‹ Le livre du compagnonage (volume 2)Chapitre 67 sur 67 · ENTRE DEUX COMPAGNONS · texte numérisé non relu

ENTRE DEUX COMPAGNONS

mt Languedoc. — Du temps que mon père vivait, j'entendais tous les jours parler de géométrie , d'architecture et de trait; mais j'étais jeune alors, et de toutes ces choses je ne connais presque que des mots. On dit, Provençal, que vous êtes savant; voudriezvous avoir la bonté de répondre à mes questions , et me faire une petite instruction sur les choses dont je connais les mots ?

provençal. — Volontiers; mais une instruction orale ne suffira pas ; il vous faudrait une tablette p des crayons, des compas, et travailler. Ce n'est qu'en travaillant que l'on peut véritablement approfondir les choses dont vous me parlez.

Languedoc. — Je suis impatient d'apprendre, de m'instruire , et vous refuseriez, Provençal, de répondre aux questions que je voudrais vous adresser ?

provençal. — Je ne vous refuse rien , et je suis prêt à vous répondre.

Languedoc — Je sais que la géométrie est indispensable , qu'elle apprend a connaître les noms » des points et des lignes . qu'elle apprend à faire des traits carrés , des ovales , des anses de panier ; à faire passer des circonférences par des points déterminés ; à diviser des intervalles plus ou moins longs d'un seul compassement , à développer la surface * des corps , quels que soient leurs formes et leurs contours. Je sais qu'on apprend par elle toutes sortes de choses utiles; quoique je comprenne peu à la géométrie , je sais cependant à peu près ce qu'elle est. Mais qu'est-ce que l'architecture?

1 provençal. — C'est l'art d'élever les édifices pu-

' Noms et définitions.

* Apprendre à développer la surface des prismes, des cylindfïï^deg cdueg dro,u et inclinés, etc., est de la pins grande utilité pour eeox qui ventent se faire très-forts dans le trait.

Mies et particulier , et de leur donner la solidité , I* forme, Tes dispositions , les embellissements qui leur conviennent; il y a l'architecture grecque et romaine, l'architecture arabe, l'architecture gothique , etc. De toutes ces architectures , c'est architecture çrecque-romaine qui a prévalu. Je vais vous entretenir , non de son ensemble , mais de son origine , de ses divisions et de ses proportions.

Languedoc. — Ah! oui, parlez-moi d'abord de l'o» rigine de l'architecture.

phovençal. — Son origine, pour dire comme tous ceux qui en ont parlé, se perd dans la nuit des temps. Selon Vitruve i, la nécessité de se mettre à couvert pendant les mauvais temps , et de se garantir de la férocité de certains animaux, força les hommes à se chercher des abris et des retraites ; ils purent d'abord se loger dans les cavités de la terre et des rochers. Mais les familles devenant plus nombreuses , ces demeures ne suffirent plus. Le besoin excitant l'industrie , on construisit d'autres habitations; on en fit avec des perches plantées en terre, entrelacées de branchages et recouvertes d'un enduit de boue ; on leur donna la forme de canes pour faciliter l'écoulement des eaux. De semblables logements devaient être incommodes et facilement renversés et entraînés par les vents et les inondations. La société s'agrandissant , on construisit à la place de ces huttes des cabanes plus grandes , plus solides et plus agréables. On lit choix des arbres que le hasard avait à peu près placés carrément; on les coupa au haut du tronc , c est-à-dire au-dessous des premières branches. Sur ces troncs coupés de niveau, furent placés horizontalement des arbres équarris destinés à porter le plancher; pour former

* Vilrnve, savant architecte romain, naquît environ soiiante ans avant Jésus Christ, à Formies, ville de Campante. Celte ancienne ville est aajonrd'hai nn bourg nommé Mola et est à état lieues de Gaëte et à seize de Naples. Les ouvrages de VItnife sont remplis de science et de détails attachants; ils tant traduiU en tootc les langues.

lé plancher, en posa transversalement de* sottres de moindre grosseur; enfin on surmonta le tout de «olives inclinées pour se garantir des pluies en facilitant leur écoulement. C'est ainsi qu'on raconte l'origine de l'architecture. On voit dans cette construction encore informe la première idée des colonnes, des architraves, des frises, des corniches, des modillons, des métopes, des trîglyphes et des fron* tons, et par conséquent un commencement d'ordre.

lawgdedoc. — 11 y a dans ce que vous venez de raconter quelque cbose qui plaît. Maintenant ditesmoi quelles sont les divisions de l'architecture.

