‹ Le livre des professes [microforme]Chapitre 18 sur 222 · COMMENT L’ILLUSION NOUS MONTRE L'ESPRIT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

COMMENT L’ILLUSION NOUS MONTRE L'ESPRIT RELIGIEUX

L L’illusion nous montre l'esprit religieux avec son dévouement, sa dépendance, son renoncemeni absolu comme impraticable à la nature humaine, à cause de son opposilion à tout ce que demande cette nature.

Se renoncer, nous dit-elle, c’est ne plus s’appartenir, c’est se mettre sous la dépendance non pas de Dieu de qui directement on accepterait sans murmure /a maladie, la perte de fortune, mais d’une créature qui tient, il est vrai, la place de iieu, mais qui, ellemême, est quelquefois aussi misérable que nous, d’une créature qui quelquefois peut agir à notre égard poussée ou par la prévention ou par des motifs d’antipathie.

‘© Sc renoncer ainsi, c’est vivre dans une continuelle contrainte pour l'intelligence, qui ne doit plus oser s'occuper de ce qui lui plaît,

— pour le cœur, qui ne doit plus oser s'attacher :

à aucun être, —pour les sens, qui ne doivent plus oser vivre sans contrainte, —c'est la destruction de l'être tout entier.”

Paroles mensongères. Non, le renoncement que demande l'esprit religieux, n’est ni la con. trainte, ni la gêne continuelle : non, il n’est la destruction, ni de l’intelligence, ni du cœur; il ne détruit, il ne gène, il ne contraint que ce qui gdterait les dons que nous a faits le bon

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L’esprit religieux laisse l’intelligence briller dans toute sa splendeur,—il laisse le cœur jouir de toute la puissance de son affection, — 1l laisse les sens s'épanouir dans les limites tracées par la loi de Dieu. Seulement il les règle, il les dirige, il les purifie.

Le renoncement que demande esprit religéeux, c'est le service de Dieu dans toute son étendue, or, servir Dieu, c'est régner,——c'est la soumission du disciple au maître qu'il vénère, du serviteur au prince qu'il estime et de l'enfant au père qu’il aime, de l’ami à l’ami à qui il s’est donné...

Mais pour le comprendre dans sa vérité, il faut s'être livré à lui tout entier ; il faut s’être dévoué sans réserve, comme Jésus-Christ s'était dévoué, comme Marie s'était dévouée, comme s'étaient dévoués tous ces saints qui disaient par la bouche de l’un d'eux: Vous m'avez trompé, Seigneur, vous me parliez de joug à votre service et je n'ai trouvé que liberté ; vous me parliez de peine et je n'ai trouvé que bonheur ! |

Et d’ailleurs, il faut bien que ce dévouement, cette dépendance et ce renoncement qui font l'essence de l'esprit religieux soient praticables, puisque Jésus-Christ lui-même les impose à tous ceux qui veulent le suivre: si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce, qu'il porte sa croix et qu’il me suive.— Ce que Dieu demande ne peut pas être impossible..—Ah! pauvre religieuse qui trouvez si dur ce.joug que le Maître pourtant a appelé

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suave et doux, ne le porteriez-vous que par contrainte ou par hypocrisie ? Oh ! je la comprends alors, la triste parole qui s’échanpe de vos lèvres!

Il faut bien que ce dévouement, cette dépendance et ce renoncement soient praticables, puisqu'ils forment la base de /a perfection à laquelle vous devez tendre strictement en raison de vos vœux,—et de cet amour de Dieu par-dessus tout que vous, religieuses, nous vous l'avons dit, devez pratiquer plus que les autres chrétiens, —et ici encore ce que Dieu commande est toujours possible.

Il faut bien que ce dévouement, cette dépendance et ce renoncement soient praticables, puisque tous les Saënis, c’est-à-dire tout ce qu’il y a eu de vraiset de parfaits chrétiens et de fidèles religieux, les ont pratiqués et ne sont devenus saints qu'en les pratiquant.

Lisez leurs vies, et vous y verrez que la première chose qu'ils ont faite, lorsqu'ils ont été touchés de la grâce, a été de se dévouer à Dieu et que Dieu en conséquence a pris possession d’eux et en a disposé, comme il lui a plu, pour sa gloire.—[l a employé les uns à la prière continuelle, se les réservant pour lui seul et les séparant entièrement des autres créatures ; il a voulu que les autres portassent son nom par le monde et le fissent connaître et aimer ; il en est à qui il a confié le soin des malades, des petits enfants, des mourants; il en est

u’il a laissés pauvres, inconnus, méprisés ; il en est qu’il a accablés sous le poids. de la

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misère la plus profonde, de la maladie continuelle... Mais tous, tous, pour parvenir à la joie éternelle du ciel, tous ont répété avec bonheur et ont pratiqué dans toutes les situations de leur vie, ce mot de Jésus-Christ : Me voici, mon Dieu, pour accomplir votre volonté !

