Toujours et éternellement
Il doit être question ici du défunt qui passe comme Osiris dans le grand bassin de Khons. Cette prescription, relative au transport de la momie à travers un des lacs sacrés, est aussi mentionnée dans les papyrus Rhind*). Elle rappelle le passage suivant de Diodore:
«Lorsque le corps est prêt à être enseveli, les parents en préviennent les » juges, les proches et les amis du défunt; ils leur indiquent le jour des funérailles «par cette formule: »Un tel doit passer le lac de la province où il est mort«. «Aussitôt les juges, au nombre de plus de quarante, arrivent et s'asseyent dans un «hémicycle placé au-delà du lac. Une barque, appelée Baris, est alors amenée par » ceux qui sont chargés de les construire ; elle est montée par un pilote que les Égyptiens «appellent dans leur langue Charon« 2 ). (Ce dernier nom est le ^^, l {J^ j5r ? conr ~ ducteur, des hiéroglyphes).
Malgré la brièveté du texte égyptien, on voit que l'historien grec a mêlé ensemble une cérémonie funéraire et la scène du jugement de l'âme, décrit au chapitre 125 du Livre des Morts.
A la ligne 2, le texte dit que le défunt a repris son cœur. On sait que le cœur était embaumé, séparément, dans un des quatre canopes qu'on déposait dans le tombeau auprès de la momie 3 ).
Ma traduction des groupes *"*** **w* x *^ ^ (1 l|\ I , en dedans et en dehors de lui, c'est-à-dire, des deux côtés, au recto et au verso, est purement conjecturale 4 ).
A la ligne 6, le copiste a omis la préposition Jj^ , que donnent les autres manuscrits.
1) Facsimiles of two papyri, pi. H, ligne 3, et pi. VII, ligne 6.
2) Livre I, chapitre 92.
3) Cf. Pierbet, Dict. <TArch. igypt., p. 115.
4) Cf. aussi Maspero , Mém. 8. qq. pap., p. 25.
Je n'ai pu déchiffrer la ligne 8 du texte hiératique. La prescription finale ne se trouve que dans trois manuscrits du Louvre où elle est plus ou moins mutilée ou effacée et altérée.
La théorie de la destinée des élus, telle que l'émet le Shaï-en-sinsin, peut se résumer en peu de mots.
Purifié au physique et au moral, et justifié devant Osiris, grâce à ses vertus et à ses bonnes œuvres, le défunt se réunit au Soleil et descend avec lui, par les portes de 1» horizon oriental, dans le ciel inférieur, le Hadès égyptien. Ptah lui forme une nouvelle enveloppe en os et en chair, semblable à celle qu'il avait sur la terre ; Amon l'anime du souffle vital ; son cœur, principe de sa vie matérielle, lui est rendu. Ainsi reconstitué, le défunt reprend toutes les fonctions de ses organes corporels: il voit, il entend, il parle, il marche, il boit, il dort et s'éveille chaque jour; il jouit d'une santé perpétuelle; il n'a plus rien à craindre de ses ennemis. 11 conserve son individualité, il acquiert le privilège de prendre toutes les apparences à son gré, de se transporter instantanément d'un lieu dans un autre, de visiter la terre chaque jour, et même d'y accomplir une nouvelle existence corporelle.
L'âme vit éternellement, mais séparée des mânes 1 ).
Ces renseignements sur la seconde vie sont complétés par d'autres textes. Le monde à venir y est représenté à l'image de celui d'ici-bas; la vie spirituelle est pour ainsi dire un calque de la vie humaine, les occupations des élus étant analogues à celles de l'homme sur la terre. Ce n'est pas une existence contemplative pendant l'éternité, une félicité passive, mais une vie active et laborieuse, et, pour me servir de l'expression de M. Chabas, douée d'un essor infiniment plus vaste.
Telle est la conception égyptienne de la vie divine des justes, dont je me suis borné à exposer la théorie sans chercher à l'expliquer.
1) Cependant au moyen du chapitre 100 du Livre des Morte, le défunt pouvait rentrer en possession de son âme.