SUR
LE COMPAGNONAGE.
ORIGINE DBS PREHIÈfiBS SOCIÉTÉS.
Le Compagnonage reconnaît trois fondateurs principaux; il forme plusieurs Devoirs et se divise en un grand nombre de Sociétés.
Les. tailleurs de pierre, Compagnons étrangers, dits tes Loups, les menuisiers et les serruriers du Devoirs de Liberté, dits les Gavots, reconnaissent Salomon : ils disent que ce roi,
Sour les récompenser de leurs travaux, leur onna un Devoir, et les unit fraternellement dans l'enceinte du Temple, œuvre de leurs mains.
Les tailleurs de pierre, Compagnons passants, dits les Loups-Garoux, les menuisiers et serruriers du Devoir , dits les Dévorants , prétendent aussi être sortis du Temple : maître Jacaues, fameux conducteur de travaux dans cet édifice , les aurait fondés.
Les charpentiers, Compagnons passants ou Drilles, se donnent la même origine que les précédents; ils seraient donc sortis du Temple,
Digitaedby G00gle
et le Père Soubisef savant dans la charpenterie, serait leur fondateur.
Les Sociétés que je Tiens de nommer ont fait naître ou ont servi de prétexte à la naissance d'une infinité d'autres Sociétés. Le Compagnonage s'est accru.
les enfants de Saîomon, divisés d'abord en trois corps, en forment quatre aujourd'hui. Des charpentiers, s'étant dits dans le principe Renards de Liberté, puis Compagnons de Liberté, ont voulu se mettre à c6té d'eux.
Les Enfants de maître Jacques, qui ne formaient aussi que trois corps , se sont donnés volontairement des auxiliaires. Les menuisiers ont recules tourneurs, et les serruriers ont reçu les vitriers. D'autres adjonctions ont été faites. Les taillandiers, les forgerons, les maréchaux, les charrons, les tanneurs, les corroveurs, les blanchers, les chaudronniers, les teinturiers, les fondeurs, les ferblantiers, les couteliers, le» bourreliers, les selliers, les cloutiers, les tondeurs, les vanniers, les doleurs,les chapeliers, les sabotiers, les cordiers, les tisserands, les boulangers et les cordonniers, les uns loyalement, les autres par fraude, sont tous devenus Enfants de maître Jacques.
Ce serait se tromper étrangement que de croire que j'aie voulu faire une satire contre les anciens enfants de ce fondateur, en mentionnant tant de corps d'état qui se sont introduits parmi eux. J'avoue franchement que j'estime autant un honnête boulanger et un honnête cordonnier qu'un menuisier et qu'un tailleur de pierre, quand ils sont honnêtes aussi.
Les Enfants du Père Soubise se composaient
d'un seul corps d'état ; ils en embrassent trois à présent :1s charpentiers ont reçu les couvreurs et les plâtriers.
De nos jours donc, comme on peut le voir, le Compa?nonage se compose de presque tous les corps d'état. Je ne prétends pas ici tracer son histoire, mais je donnerai quelques détails qui le feront suffisamment connaître. Détails qui seront toutefois précédés de quelques pages sur les trois fondateurs : Salomon, Jacques et Soubise. Qu'on ne perde pas de vue que je parle ici au public et surtout aux Compagnons, qui, pour la plupart, possèdent peu de livres.
Salomon *•
Salomon, troisième roi des Juifs, fils de David et de Bethsabée, naquit Tan 1033 avant Jésus- Christ. Le nom de Salomon ou Pacifique, lui fut donné par son père, et celui de Jédédiah; qui signifie aimable au Seigneur, par le prophète Natham. Il fut sacré du vivant de David; et lorsque la mort de ce prince lui eut laissé le pouvoir souverain, il débuta par se débarrasser d'Adonias, son propre frère, dont un parti nombreux avait soutenu les prétentions au trône; il se débarrassa aussi, et cela d'après les dernières recommandations de son père, de Joab, assassin d'Abner et d'Hamasa. Après ces exécutions, très-ordinaires dans les pays de despotisme, le rèsne de ce prince s'affermit; il épousa alors la fille de Vapnrès, roi d'Egypte.
