‹ Le livre des rois et des grands: Extrait de MassillonChapitre 1 sur 33 · DES · texte numérisé non relu

DES

♦ ''^^àtaiïti

J. H. GEBHARD et C«'

m»lULt A KOFOID

AVAmr-pROPOs.

L e Petit Carême de HassilloD , ou le reeneil des sermons, prêches par l'illustre orateur, pendant le carême de 1718, derant le jeune Louis XT, Boi de France, et sa cour, est d'une grande renommée. Yoltaire arait toujours sur sa table le Petit Carême à coté à^Athalie,, et on faisait une de ses lectures les plus assidues. ^ Malgpré la cri-* tique , qu'on pourrait faire , tout le monde rend hommage à la diction tout-à-fait pure et d'une élégance naturelle et charmante de ce petit ou- Trage , surtout aux leçons salutaires qu'il contient. »Les grands sermons du même orateur," dit d'Alembert, «peuTent aroir plus de mouTement

i) d'AIembert, Eloge de Massillon , p. s5.

Jvil6î)254:

et de Téhémenee; rëloquence du Petit Carême est plus insinuante et plus sensible ^ et le charme qui en lésulte augmente encore par l'intérêt du sujet , par le prix inestimable de ces. leçons simples 'et touchantes , qui , destinées à pénétrer arec autant de douceur que de force dans le cœur d'un monarque enfant , semblent préparer le bonheur de plusieurs millions d'hommes , en annonçant au jeune prince qui doit régner sur eux , tout ce qu'ils ont droit d'en attendre. . • . Tel est l'objet de ce Petit Carême, digne d'être appris par tous les enfants destinés à régner, et d'être médité par tous les hommes chaiigës de gouTemer le monde." ^ »Le Petit Carême ^'' dit La Harpe , » est composé dans le dessein de traiter de toutes les yertus et de tous les vices , dans leurs rapports avec les hommes chargés de commander aux autres hommes ; et ce beau plan , que MassiUon sut adapter si bien aux circonstances , est parfaitement rempli. La dignité du ministère éyangélique est heureusement tempérée par cette onction paternelle, que permettait l'âge du prince à qui l'orateur parlait. . • . Toutes les Térités importantes sont exposées ici arec un courage qui n'en dissimule rien , et revêtues d'un charme qui ne permet pas de les repousser. En un mot , si la raison elle-même , si cette faculté souyeraine , émanée de l'intelligence éternelle , foulait apparaître

aux hommes tous les traits les plus capables de la faire aimer , et leur parler le langage le plus persuasif , il faudrait , j e crois , qu'elle prît les traits et le langage de l'auteur du Petit Carême , ou de celui de Télémaque,** i

En effet, ce même recueil renferme les meilleures instructions que puissent receroir les princes et les grands. C'est pour eux comme un corps de morale , où les deroirs de leur état sont exposés dans un détail également noble et intéressant. On j fait Toir la destination des princes et des grands ; leurs deyoirs envers Dieu et envers les hommes; le respect dû à la religion , à la vertu et au malheur; le choix des sujets comme la source du bonheur public ; la loi comme la régie de la liberté et de l'autorité; la véritable grandeur et la seule gloire réelle ; l'empire sur soi-même comme le plus honorable titre; le vrai bonheur; les fruits de la sagesse et de la piété ; la vanité de la probité humaine , des grands talents et des succès éclatants , sans la crainte de Dieu; les effets des exemples; les écueils et les malheurs du rang suprême; l'ennui, les dégoûts, les caprices, qui l'accompagnent; la tyrannie des passions; les attraits du plaisir; les caractères honteux de l'ambition , de l'adulation et de la jalousie ; la malignité de l'envie ; l'inconstance de la fortune ; la vérité fuyant les trônes , ou sacrifiée à

i) Cour» de Litt^rJitaro , T. VII, p. 90.

Page 1