LA VOCATION
st tout d'abord, commençons par le commencement : ji} ne suffit pas de dire : “Je veux être colon, il faut avoir la vocation, c'est-à-dire les qualités voulues por:r se tirer d'affaire,
Il est bien vrai qu'aujourd'hui, la colonisation s'effectue dans des conditions beaucoup plus avantageuses qu'il y a cinquante ans et que nos défricheurs sont, de la part des autorités, l'objet d’une sollicitude qui supprime beaucoup d'obstacles, mais il est aussi vrai que le colon doit faire sa large part et disposer d'une énergie suffisante pour ne pas se décourager aux premiers revers.
Si l'idée de vous mettre sur une terre vous est venue par goût des aventures ou parce que vous êtes en difficulté avec votre patron, ça ne suffit pas : les colons n’ont pas d'aventures et leur existence est souvent pire que celle d'un ouvrier d'usine.
Mais si vous aimez la vie au grand air, le travail énergique et la tranquillité ; si vous êtes bon ouvrier. intelligent et plein de santé ; si vous aspirez au bonheur de soustraire vos enfants aux dangers des grandes villes et de leur assurer un avenir mo- ‘este, mais solide, oh ! là Par exemple, vous êtes mon homme.
Une fois décidé, commencez par bien étudier la région que vous voulez habiter ; comparez avec les autres régions et surtout ne vous laissez pas blaguer var les annonces et les réclames de ‘elle où telle compagnie intéressée : lisez plutôt le Guide du Colon, publié par le gouvernement et que vous obtiendrez en vous adressant au département des Terres, Mines et Pêcheries,
Québec, où au bureau de M, L. E. Carufel, le représentant du département de la Colonisation à Montréal (1546, rue Notre- Dame).
Région à choisir
On conçoit que je ne puis, ici, vous donner que des conseils généraux sur la région à choisir : chacune à ses avantages et ses inconvénients. Je recommande seulement au colon de s'installes aussi près que possible de sa place natale : du côté de Témiscaminysue, s’il vient du district d'Ottawa ; du côté de Labelle, s’il aopartient à Montréal ; au lac Saint-Jean, s'il est de Québec ; du côté de la Gaspésie, s’il vient des comtés du bas du fleuve : ete,
Cette façon d'agir a plusieurs avantages : on est plus proche des siens et par suite plus en famille, et puis, comme chaque région possède des méthodes de culture particulières, on a plus tôt fait de se mettre au courant.
Il est donc impos.ible d’établir des comparaisons: chaque curé prêche un peu pour sa paroisse, et il a raison, parce que chaque paroisse à ses mérites : c’est done à vous de choisir la région qui vous convient le mieux à vous.
Après avoir étudié la région, étudiez un canton : demandez des cartes géographiques au ministère de la Colonisation ou au bureau de Montréal : demandez à l'agent des terres de la région choisie de nouveaux renseignements sur la nature du terrain, l’eau, les montagnes, le bois, les roches, les chemins, la distance du village, du chemin de fer, du moulin, des voisins—e{t puis, allez voir çà vous -même.
Le meilleur temps pour visiter un canton, c'est l'automne, après la chute des feuilles : vous trouverez un peu plus loin quelques renscignements à ce propos.
Interrogez aussi les gens de la place, les anciens surtout, et puis, quand vous aurez trouvé votre affaire, n’hésitez pas : prenez votre billet de location sans tarder pour ne pas être devancé par un autre. Surtout, assurez-vous bien que le lot,
choisi est réellement en vente et ne faites pas comme ces pauvres diables qui vont se loger sur une terre sans en dire un mot à personne et qui, après avoir travaillé péniblement cinq ou six mois, s’aperçoivent que le lot était vendu à un autre.
Si vous ne vous installez pas immédiatement —vous avez SX mois de délai avant de vous installer —en attendant le moment de pariir, suivez les cours du soir, si vous êtes à la ville, surtout les cours de menuiserie : çà vous habituera à travailler le bois et çà vous +ervira. Entre temps, lisez mon petit traité : il y manque beaucoup de choses, mais il vous apprendra peut-être quelques petits secrets qui vous rendront service.
Autre recommandation : il est reconnu que l'isolement dans lequel se trouve le colon, placé souvent à plusieurs milles de tout voisin, est un des plus grand: obstacles de la colonisation dans la province de Québec : Jj'invite donc celui qui veut ouvrir une terre à ne pas s'en aller seul dans la forêt, à ne pas trop s'éloigner des centres qui sont destinés à devenir des villages, où tout au moins à se trouver deux ou trois bons camarades décidés comme lui à devenir colons. On prendra de Ja sorte des lots voisins, on pourra s’entraider et on s’ennuiera moins : on pourra aüss: ‘entendre pour ne bâtir qu’un seul chantier en arrivant, pour donner plus d'attention aux défrichements et sauver du temps, acheter des provisions en commun, n'avoir qu'un cheval pour l’équipe, ete. Et puis, ce que l’un sait, il l'enseigne aux autres et, petit à petit, en causant après l'ouvrage, on se renseigne sur le métier.
Choix d’un lot
Le choix d’un lot est certainement une chose importante, mais encore faut-il ne pas se montrer trop exigeant.
Pourvu qu’un lot soit assez rapproché d’un bon chemin, qu’il soit à portée de l’eau, qu’il contienne de 50 à 70 arpents de bonne terre cultivable et que les lots voisins ne soient pas de la roche, on peut toujours v gagner sa vie, prospérer et s'enrichir.