* J'emprunte ce que Je dis sur Salomon à la Bible et à U Biographie universelle publiée par Force. C(
Très peu de temps après son mariage, Salomon, qui avait alors vingt ans, alla sacrifier à Gabaon, et la nuit suivante le Seigneur lui apparut en songe, et lui promit de lui accorder tout ce qu'il demanderait; il demanda la sagesse, et Dieu, satisfait de tant de modération, voulut lui accorder en outre les richesses, la puissance et la gloire. Le jeune prince ne tarda pas à fournir des preuves d'une sagesse qui parut merveilleuse; on sait avec quelle habileté il parvint à reconnaître la véritable mère d'un enfant que deux femmes se disputaient, en ordonnant que cet enfant fût coupe en deux et partagé entre elles : Tune exigeait sa part, l'autre l'abandonnait , ce qui la fit reconnaître pour la véritable mère. \u milieu de la paix proronde dont jouissaient ses Etats, il bâtit un temple au Seigneur sur le modèle du tabernacle ou temple portatif de Moïse. Il consacra à cette construction des sommes énormes , qui en firent l'édifice le plus magnifique qu'on eût vu jusqu'alors. 11 fallut pour l'achever sept ans et demi, et des ouvriers innombrables.
Salomon, dit la Bible, envoya vers Hiram, roi de Tyr, pour lui dire : « Comme tu as fait avec David, mon père, à qui tu as envoyé des cèdres §>our lui bâtir une maison, fais de même avec moi. Je m'en vais bâtir une maison au nom de l'Eternel, mon Dieu. Or, la maison que je m'en vais bâtir sera grande; car notre Dieu est grand 4u-dessus de tous les dieux. C'est pourquoi envoie-moi maintenant quelque homme qui s'entende à travailler en or, en argent, en airain, en fer, en écarlate, en pourpre, en cramoisi , et qui sache graver, afin qu'il soit avec les nom-
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-Sèmes experts que j'ai avec mei en Judée et d Jérusalem, lesquels David, mon père, a préparés. Envoie-moi aussi du Liban des bois de cèdre, de sapin et d'alguttiin; car je sais que tes serviteurs s'entendent bien à couper les bo» du Liban j et voilà que mes serviteurs seront avec les tiens. Et qu'on m'apprête des bois en grande quantité, car la maison que je m'en vais bâtir sera grande et merveilleuse. » Et Hiram, roi de Tyr, répondit par écrit et dit t « Béni soit l'Eternel, le Dieu d'Israël, quia fait les deux et la terre , de ce qu'il a donné au roi David un fils sage, prudent et intelligent, qui doit bâtir une maison à l'Eternel. Je t'envoie donc maintenant un homme expert et habile t > sachant travailler en or, en argent, en airain^ en 1er, en pierre, en bois, enécarlate, en pour» pre, en fin lin et en cramoisi, et sachant faire toutes sortes de gravures et de dessins, de toute» choses qu'on lui proposera 5 avec les hommes experts que tu as. Mous couperons du bois dut Liban autant qu'il t'en faudra, et nous les mettrons par radeaux sur la mer de Japho? et tu les feras monter à Jérusalem. » — Le roi Salo— mon fit une levée de gens sur tout Israël; elle fut de trente mille hommes; il en envoya dix mille au Liban chaque mois. Tour à tour ils. étaient un mois au Liban et deux mois en leur maison, et Adoniram était commis sur cette levée. Salomon fit aussi une levée de cent cinquante-trois mille ouvriers étrangers, soixante- 4ix mille qui portaient les faix, quatre-vingt
* Cet homme expert et habile eit sam doute cet astre Hira* 91e Peu considère comme l'on des architectes éa temple.
mille qui coupaient les bois sur la montagne, de plus trois mille six cents commis qui avaient la charge de l'ouvrage, lesquels commandaient aux peuples employés à ce travail. Par le corn* mandement du roi , on amena de grandes pierres de prix et toutes taillées pour foire les fondements du temple, de sorte que les ouvriers tailleurs de pierre et autres de Salomon et d'Hiram taillèrent et préparèrent les pierres et les bois; puis ils bâtirent, ils élevèrent et ils décorèrent de toutes manières le temple le plus grand, le plus riche de l'univers.
Salomon ayant ainsi prouvé sa reconnaissance au Dieu dont il tenait la sagesse, songea à se bâtir plusieurs palais d'une étonnante richesse; il fit élever des murailles autour de Jérusalem, fonda, embellit ou fortifia plusieurs villes. 11 soumit à un tribut les misérables restes des nations qui avaient jadis possédé la Judée; il étendit les relations commerciales de ses sujets, et rendit son royaume florissant au~dedans et redoutable au-dehors. Parmi les monarques qu'attira auprès de lui sa haute réputation, l'Ecriture sainte distingue la reine de Saba ou du Midi, qui vint le visiter vraisemblablement à l'époque où le temple fut achevé. Le roi des Juifs et la reine de Saba se firent réciproquement des présents très-riches, et cette reine s'en retourna ravie d'admiration et de joie» Cependant Salomon ne résista pas toujours aux séductions qui l'environnaient de toutes parts, et il s'égara dans les passions qui ont perdu tant de rois : il se livra au sensualisme oriental; il tut jusqu'à sept cents femmes et trois cents concubines prises parmi les nations avec les-
quelles la loi défendait aux Juifs de s'allier , et il s'abandonna, pour leur plaire, au culte des idoles. La volupté, en dégradant son cœur, obscurcit sa raison , et son règne ne fut plus qu'une longue suite de turpitudes. 11 put prévoir, dans ses derniers jours, que son royaume après lui serait divisé, et ce fut au milieu de ces craintes qu'il expira, âgé de 58 ans; il en avait régné quarante.