pbovbnçàl. — L'architecture , celle du moins dont les premières notions sont indispensables aux ouvriers de presque tous les états, se divise en cinq ordres. Le premier de ces ordres est le toscan. 0» raconte que des peuples de Lydie , ayant émigré de leur patrie , vinrent s'établir dans la Toscane ; là ils élevèrent des temples d'une grande solidité et d'une simplicité remarquable. De ces constructions naquit IVrdre toscan , dont le nom dérive de Toscane. Le deuxième ordre est le dorique , le plus ancien de tous. Dorus , architecte grec , fit élever dans Argos un temple immense , et dont la forme et les etnbef- Rssements constituèrent l'ordre dorique, ordre si régulier, si bien proportionné , et qui fût appelé dorique, du nom de Doras, son auteur. Le troisième „ l'ordre ionique, prit son nom d'Ion l'Athénien, qui, établi dans l'Ionie , province de l' Asie-Mineure , construisit plusieurs temples qui formèrent l'ordre élégant, Tordre gracieux dont il est iei question. Le quatrième est l'ordre corinthien ; voici comment vitruve en raconte l'origine. Une Jeune fille de €o~ rrathe étant morte au moment où elle allait se marier, sa nourrice recueillit dans une corbeille plusieurs petits objets auxquels elle avait été attachée Sondant sa vie : pour les mettre à l'abri des injure* u temps et le* conserver, cette femme couvrit la corbeille d'une tuile plane , et la posa ainsi sur la tombeau. Dans ce lieu se trouva par hasard la va*

eine d'une plante d'achante ; an printemps elle poussa des feuilles et des tiges qui entourèrent là corbeille; la rencontre des coins de la tuile fortin leurs extrémités de se recourber, ee qui forma le commencement des volutes. Le sculpteur CallK maque , que les Athéniens estimaient à cause de ses grands talents, passant près de ce tombeau, vit la corbeille, et remarqua la manière gracieuse avec laquelle ces feuilles naissantes l'entouraient et là couronnaient ; cette forme nouvelle lui plut , il l'imita dans les colonnes qu'il fit par la suite à Ce— rinthe , et il établit d'après ce modèle les proportions de l'ordre corinthien , le plus riche , le plus noble , et le plus imposant de tous les ordres.

Le cinquième ordre , c'est le composite. Les Romains prirent tout ce qu'ils trouvèrent à leur con» venance dans les ordres précédents , et en composèrent un ordre qui , pour cette raison , fut appelé composite. On cite eneore le dorique primitif , dit ordre peestum, parce qu'il a été découvert dans la tille de Pœstum , près de Naples, et dessiné sur les ruines antiques du temple de Neptnne. Il y a de phi* Tordre rustique, le persique, le cariatide, vat~ tique, le français, etc.; mais ces derniers ordres no nous sont pas d'une grande utilité. Donc, comme ie l'ai déjà dit , l'architecture grecque-romaine se divise en cinq ordres , savoir : le toscan, te dorique* l'ionique, le corinthien et le composite. Chacun de ces ordres se divise en trois parties: le piédestal, la colonne et l'entablement. Chacune de ces parties an subdivise en trois autres parties qui sont , dans le piédestal : la base , le corps ou dé , et la corniche; dans la colonne : la base , le fût et le chapiteau ; dans l'entablement : l'architrave , la frise et la corniche.

LAifGVBDec. — Tous m'avez parlé de l'origine de* l'architecture , de sa division en cinq ordres , et autres divisions ; je voudrais maintenant connaître les proportions des ordres et la manière d'obtenir le module, cette mesure qui sert, dit-on, à les dessiner.

pnovEjfCAL. — Je vous dirai que plusieurs savants

f oliitecteft ont donné des règles pour les proportions des ordres. Je citerai Palladio », Scamozzi ». Vignole5. Les règles données par ce dernier ont été

r référées. Il donne de hauteur à la colonne de ordre toscan sept fois sa grosseur, ou quatorze modules ; à celle de l'ordre dorique , huit fois sa grosseur, ou seize modules; à celle de l'ordre ionique , neuf fois sa grosseur, ou dix-huit modules ; à celle de Tordre corinthien et à celle de Tordre composite, dix fois leur grosseur, ou vingt modules. Maintenant je vais vous donner les moyens les plus simples pour dessiner un ordre dans ses proportions convenues. Je serai peut-être un peu long , mais je tiens à me faire comprendre. Nous sommes seuls , loin du bruit de la ville , et sur un terrain tout à fait propice. J'ai ici à ma disposition un fcempas d'une assez bonne longueur, et une règle qui est longue aussi; je vais vous prêter ces instruments , et vous allez dessiner là sur ce terrain.

Languedoc. — Bah 1 est-ce que cela se peut ?

provençal. — Oui , prenez ceci , et attention I Voulez-vous construire un ordre, n'importe lequel, n'importe sa dimension , commencez par tracer à terre une ligne droite *.

LANGUEDOC. — Voilà.

provençal. — Cette première ligne, nous la nommerons la ligne d i bas. Tracez une seconde ligne à

* André Palladio, né à Vicence, en Italie, Tannée 1518, mort en 1580.

