur.
Son intelligence demeurait obscurcie, el lui-même, délaissé au milieu des plus épaisse ténèbres, ne voyait partout que péchés, occa sion et danger de pécher; et comme il étaif toujours dans l'incertitude sil n'avait pail offensé Dieu ou s’il n’allait pas l’offenser, = bon vieillard était dans une agonie sans pal; et sans trêve. Lui qui avait dirigé des millielh d’âmes, lui qui les consolait d'un seul md était réduit alors à ne se pouvoir diriger 1 même. Tout lui faisait ombrage, tout 1 inspirait des craintes, et toute crainte de nait pour lui une horrible et infranchissah montagne.
De cette crainte naquit chez le saint la d fiance du salut. ‘ Qui sait, dit-il en pleura si je suis en état de grâce, el si je me sau:
eCOUTS LE rai?” Puis se tournant vers le crucifix, il icordes Æ s'écriait tout en pleurs : “* Mon Jésus, ne perable” À mettez pas que je sois damné” Et ne sachant > Sani E sil était coupable, ou non: ‘ Seigneur, répétait-il avec larmes, ne me laissez pas tomber me l'or dans l'enfer, parce qu’on n’aime pas en enfer.” les der-E Un jour qu’on lui demandait comment il se
ions les E trouvait: ‘Je me trouve, dit-il, sous la verge
que l'on E de la justice divine” Et se retournant vers ces plus le crucifix: “Ah! Seigneur, s’écria-til, ttachées Echâtiez-moi, châtiez-moi comme je le mérite, e pécher,E mais ne me rejetez pas de votre face.”
\ terribleË Outre les scrupules, il avait à essuyer des
jeu. Ofrftentations aussi variées que dangereuses : il nit qu'ils lui fallait souffrir les révoltes des sens, la va-
nité des pensées, la présomption et l’incrédu-
lité. Maissi toutes les tentations étaient pour
lui un grand tourment, celles qui attaquaient és, oCCäsa pureté redoublaient son martyre: “ J'ai
ie il étalBquatre-vingt-huit ans, dit-il un jour, et le feu
avait palide ma jeunesse n’est pas encore éteint” Sa enser, Mrhasteté essuyait de si rudes assauts, que par-
sans palois il criait pendant la nuit: ‘ Mon Jésus,
s millie@aites-moi mourir plutôt que de vous offenser.
seul MO) Marie, si vous ne me portez secours, je puis
riger l'aire pis que Judas.” Son unique soulagement tout lit été la prière; mais elle ne lui apportait te dev plus souvent aucune consolation. ‘ Je con-
chissaberse avec Dieu, dit-il un jour à son confeseur, et il me semble qu’il rejette chacune de es paroles. Je dis: Mon Jésus, je vous me ! et je l’entends me répondre: cela n’est 5 vrai. ” Dans cet état, deux np gros
‘urcie, €| s épalisset
int La € pleura me SäaUu“
dissaient en lui au dire de son directeur :
une aveugle obéissance et un complet abandon entre les mains de Dieu. flavait une telle foi dans l’obéissance que, ne pouvant avoir près de lu: son confesseur ou ne voulant pas l’incommoder, il lui envoyait exposer ses troubles et ses angoisses par un serviteur ou par le frère qui l’assistait. Il trouvait un grand soulagement à se confier ainsi à la Miséricorde divine; car il dit lui-même à son directeur : Mon unique ressource dans mes angoisses est de m’abandonner entre les mains de Dieu; j'y trouve la paix et le soulagement. J'espère que Jésus-Christ, n’écoutant que sa bonté, ne voudra pas me jeter en enfer. ”
III Que faire dans cet état si triste et si désolant? — Continuer sa vie régulière et soumise ; —se traîner, s’il le faut, à la prière, à l’oraison, à la communion, au travail, mais ne rien laisser volontairement ; — forcer ses lèvres à dire à Dieu les actes de foi, d’es.
érance, d’amour, de regret que le cœur sem:
le se refuser à sentir ; — redire à Dieu avec toute la puissance de sa volonté, la parole si aimante de $. François de Sales: Je veux a moins vous aimer dans celle vie, si je suis asses malheureux pour ne pasvous aimer dans l'autre; — et par-dessus tout obéir aveuglément au prêtre à qui le bon Dieu a confié le soin de notre âme.
Nous croyons, du reste, utile de préveuir qüe les sécheresses ne sont pas toujours u"(
teur : E épreuve voulue directement par Dieu; elles aban- E peuvent venir:
t une 4. De quelques attaches secrètes qui blesuvant sent le cœur du bon Maître et qui empêchent e VOUu-Æ son entière familiarité avec l’âme infidèle, O xpose!' E vous qui souffrez et qui vous plaignez, regarviteur Ê dez au fond de votre cœur et s’il y a un souait UNE venir ou une affection qui tienne la place la Mi E que Dieu doit y occuper, soyez généreuse ; > à SON À chassez tout cela et laissez-y Dieu, Dieu tout ns mes seul.
s mains 2. D'une manière d’être purement physique ement. E et d’un tempérament porté à la mélancolie que SäE et à la tristesse. Faites part simplement de r.” votre état à votre directeur et suivez ses avis te et sil pour votre nourriture, pour votre repos de la
nuit, pour vos heures de distraction.
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