Salomon a composé le Cantique des Cantiques 9 VEcclésiaste , et d'autres ouvrages trèspoétiques et philosophiques. 11 fut regardé comme le type de la sagesse orientale; il est encore de nos jours vénéré de toute l'Asie, qui le nomme le glorieux Soliman. On peut le croire, Salomon eut des vertus et de grandes qualités gui lui appartenaient en propre : c'est ce qui lui valut l'amour des peuples. Ses défauts et ses vices, dans le pays où il régnait, étaient attachés à sa condition de roi. Son royaume a été partagé après lui ; mais c'est le destin des plus puissants monarques de n'avoir point de postérité légitime, et de laisser leurs vastes États morcelés ou asservis : ainsi César, Alexandre. Charles XII et Napoléon.
Haître Jacques.
Maître Jacques est un personnage peu connu ; chaque Société a fait sur son compte une histoire plus ou moins invraisemblable; il en est une pourtant qui jouit d'un assez grand crédit auprès de beaucoup de Compagnons du Devoir. C'est de celle-là que j'extrais, sans y changer un mot, les détails qu'on va lire :
« Maître Jacques, un des premiers maître de «Salomon et collègue d'Hiram, naquit dans « une petite ville des Gaules nommée Carte, au- « jourd'hui Saint-Romili , située dans le midi: « (il était fils de Jacquin, célèbre architecte) il « se livra à tailler la pierre ; dès Page de c auinze ans il quitta sa famille; il voyagea « dans la Grèce, alors le centre des beaux-arts, « où il se lia étroitement au philosophe.... d'un « génie distingué, lequel lui apprit la sculpture cet l'architecture; il devint bientôt célèbre « dans ces deux parties.
« Ayant appris que Salomon avait fait un
parmi
« ayant reçu du premier maître Tordre de faire « deux colonnes ? il les sculpta avec tant d'art € et de goût qu'il fût reçu maître. » On place ici une très-longue énumération de tous les travaux qu'il fit dans le temple, puis on ajoute : « Maître Jacques arriva à Jérusalem à l'âge c de vingt-six ans ; il y demeura très-peu de c temps après la construction du temple ; plu- « sieurs maîtres désirant retourner dans leurs « patries, quittèrent Salomon comblés de bien- « faits.
« Maître Jacques et maître Soubise revinrent c dans les Gaules; ils avaient juré de ne jamais c se séparer; mais bientôt, maître Soubise, dont «le caractère était violent, devint jaloux de « l'ascendant que maître Jacques avait acquis «sur leurs disciples, et de l'amour qu'ils lui « portaient , se sépara de lui et choisit d'autres «disciples. Maître Jacques débarquaàj Mar-
« seilîe 1 et maître Soubise à Bordeaux. Arafat « de commencer ses voyages, maître Jacques « se choisit treize Compagnons et quarante dis-* « ciptes; un d'eux le quitta, il en choisit un « autre ; il voyagea pendant trois ans , laissant « partout le souvenir de ses talents et de ses « vertus.
« Un jour s'étant éloigné de ses disciples il « fut assailli par dix disciples de maître Sou* «bise, qui voulaient ^assassiner, et, voulant « se sauver, il tomba dans un marais, dont tes « joncs Payant soutenu le mirent à l'abri de «leurs coups; pendant que ces lâches cher- « chaient le moyen de parvenir à lui , ses dis* « cipks arrivèrent et le délivrèrent.
« Il se retira à Sainte -Reaume. Un de ses dis^ « ciples, nommé par plusieurs Jéron , par d'au- « très Jamais , le trahit et le livra aux disciples « de maître Soubise. Un matin , avant le levé « du soleil, maître Jacques était seul, en prière, « dans un endroit accoutumé; le traître y vint «avec ses bourreaux, lui donna, comme de « coutume, le baisé de paix, qui fut le signal « de la mort, alors cinq scélérats tombèrent sur* « lui et l'assassinèrent de cinq coups de poi- « gnards.