* Vioeent Scamozzi, né dans la même ville en 1552, mort à Venise en 1616.

5 Jacques Baro'zzlo, dit Vignole, né en 1507, dam le village de Vignole, en Italie, mort à Rome en 1573 On comprendra facilement que le nom de Vignole qu'on lui a donné, est le nom de son village; de loi il est passé à son Traité des règles des cinq ordres d'arcnitec ure. Actuellement on nomme Vignole presqae tons les ouvrages qui traitent de l'architecture on do Irait.

* Celui qui Tondra bien comprendre ceci tracera les lignes à proportion qu'on les nomme: Il fera les divisions aussi, et «nu font ce que Provençal indique. dbyGoogIe

quarante, à soixante pieds de la première, ai < voulez ; mais il faut qu'elle lui soit parallèle ».

Languedoc. — Je n'épargnerai guère mes pas. — Ça y est.

provençal. — Cette seconde ligne, nous la nommerons la ligne du haut. Posez sur la ligne du bas une ligne d'équerre qui se prolonge jusqu'à la ligne du haut.

Languedoc. — Un moment... C'est fait.

provençal. — Divisez cette ligne d'équerre depuis la liçne du bas jusqu'à celle du haut, en dixneuf parties égales.

Languedoc. Ça demande du temps*. Attendez; j'ai fini.

provençal. — Bien. A partir de la ligne du bas , comptez : une partie , deux parties , trois parties et quatre parties. Au-dessus de cette quatrième partie posez une ligne parallèle à la ligne du bas. . Languedoc. — Voilà.

provençal. — Trois parties au-dessous de la ligne du haut posez une ligne qui lui soit parallèle.

Languedoc. — Voilà.

provençal. — Remarquez bien ceci : les quatre parties du bas sont la nauteur du piédestal, les douze du milieu celle de la colonne, les trois du haut celle de l'entablement , quelque ordre que vous fassiez. De quelque dimension que vous le fassiez, n'oubliez jamais que sa hauteur totale se divise toujours en dix-neuf parties ; que le piédestal en prend toujours quatre, la colonne douze et l'entablement trois.

Languedoc. — Et si je voulais faire un ordre sans piédestal , comment nry prendre ?

provençal. — Vous diviseriez sa hauteui en quinze parties : la colonne en prendrait douze et

i La ligne parallèle est celle qui , a côté d'une antre ligne, la mit toujours, tans t'en écarter ou t'en approcher plut d'un bout que de l'antre.

• L'opération n'en demandera guère 4 eetol qui tait la manière de dl? iter une ligne dn premier coup. Voir la planche I, fig. 12»;

IWaHeftWfoîtrflte. Tous ôbtiètiÉMé* lé iflétne *£> sultat eh divisant ëii cinq parties : en ce tas la entonne en prendrait quatre et Pentablemènt une. On sait que 1 est à 5 ce que 3 est à 15.

LAhwuEttàe. — C'est vrai.

»rovèkçal. — Maintenant revenons aux ligniez tue vous avez tracées. Yous voyez entre l'entablement et le piédestal la hauteur que la colonne doit occuper. ( rqyè* ptanclleS.)

t AMHTK0OC. — Oui.

miovbnoàl. — Eh bieri, pour faire Tordre toV can, divisez cette hauteur en sept parties, vous au» tèz le diamètre iriférienr de la colonne'. Prenez dans votre compas la moitié du diamètre , vous aurez le modulé. Portez plusieurs modules sur une Bgnè droite , et vous aurez Fait votre échelle de modules. Vous voyez qu'il faut diviser cette hauteur en sept pour le toscan. Vous la diviserez en huit pour le dorique , en neuf pour l'ionique , en dix pour h corinthien et le composite. Tous obtiendrez ainsi le diamètre des colonnes de chacun de ces ordres* On prend toujours la moitié du diamètre pour avoir te module ; ce qui fait suffisamment comprendre que toutes les colonnes ont deux modules de diamètre dans le bas. EHes montent jusqu'au tiers sans diminuer ; du tiers jusqu'au haut , elles diminuent environ d'Un sixième ».

LAftouEDoc. — Je me rappellerai ce que vous Vente de *fe dire : je sais comment se divise la hauteur d'une colonne pour avoir son diamètre; je s*tt prendre la moitié du diamètre pour avoir le module; je sais enfin fefre l'éChëllë de irioduieS. Mais je no sais pas encore comment lé module se divise.

provençal. — En douze parties pour le toscan-et te dorique; en dix-nu* pour f'ttutyue, le corinthien et le composite.

1 U grotf&tr dn bâk delà cotante.

* Dtrkei le diamètre intérieor de la eotonbe en lirparUH. •4doni^el^<temp^lci^Kndtaaètr«<apéri«Br.

