DE LA RELIURE
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TABUft un bon texte est d'une importance de premier ordre. C'est là le but ci^tal d'ane réimpression, et les soins plastiques si complexes dont ce texte va être l'objet ne tendront qu'à le mettre en tamière selon tomes les convenances et^par conséquent, avec une par&ite beautés Tout le tr*< yail de l'éditeur sera dépensé en pure perte s'il ne s'exerce pas sur un texte irréprochable. Ihy doit songer et, s'il entreprend des séries, s'il foime des bibliothèques classiques ou^ curieuses, il 6iut qu'il applique, quanta la publication des textes, certaines régks déterminées d'avance, et qu'il s'assure le con* cours exclusif des littérateurs et des éradits qui admettent ces règles.
Voici celles que, d'accord avec nos collaborateurs, nous suivons inflexiblement pour les textes
qui entrent dans la Collection Lemerre, dans la Petite Bibliothèque littéraire et dans la Bibliothèque d'un curieux» Chacun des volumes de ces collections reproduit les formes du texte original avec l'exactitude la plus rigoureuse. L'orthographe et la ponctuation propres à chaque auteur y sont scrupuleusement conservées. Nous croyons, en effet, que des mille détails de la ponctuation et de l'orthographe dépend, en partie, la physionomie générale d'un écrivain, et que modifier ces détails c'est altérer le caractère de l'ensemble.
Il est fréquent de voir, dans les textes originaux des écrivains du xvi^ et du xvii* siècle, un même mot écrit de deux façons différentes à quelques lignes d'intervalle. Nous n'avons jamais été tenté, comme on l'est communément encore, d'adopter pour les deux endroits une seule forme grammaticale. Les deux leçons nous paraissent, au contraire, utiles à garder comme un témoignage de l'indécision dans laquelle a si longtemps flotté l'orthographe française.
: On a prétendu que le souci des points et des virgules, des -capitales et des particularités orthographiques est propre aux auteurs contemporains et que nos classiques ne l'avaient point. Mais, en réalité, un souci de cette nature n'est pas plus nouveau que ce soin de la forme qui surprend si fort le public chez les poètes modernes et qui est commun aux vrais poètes de tous les temps. Les éditions originales des classiques sont loin de ne pré-
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senter que det singalarités peu philologiques, dues au caprice des compositeurs ignorants. L'orthographe y est variable, mais non arbitraire, et la ponctuation y frappe l'observateur attentif bien plus par sa fixité que par son apparente bizarrerie. Si Jean Racine n'a pas relu scrupuleusement les épreuves de la dernière édition de son théâtre, La Fontaine multipliait les errata à la suite des recueils de ses Fables, montrant ainsi qu'il n'était point indifférent à la correction typographique de ses œuvres. Molière, peu soucieux que ses pièces fussent imprimées, tenait du moins à ce qu'elles le fussent correctement.
Nous ne voulons pas être plus dédaigneux que ces grands hommes. Pour obtenir l'exactitude qui nous est précieuse, nous reproduisons fidèlement la dernière édition publiée du vivant de Tauteur, toutes les fois que cette édition a été revue ou tout au moins avouée par lui. Mais s'il nous a suffi de suivre cette règle pour établir presque totalement les textes de Rabelais, de Régnier, de La Fontaine, de La Rochefoucauld, de La Bruyère, etc., nous l'avons reconnue insuffisante pour les écrivains qui, comme Molière, sont morts en laissant inédite une grande partie de leur œuvre, et complètement inapplicable à ceux qui, comme Montaigne, ont corrigé et amplifié leur livre après l'avoir livré pour la dernière fois à l'imprimeur. Dans ces différents cas nous reproduisons,* à défaut des manuscrits
le plus souvent perclus, celle des éditions posthumes qui a été feitç dans les meilleures conditions pour reproduire la pensée de l'auteur. Âitisi BOUS donnons les Essais d'après le ban et vieil exemplaire de mademoiselle de Goumay et nous suivons, pour les pièces que Molière ne fit pas Ini-même imprimer, le texte que produisirent ses camarades Lagrange et Vinot.
Cette réforme n'est pas un caprice qui nous est propre : elle est dans l'esprit du temps et elle éclate de divers côtés. Le public recevrait mal aujourd'hui des classiques mis à la mode du jour. Un Rabelais « accommodé en nouveau langage »
n'aurait pas la fortune qu'il eut au xvu* siècle. Les formes grammaticales et orthographiques des écrivains classiques ont acquis pour nous le prix qui s'attache aux choses anciennes. Mais il faut avouer que, n l'on suit enfin les éditions originales, on les suit généralement de trop loin. Si le temps n'est plus où M. Aimé Martin, littérateur hautement estimé d'ailleurs, accueillait dans son texte de Racine des corrections introduites par La Harpe sous prétexte d'élégance et de bon goût, il n'est pas moins vrai que M. Burgaud des Marets a pu, il y a quelques années, relever plus de trente mille fautes dans la meilleure des rééditions de Montaigne. Plus récemment encore on a constaté, dans une édition nouvelle de Rabelais, une omission de neuf lignes dans un même livre, et cela parce que -l'éditeur ne s'était pas
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donné la peine de recourir aux textes originaux.
Nous ne confondons pas avec ces fâcbetts«8 légèretés les efforts de quelques savants éditeurs qui suivent avec une consciencieuse régularité un système différent du nôtre, et qui, tout en collationnant avec soin leurs éditions sur les textes originaux, appliquent à ces textes l'orthographe de Voltaire et la ponctuation moderne. Nous sommes persuadé qu'on peut faire de bons livres d'après cet ancien système, mais nous pensons que nos éditions, conçues comme nous venons de le dire, doivent offrir, au point de vue philologique, un intérêt particulier et plairç, par un charme spécial, aux esprits doués d'un sentiment littéraire vraiment délicat. Ces éditions ont incon> testablement l'avantage d'être les seules d'après lesquelles on puisse faire soit un glossaire, soit tout autre travail de grammaire historique. Enfin elles rentrent dans la définition qu'un savant contemporain donne des bodties éditiont :
te L'élément essentiel des bonnes éditions est toujours dans l'étendue et dans l'exactitude des notions grammaticales, appuyées subsidiairement sur les indications lexicographiques et sur la comparaison des manuscrits^. »
Une observation importante trouve sa place ici. Certains éditeurs lettrés ont commis, en publiant des poésies, des fautes graves dont la connais-