«Ses disciples arrivèrent trop tard, mats « assez tôt pour recevoir ses derniers adieux. «Je meurs, dit-il, Dieu Fa voulu ainsi; je « pardonne à mes assassins, je vous défends de « les poursuivre : ils sont assez malheureux;
1 Plusieurs parties de la légende que je transcris ne pourraient supporter un examen sérieux; il surfit de rappeler que la> ville de Marseille n'a été fondée que 600 an* ayant Jésus- Christ, et celle de Bordeaux environ 300.
% un jomr Us en auront le repent*r. le donne iffioa âme à Pieu , mon créateur, et tous, me* c amis, recevez le baisé de paix. Lorsque j'au- « rai rejoint l'Etre suprême, je veillerai encore c sur vous ; je veux que le dernier baisé que je « vous donne vous le donniez tonjours aux « Compagnons que vous ferez, comme venant « de leur père; ils le transmettront de même à c ceux qu'ils feront ; je veillerai sur eux comme c sur voua; dites-leur que je les suivrai partout « tant qu'ils seront fidèles à Dieu et à leur De-
« voir, et qu'ils n'oublieront jamais il pro-
« nonça encore quelques, paroles qu'on ne pût « comprendre , et, croisant ses bras sur sa poir « trine, il expira, dans sa quarante-septième c année • qua&re ans et neuf jours après être « sorti de Jérusalem, 989 ans avant Jésus^hrist*
« Les Compagnons lui ayant ôté sa robe, lui a trouvèrent un petit jonc qu'il portait en meV. € moire de ceux qui l'avaient sauvé lorsqu'il * tomba dans le marais»
« Depuis lors les Compagnons oat adopté le «Jonc; on ne sait pas si maître Soubise lut « l'aitfeur de sa mort; les larmes qu'il versa «sur son tombeau et les poursuites qu'il fit à «ae* assassins, levèrent une partiedea soupçons € qui pesaient sur lui. Quant au traître, il ne € tarda pas à se repentir de son crime , et dans c le désewoir que lui occasionnèrent ses re- « mords , u se jeta dans un puits que tes Corn- « pagnons remplirent de pierres,
« Maître Jacqi^s ayant fini sa .carrtène, les « Compagnons formèrent un brancard et le por- «tèrent dans le désert de Cabra, aujourd'hui^ «Sainte-Magdelame, » 11 est ici question de
l'embaumement de maître Jacques et des cér& monies funèbres qui durèrent trois jours; le cortège éprouva un violent orage, traversa des bois, des montagnes, fit des stations dans un lieu appelé aujourd'hui Caverne-Sain t-Evreux, dans crautres qu'on appela plus tard Saint- Maximin, Cabane-Saint-Zozime, etc.; le cortège arriva enfin au lieu du repos.
« Avant de descendre le corps dans le tom- « beau, dit la légende, le premier lui donna le « baisé de paix, chacun suivit son exemple , « après quoi, lui ayant ôtéson bourdon, le re- « mirent dans la bière et le descendirent dans « la tombe; le premier descendit auprès de lui,
« les C le couvrirent du drap mortuaire;
« puis, ayant fait la guilbrette, il se fit donner « au pain et du vin et de la chair, les déposa dans
« la tombe et sortit. Les C couvrirent la
« tombe de grosses pierres et les scellèrent de « fortes barres de fer ; puis, ayant fait un grand « feut ils y jetèrent leurs torches et tout ce qui « avait servi aux funérailles de leur maître.
« Les habillements furent mis dans une « caisse. À la destruction des temples , les en- « fantsde maître Jacques s'étant séparés, ils se « partagèrent ses habillements , et ils furent « ainsi donnés :
« Son chapeau, aux chapeliers;
« Sa tunique, aux tailleurs de pierre;
« Ses sandalles , aux serruriers ;
« Son manteau, aux menuisiers;
« Sa ceinture, aux charpentiers ';
« Et son bourdon, aux charrons. »
1 On ne yerra pat tant étonnement la ceinture de mail*» Jacquet échoir aux charpentier», enfanta de Seobiie.
Après la répartition des objets ayant appartenu à maître Jacques, on trouve l'acte de for prononcé par maître Jacques, le jour de sa ré-* ception, devant Salomon, Hiram, le grand sacrificateur, et tous les maîtres. Cet acte de foi » ou plutôt cette prière à Dieu, est fort belle. Il me resterait maintenant à consacrer un article au père Soubise; mais n'ayant aucun document curieux sur ce fondateur, on sera forcé de s'ea tenir à ce que Ton vient de voir.
Enfants de Salomon.