Digit.zedbyL.OOg le

Toscan.

J*henaula, moittt< ûUl oUctméére vous auréole mo<ùzlt>.

Digitaedby G00gle

MGwam. - • Ppww^, 4?w cm tsQi%<krotim,

sp 4ivise-t-M en. diT-fyijt partie au lieu cfe douze?

provençal. — Parce que ces. derniers étant plu» riches, plus élégants, plus délicats, on emplie dan* leursuétails des filets plus fins, plus rapprochas : on, à donc besoin te plus petites parties pour la mesure o> piu$ petites dimensions.

Languedoc, -r Voit-on des chope* qui, aient dans, tau? les ordres la même proportion ?

provençal. — Ou* , je vous ai déjà dit nue toutes les colonnes avaient deux modules dans le bas ; je; vous dirai que toutes les bases , que toutes les impostes, et archivoltes ont un module de largeur; les chapiteaux toscans et doriques ont un module aussi» langdedoç. — Je comprends tout ce que voua, m'avez dit. Donnez-moi maintenant les moyens <fc tracer une colonne > une volute , un fronton. provençal. —Mais, me comprendrez- vous?

lan&ubdoc. — Jusqu'à présent j'ai tout compris; je suppose que je ne comprendrai pas avec la même facilite ce qui vous reste à me dire ; mais j'en retiendrai toujours quelque chose, car j'ai de la mémoire» provençal. — Je ne crois pas en ceci devoir vous faire dessiner sur le terrain. J'ai sur moi un livre sur lequel sont tracés les objets que vous voulez connaître. Je vais l'ouvrir à l'endroit de la colonne , et vous expliquer ligne par ligne la manière de la trader. (Voyez planche 3.) Languedoc. — Je ne demande pas mieux.

provençal. — Toutes les colonnes ont le même tracé géométrique. Celle que Ton voit ici est de Tordre toscan ; vous savez qu'elle doit avoir quatorze modules de hauteur, y compris sa base et son chapiteau. Ici base et chapiteau sont supprimés: nous n'avons donc pas quatorze modules, mais douze seulement. Je vais vous parler comme si je voulais vous en faire faire une semblable. Ecoutez et regardez. De la ligne A à la ligne B, divisez en douze parties éçales : chaque partie de cette division est un module. Divisez un do ces modules en douze-,

vous aurez les parties de module. De la ligne A à la ligne B divisez en trois pour avoir la ligne D, qui est le tiers de la colonne ; la ligne G est l'axe ' de la colonne. Portez un module de chaque côté de l'axe pour former le diamètre de la colonne, qui est le même du bas jusqu'au tiers. Le diamètre supérieur de la colonne est d'un module sept parties : portez cette mesure sous l'astragale. De la ligne D à la ligne B divisez en six pour avoir les lignes 1, 2, 3, 4 et 5. Posez une pointe du compas sur le point de rencontre de la ligne D et delà ligne G; ouvrez-le d'un demi-diamètre , et décrivez le quart de cercle que vous voyez. Retombez le diamètre supérieur de la colonne sur ce quart de cercle. Divisez la portion de cercle comprise entre le point a et le point e en six parties égales. Numérotez les points de la division en t, 2, 3, 4 et 5. Du point 1 montez une ligne d'aplomb qui vienne toucher à la ligne 1 ; du point 2 montez une ligne qui aille toucher la ligne 2; au* tant des autres points avec les autres lignes. Sur le côté de la colonne , entre le pointa, sous l'astragale, et le point e, sur la ligne D, vous avez cinq angles : traeez , au moyen d'une règle ployante , une ligne qui passe sur les deux points et sur les cinq angles ; cette ligne sera un peu courbe. Ainsi doit diminuer la colonne du tiers jusqu'en haut. M'avez-vous compris?

lanodedoc.— Oui , mais j'aurai besoin d'y réfléchir. Je ne sais pas encore la chose par cœur; il faudrait que je la dessine.

provençal.— Je le savais. Aussi je crois vous avoir dit sur l'architecture tout ce que je pouvais vous dire avec quelque utilité. Maintenant je vous conseille de dessiner. Ce n'est qu'en dessinant que vous pourrez bien comprendre le tracé géométrique des colonnes, des volutes et des frontons. En dessinant , vous apprendrez quels>ont les ordres qui demandent des ornements, quels sont ceux qui n'en comportent pas, dans quel espacement on doit mettre les colonnes, ce

<> Le milieu de U eolonne.

que c'est que les arcades et les portiques , comment on superpose des ordres les uns sur les autres: corn» ment ; dans quelques cas , il est permis de s'écarter quelque peu des règles, moyennant toutefois qu'on ne s'écarte pas du bon goût.

langubdoc. — Si Ton voulait dessiner un ouvrage de menuiserie sur une feuille , comment établirait-on l'échelle?