IT. L'illusion nous montre l'esprit religieux, avec le dévouement, la dépendance et le renoncement qu'il impose comme intolérable à cause de la contrainte continuelle qu’il exige.

1. Mais cette contrainte a été connue avant d'être acceptée, —elle a été acceptée volontairement, généreusement,—elle a été longtemps subie avec bonheur.--elle répond même au besoin du cœur qui se donne et qui veut matériellement sentir qu’il s’est donné. Quel est en effet le cœur réellement aimant, qui n’a pas senti le besoin de prouver son amour par ce dévouement et cette dépendance qui constituent l’esprit religieux ? Et tant que ce cœur reste aimant, jamais, jamais il ne se plaint de la contrainte que lui impose son affection.

vous, religieuses, qui à cette heure écoutez la voix du démon, l’avez-vous trouvé intolérable, cet esprit religieux avec son dévouement et sa dépendance absolue, aux premières années de votre vie religieuse ? Alors il fallait réprimer les élans de votre cœur qui se manifestaient par le désir de souffrir, de souffrir beaucoup, de souffrir toujours ;— alors il fallait vous interdire la lecture de ces livres dans lesquels les saints ont écrit leurs

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paroles enflammées, et les actes héroïques peu que vous auriez voulu imiter ;—alors vous ne r le trouviez pas intolérable le joug de Jésus- pi ‘Christ. Il est le même aujourd'hui. Ah! ce f E qui n’est pas la même, c’est votre piété, c’est ne vous, vous pauvre âme déchue! oc Regardez autour de vous et demandez à Gé r vos sœurs restées fidèles à leurs devoirs et é . dont vous estimez la fidélité, alors même que SUR: vous n'avez plus le courage de la pratiquer, RES demandez-leur, si leur vie assujettie si com- actu plètement au bon plaisir de Dieu est dureet és pesante, et si elles voudraient rétracter la 4 pe donation qu’elles ont faite d’elles-mêmes? De- ot mandez-leur si cette vie qui vous paraît énto- | © Di lérable, n’abonde pas pour elles en consola- vœux tions; si une seule visite du Seigneur ne les Pesan, dédommage pas de toutes leurs souffrances ; Lys si elles ne jouissent pas de cette paix qui, af selon l'expression de $S. Paul, surpasse iout ne sentiment et qui est un avant-goût des délices }, "SET V célestes.—Pas un seul religieux qui n'ait veq \ éprouvé dans la vie religieuse des délices en ,, "51 AS rapport avec sa générosité; pas un seul qui m2 be mait regardé comme un bonheur, dont il ne nie peut assez remercier le bon Dieu, le jour où bu: pres

1l lui a été permis de prononcer ses vœux et de se dévouer pleinement; pas un seul qui, ,,, | comme $. Augustin, n'ait regretté d’avoir ,,/} commencé trop tard à aimer Dieu et à se, donner à lui VA 9 e. ° L 2. L'esprit religieux avec son dévouement, sa dépendance et son renoncement devient

peu à peu réellement intolérable à l'âme qui

8 eu à peu, a refusé quelque chose au bon 6 Dieu.

#” Elle n’est plus fortement déterminée à être : fidèle jusqu’à la minutie ; elle compose avec

Dieu ; elle lui accorde certaines choses et lui à en refuse d’autres; elle fixe des bornes à son dévouement et trouve que ce qu'elle fait est

et suffisant; elle se ménage; elle cherche à ue concilier, jusqu’à un certain point, ses satiser factions avec ce que la grâce demande d’elle ; fe comment est-il possible qu’elle ne sente pas et l'a pesanteur d’un joug qu'elle porte toute là | seule? Elle s'éloigne de Dieu, mais le joug De- | de Dieu, qu’elle a accepté en prononçant ses 0- | vœux, elle l'emporte avec elle et il devierit oLa- pesant, parce que Jésus n’est plus là pour le les | porter avec elle. Elle a éloigné Jésus. RE 3 Rapprochez-vous donc de Jésus-Christ et JU, | mettez-vous de niveau avec lui; n’ayez pas de oui résprves avec Jésus-Christ, il n’en aura point vtt ave vous; ne vivez pas en froideur avec

\Jésr ps-Christ, il ne sera pas en froideur avec EM kvoupys. Aimez-le, aimez-le et il vous aimera.— QUI Est. jce que tout travail n’est pas doux quand ne on héle fait pour une personne qu’on aime et OÙ dor 1t on se sent aimé ?

x et | J IT. L'illusion nous montre l'esprit religieux AU Won 2c le dévouement, la dépendance et le renon- OÙ kedd ment qu'il impose, comme une géne qui ira Se #{ dandissant pendant la vie tout entière et qui "[arviendra plus dure à mesure que pèseront sur fous les infirmités de l'âge. | : h (ie

Oh! que vous connaissez mal le bon Dieu!

craignez vous donc qu'il abuse de la donation que vous lui aurez faite de vousmême et qu'il vous traite en maitre dur et impitoyable ? Encore une fois, que vous connaissez mal le bon Dieu et qu’une telle pensée outrage son amour !