provençal. — J'ai là , je suppose , une feuille de papier de quinze pouces sur vingt-six. Je veux dessiner dessus une devanture de boutique de douze pieds de hauteur sur dix-huit pieds de largeur : proportion observée , la plus longue dimension de mon papier recevra amplement la plus longue dimension de la devanture. Je pose sur les deux longs bords de mon papier deux lignes entre lesquelles sera placée la hauteur de la devanture. Je divise d'une ligne à l'autre en autant de parties que la hauteur de la devanture doit avoir de pieds : je veux dire en douze. Chacune de ces parties est un pied , et j'établis l'échelle de

$>ieds comme si j'établissais une échelle de modules, e prendrai sur cette échelle les proportions pour tous les détails de la devanture. Pour dessiner tout autre objet sur le papier, j'emploierai le même moyen.

langubdoc. — Et si cette devanture avait des pilastres, l'échelle de pieds pourrait-elle servir à les proportionner?

provençal. — Non. Je diviserais leur hauteur comme si c'étaient des colonnes , et ayant obtenu le module , je formerais une seconde échelle dont je me servirais pour régler la largeur des pilastres , et pour proportionner les chapiteaux et les bases.

Languedoc. — Les pilastres ont donc les mêmes proportions que les colonnes ?

provençal. —Oui ; ils en diffèrent seulement en ce qu'ils sont aussi larges dans le haut que dans le bas.

Languedoc. — Je comprends; je comprendrai encore mieux dans quelque temps d'ici. Dites-moi si je dois dessiner l'arcnitecture d'un bout à l'autre.

provençal. — Si vous avez beaucoup de temps à

Digitaedby G00gle

— IW —

i,, «ri; si vaw n'en avez guère, n*a. 6«as «*> dentier cas,, dessinez deux ordres, commencez te troisième, et passez au irait.

Languedoc. — L'architecture est utile , nais 1* trait est indispensable à un menuisier. Peâsez-vou* que je puisse me servir d'un Vignole ?

provençal, -r- Je le pense.

Languedoc. — Je verrai à en acheter un.

provençal. — Lequel achèterez-yous ?

langiedoc. — Lequel ? je n'en sais rien. Est-ce qu'il y a plusieurs Yignoles?

provençal. — Il y en a même une bien grande quantité.

lanqubboc» — Faites-moi-ies connaître.

provençal. — Il n'est pas utile de les citer tous; mais voioi ceux qui sont le plus connus et le plus en faveur:

1° Le Fignole de La Gardette , ou Traité des cinq ordres dlarchitecture , suivi du tracé géométrique •des ombres dans l'architecture ; 1 vol.

2* Le Fignole des ouvriers, par Charles Normand, ouvrage en- quatre parties. La première renferme les «inq ordres d'architecture et des détails sur les pro-r portions a donner aux portes , aux croisées et aux arcades de différents genres. La deuxième contient un précis du relevé des terrains et de celui des plans des maisons , suivi de détails relatifs à la construction des bâtiments. La troisième contient les plans , les élévations et les coupes d'un certain nombre de projets de maisons d'habitation particulière et de maisons à loyer, dont plusieurs avec leurs différents étages. La quatrième est spécialement consacrée aux escaliers eq charpente et en menuiserie.

3° Le Fignole de Paulin Desormeaux , ou l'Art du menuisier en bâtiment et en meuble , suivi de l'Art de l'ébéniste; 2 vol.

4* UArt du menuisier, par Roubo * , Compagnon menuisier; 2 vol»

1 RoO)Q(Ja(yjtt^And^)rwwtnMraUi£rfndâParii«

6* La Menuiserie descriptive , ou Nouveau Fignole des menuisiers, par Coulon ', ouvrage extrait • en partie de celui de Roubo.

Languedoc. — Quel est , parmi tant de Vignoles, celui qui me conviendrait le mieux ?

provençal. — Si vous n'aviez à dessiner que les ordres d'architecture, je vous dirais de prendre La tiardette, quoique dans son ouvrage les portiques y soient omis pour des raisons qu'on ne peut approuver. Si vous deviez vous charger de toute la construction du bâtiment, Charles Normand vous serait utile, et je vous dirais de le prendre, malgré que ses escaliers n'aient pas tous les développements dont ils auraient besoin. Paulin Desormaux est dans un trop petit format ; de plus il traite trop de choses peur pouvoir les traiter à fond et avec clarté. Roubo a fait un excellent ouvrage, qui a cependant un grand défaut : il est trop cher. L'ouvrage de Goulon est celui , je crois, qui vous convient le mieux.

Languedoc — Goulon a donc fait un ouvrage parfait?

provençal. — Je ne dis pas cela ; mais il a fait un ouvrage très-utile, ouvrage dans lequel on trouve de la géométrie élémentaire et de la géométrie descriptive, les cinq ordres d'architecture avec des as* semblages pour les exécuter en menuiserie, les

|Z39, reçut par lei soins de son père, qui exerçait la même

profession, une éducation soignée; il apprit les mathématiques»

fa mécanique et le dessin, et en fit nne heureuse application à

'; la menuiserie. Son Traité de l'art du menuisier est le premier

i ouvrage de valeur que nous ayons eu en ce genre. Roubo mou-

I rut en 1791. La Convention nationale paya un tribut de recon-

i naissance à la mémoire du savant et modeste menuisier, en

accordant à sa veuve un secours de trois mille francs. Outre

fArt du menuisier, Roubo a publié un Traité de la construction

des théâtres et des machines, l'Art du carrossier et l'Art du

layelier.

* Coulon, ancien menuisier et professeur de dessin, homme rempli de talents et de douceur.

coupes des outils dont nous nous servons, tes assemblages et embrévements divers; des plans, des élévations de croisées, de persiennes, de portes intérieures et extérieures; de devantures de boutiques, de lambris d'appui et de hauteur, de parquets, etc., etc., et tout cela avec de très-bons détails; puis viennent les réductions des profils, les coupes et raccords des corniches et des cadres ; de là on arrive? au trait. Ce sont d'abord des arêtiers, puis de£ esca~ liers de tout genre, ensuite les ouvrages cintrés e» plan et en élévation , tels que chambranle, croisée, persienne, etc., etc. Suivent les voussures et les calottes, et l'ouvrage se termine par un autel, un* confessionnal et une chaire à prêcher.

Languedoc.— Vous venez de citer bien des choses; le livre qui les contient me plaît déjà; cependant vous m'avez laissé voir que vous ne l'approuviez pas en tout.

provençal. — Cest possible.

Languedoc. — Qu'avez-vous à en dire?

provençal. — M; Coulon a mis dans son livre . trop d'une chose, pas assez d'une autre, et ces choses ne sont pas toujours arrangées méthodiquement ; de plus dans l'architecture il porte toutes les saillie» moulure par moulure, filet par filet ; tous ces petitsdétails sont donc péniblement portés les uns devant les autres. Il aurait dû faire comme ont fait MM. La Gardette et Charles Normand : je veux dire qu'il aurait dû porter toutes les saillies à partir de Taxe: de la colonne et coter en conséquence. Cette manière est plus facile, plus précise et plus expéditive tout à la fois ; elle vaut donc mieux.

Dans les ouvrages cintrés en plan et en élévation,, il y a de très-bons développements; mais, de la manière dont le calibre rallongé est dessiné, on pourrait croire qu'il faut, quand on exéeute sur bois, débillarder les pièces en élévation avant de débillarder en plan, ce qui ne doit pas être. J'ai entendu des hommes dire crue cette manière de dessiner les chambranles était absolument fausse :

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5 ne suis pas si rigoureux ; mais je conviens qu'elle «ut faire tromper. M. Coulon aurait dû dessiner les «libres rallonges de ses parties cintrées en plan et !i élévation, comme ceux de ses escaliers. Il y aurait aussi quelque chose à dire sur ses rttiers : pour dessiner son pied d'autel, par xemple, il fait un encombrement de lignes à ne lus s y reconnaître. Je ne dis pas que son principe oit faux ; je reconnais au contraire qu'il est précis, ue Ton peut dans quelque cas en tirer un tres-bon arti , mais les élèves le saisiront , le comprendront ifficilement ; je préférerais qu'il eût fait un dévetapement de pied par section *. Cette ancienne maière demande moins de lignes, moins d'espace et loins de temps; elle est plus claire, et les élèves la onçoivent mieux, ce qui est en sa faveur une lison d'un çrand poids.

Je pourrais entrer dans d'autres détails, mais ce irait, je crois, inutile.

Languedoc. — Ce Vignole est donc mauvais? provençal. — Je vous l'ai déjà dit : c'est un bon tivrage ; les défauts que j'ai signalés, si ce sont des éfauts (car mon opinion est discutable aussi), ne )nt pas capitaux. Ce livre est basé sur des principes, est rempli de choses utiles; c'est enfin le meilleur yre de menuiserie que je connaisse. Il dépend de .. Coulon de le rendre encore meilleur ; il en 'a le lent , s'il en a vraiment la volonté.

Languedoc. — Dites-moi quels sont les prix des gnôles que vous m'avez nommés tout à l'heure. PBOYENC.AL. —Celui de La Gardette se vend 10 fr. . Celui de Charles Normand 40

Celui de Paulin Desormeaux 18

Celui de Roubo 100

Celui de Coulon 1&

Dans beaucoup de pays on nomme les sections du pied z pigeons. Cela vient sans doute de ce que les panneaux qui mt quelquefois figurés représentent comme des ailes. Les. . is de la plupart des choses sont tirés des ressemblances.