Dieu est-il donc un tyran ? Dieu se piaît-il donc à tourmenter sa Gr; … alors surtout!

que cette créature est venue se donner à jui avec générosité ? Ce qu'il exige de nous, n'est-ce pas pour notre bien qu’il l’exig: ?

qu'a-t-il à faire de notre dévouement et. que lui en revient:il ?

Oh! reposons-nous donc sur sa sagesse, sur sa puissance et sur sa bonté; il ne nous demandera que ce qu’il nous aura mis par sa grâce en état de lui donner. Ce qu'il veut de nous, il fera en sorte que nous le voulions aussi; et, sil s’agit de quelque épreuve

extraordinaire, il nous amènera peu à pél à | |cette da

la vouloir, à l’accepter, à la supporter. De envers les âmes qui l’aimenti, n’use pus, ; | contrainte, il n’emploie pour les détermin,., | se soumettre à lui que la douceur et la de l'amour. LT D'ailleurs il y va de sa gloire d'être ses de la sorte, Dieu ne veut point d’une obé.

sance forcée et c’est afin qu'elle soit Er qu’il exige avant tout le dévouement de noi volonté. W, Auriez-vous peur que ce dévouement sa bornes fut cause que Dieu vous envoyât à

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vou pas pré ess âme, appr' l'esp

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Vox |. Dieu |! ment l'envoi la por perdre, fection

Par ler En Vous vo | la po hême à

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| $ aurait pas envoyées sans eu! Cela ? NUE ion Mais, ajoute le P. Grou, les Croix que Dieu pl ) et VOUS enverra seront de son Choix à Iui et non PR npi- Pas du vôtre; c’est lui qui vous les aura 4 >ON- Pr'éparées et qui vous les enverra selon les à: 1sée esseins de SanClification qu'il a sur votre di, Me. Ce ne seront ni VOS craintes ni vos 004

it-il Ppréhensions qui vous les aitireront, et | AP tout "esprit religieuse. engage tout Simplement PERL jui 4 aCCepter {a croix que Dieu vous envoie, à la ‘ ous, nir, à l'aimer en elle-même, à attendre vs g? ? d'elle le degré de Sainteté auquel vous êtes | ju que appelée. 118

pie ous ne savez pas quelle est Za croix que # | SU | Dieu doit vous Envoyer, vous Savez seule. 1OUS | ment ue, par cela même que Dieu vous r sa l'envoie, tlle vous est nécessaire Si vons ne tde La POrlez pas, vous COurez risque de vous ions perdre, au Moins de ne pas Par venir à la per. 'uve | fection que Dieu attend de vous ;

aVoIr pas porté a En aCCeptant d'avance sans la Connaître, | irce | (Tous VOUS disposez, Quand elle se présentera | H la porter avec profit Pour votre âme et | erv'f Rême à en Senlir Moins Ja Pesanteur. | is | ) pre | r 0 (l

COMMENT L'ILLUSION DÉTRUIT L'ESPRIT RELI- le. GIEUX. du Si l'illusion qui nous montre l'esprit reli- V, gieux comme impraticable, comme intolérable ton et comme génant n’est pas combattue par la elle prière et par les réflexions que nous venons rier de suggérer, elle finira par iniroduire dans Mai l’âme de la religieuse l'esprit du monde auquel espr

Dieu a voulu la soustraire en l'appelant à on s'attacher à lui par les vœux d'’obéissance, de être pauvreté et de chasteté, cet esprit que S. Paul plais se glorifiait de ne pas avoir: Quant à nous, ess nous n'avons pas reçu l'esprit du monde, mais épro celui de Dieu. (I Cor. 11, 2.) versa Voictquelques-unes des mar ques auxquelles mêm on connait que cet esprit a pénétré dans l’âme Ce: d’une religieuse. Dieu 1. Elle s'occupe du monde.—Elle y pense, je Chris ne dis pas involontairement et malgré elle, ce les P. qui arrive aux plus pienses, mais volontaire- exCite ment et de propos délibéré.—Elle veut savoir Cueïll ce qui se dit ou se fait dans les familles, et ce sou dans les réunions puiiiques.—Elle s'ingénie HN passé; pour être promptement et sàrement informée A fume et elle est à la piste de toute feuille qui peuty Jésus-( la mettre au courant.—Les livres ascétiques]} de céle l'ennuient, les vies de saints lui sont à dégoût ; 3. E sans doute elle ne voudrait pas lire des livres] elle la : suspects, mais elle veut des livres distrayants. D les digr et elle se plaint, la pauvre religieuse, qu’elle les élé ne peut jaire oraison ! Nières, |

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