Ce dernier est très-bon marché, vu son étendue, et la quantité de matières qu'il contient.

Languedoc. — Où se vendent-ils?

provençal. — Chez Carillian-Gœury et Victor Dalmont, libraires* des corps royaux des ponts et chaussées et des mines, quai des Augustins , nM 99 et 41.

lakguedoc. — Celui qui n'est pas à Paris ne peut aller en acheter un.

provençal. — En connaissant l'adresse des libraires on peut leur écrire.

langubdoc.— Recevront-ils ma lettre?

provençal.— Oui, si vous l'affranchissez. Je vous avertis que les frais de transport du livre resteront à votre charge.

Languedoc.— A combien s'élèvent ces frais?

provençal. — A quatre ou cinq francs pour Marseille et d'autres villes aussi éloignées; à trois ou quatre francs pour Lyon , Bordeaux , Nantes ; et à moins que cela pour des villes très-rapprochées de la capitale.

Languedoc. — C'est décidé , j'achèterai l'ouvrage de Goulon.

provençal.— Vous ferez bien.

Languedoc. — Pensez-vous que je puisse dessiner dessus?

provençal. — Oui , et je vous avoue qu'il vaut mieux dessiner sur un bon livre que chez un mauvais maître ; mais je vous avoue aussi qu'il vaut

* On trouve à la même librairie le Dictionnaire historique d'architectere de Quatremère de Quincy ; SO fr.; — l'Art de bâtir, par Rondelet, 125 fr.; — Recueil de menuiserie, 48 fr.;

— Recueil de meubles, 48 fr.; — Recueil de serrurerie, 48 fr.;

— le Manuel de PEbcnisIe, par Caron aîné, 36 fr.: — le Morisot, prix de la menuiserie, 8 fr. 50 c; — Traite de la coupe des pierres, par Adhémard, 20 fr ; — par Simonin et La Gardette, 12 fr. ; — par Douliot , 36 fr. ; — par Frezier, 30 fr.; - Traité de la charpente, par Douliot, 22 fr.; — par Fourneau, 42 fr. On trouvera enfin à celte librairie tous les ouvrages d'art . et de science que Ton pourrait désirer. '

mieux dessiner chez un bon maître que sur un bon livre. Un livre n'a qu'un raisonnement à vous donaer, et, si vous ne l'avez pas compris , vous ne pouvez rien lui demander de plus. Avec un livre , queljue bon qu'il soit , on se donne beaucoup de peine , ;t l'on avance très-lentement; un maître offre plus l'avantages: il vous parle de la voix, des yeux et les mains. Si vous n'avez pu le comprendre, il hange de manière de s'exprimer, il fait des signes iffërents , et finit par se faire comprendre , et vous vancez continuellement et sûrement. Je le répète , n bon maître est de beaucoup préférable à un bon ivre.

Languedoc. — Je n'achèterai donc pas de livres. provençal. — Achetez toujours; un bon livre ne uit jamais , tant s'en faut ; vous y trouverez inéviiblement quelque chose d'utile. De plus , il pourra ans la suite vous remettre en mémoire ce que le împs vous aura fait oublier.

Languedoc. -- C'est vrai. Eh bien! je ferai cette nplette le plus tôt possible; mais a coup sûr je !>mmencerai à dessiner de lundi en quinze, i provençal. — Pourquoi remettre si loin, et présentent à un lundi? quand on veut dessiner, il ne ut point remettre ; pour commencer, tous les jours ntnons. Ne faites pas comme beaucoup font; ils cent: — Je commencerai lundi prochain; —ce ndi arrive , une occasion les dérange ; le lendelin ils ne sont pas en train, ils remettent à la serine suivante qui offre encore quelques obstacles, rès avoir remis de semaine en semaine , voyant i veillées se faire moins longues, ils se disent: — 'année prochaine ! L'année suivante , par le même sonnement,ils entretiennent la même négligence; <a fin de tout cela ils retournent dans leur pays is avoir acquis la moindre connaissance en dessin» st alors le temps des lamentations! Ecoutez une

T raison : Si vous voulez l'hiver vous lever ma* ne faut point sortir votre tête du lit, puis vos ix bras , puis une partie de votre corps , puis en-

fin , ayant senti le froid , vous fourrer encore sous vos couvertures et vos draps chauds. Plus vous serez tard au lit, plus vous aurez de la peine à en sortir; plus vous céderez à la paresse , plus la paresse vous serrera fortement. Quand on veut l'hiver se lever matin, il ne faut point tâtonner : il faut sauter du lit vigoureusement et d'un seul bond. Quand on veut dessiner, il ne faut point tâtonner non plus : pour commencer, toutes les saisons, tous les jours sont bons ; le tout est de ne point remettre. Commencez ce soir.

Languedoc. — Pays provençal, je commencerai ce soir.

provençal. — Et ayant commencé , ne perdez point de temps; si vous perdez huit jours de suite, vous avez après une peine de diable pour retourner à la classe. Moins vous travaillerez, moins vous voudrez faire ; plus vous serez assidu , plus vous aurez du courage et du goût à ce que vous ferez* î^e perdez point de temps.

Languedoc. — Pays Provençal, je n'en perdrai point, et vous pouvez croire que l'entretien que vous m'avez accordé portera ses fruits. Dans quelque temps je reviendrai vous voir; j'aurai besoin de vous entendre encore.

provençal. — Je vous verrai toujours ayee plaisir, et puisque vous promettez de ne pas m'Qublier, je penserai a vous aussi. J'écrirai un raisonnement sur \e dessin , et principalement sur le trait. Cet écrit vous sera remis quand vous viendrez.

languedoc. — vous avez bien des bontés pour moj , pays Provençal , et pour tout cela je ne peu* que vous remercier. Allons, au revoir, pays frovencal '

PROVENÇAL. -Au revoir, pays Languedoc.

Raisonnement umv le Trait*

J'ai donné précédemment quelques détails sur l'architecture ; je vais ici , dans l'intention d'être utile , faire quelques observations sur le dessin , principalement sur le trait.

Les Sociétés de Compagnonage doivent avoir pour eut l'instruction. Chaque membre de ces grandes réunions doit communiquer à tous les connaissances

3u'il possède. Celui qui n'a dessiné que des profils e moulures , et qui les fait dessiner, fait bien. Celui qui n'a dessiné que les ordres d'architecture , et -qui les fait dessiner, fait également bien. Celui qui ne connaît que les escaliers , et qui les fait dessiner et comprendre à tous ceux qui l'entourent , fait en* <sere bien , très-bien. Sachez peu , sachez beaucoup, mais démontrez tout ce que vous savez à tous vos camarades désireux d'apprendre , et vous ne mériterez que des éloges. Si je donne mon approbation entière à ceux qui font dessiner tout ce qu'ils savent , je suis loin de la donner à ceux qui font dessiner ce qu'ils n'ont jamais compris. Je blâme sévèrement ceux qui font copier le trait; car copier le trait , ce n'est rien faire , c'est moins que cela , c'est «e nuire , c'est s'habituer à dessiner machinalement " jans penser et sans se rendre compte de ce que l'on lait ; c'est s'enfoncer dans un sentier obscur, dangereux , qui égare la plupart de ceux qui le suivent jusqu'à ne pouvoir plus se retrouver dans le bon chemin. Us ont dessiné des escaliers , des autels , des calottes , etc.; ils comptent enfin leurs feuilles , et plus le nombre en est grand , plus ils s'applaudissettt de leur talent. Us viennent a changer de ville ; un jtaMre veilleur que celui qu'ils ont eu pourrait les # .redresser: ils ne le veulent pas; pourquoi? Us se sont vantés, ils passent pour savants, et, pour ne pas perdre de leur, réputation, ils conservent leur

Ignorance. De ceux-là, les uns ne font plus rieir; <T autres , en très-petit nombre , s'enferment isolément le soir dans leurs chambres. Là, ils veillent, ils travaillent, ils se tourmentent et n'arrivent à aucun bon résultat , parce qu'ils ne sont pas fondés sur les principes.

Une partie de ces hommes égarés, de ces élèves ayant tait fausse route , sentant leur position et leur faiblesse, l'avouent franchement. Us vont, dès que la possibilité se présente, chez de bons maîtres , ils travaillent avec1 une nouvelle ardeur, ils refont ce qu'ils avaient fait en aveugles ; leur pensée s'ouvre, prend des veux , et ils voient clair enfin dans les courbes à double courbure * comme dans les partiesdroites.

Mes amis, écoutez-moi : n'ayons point un faux amour-propre. Si nous avons pris une mauvaise route, ne nous obstinons pas à la continuer, retournons sur nos pas , prenons au plus tôt la bonne, la véritable route , celle qui mène sûrement et directement au but. Rien n'est plus cher que le temps, perdons -en le moins que nous pourrons; nous ne sommes plus des enfants , nous sommes des ouvriers et des hommes à qui de certains ouvrages opposent trop souvent de sérieuses difficultés. Ce ne sont donc pas des images, ce ne sont donc pas des dessins d'agréments qu'il nous faut, ce sont des dessins d'utilité, ce sont des principes, c'est tout ce qui peut nous aider dans la conception et dans l'exécution régulière de tout ouvrage qui peut nous être commandé.

Voulons-nous devenir bons menuisiers, dessinons d'abord quelques feuilles de profils de moulures, quelques feuilles de géométrie, dessinons quelques ordres ou tous les ordres d'architecture, si nous es avons le temps, puis arrivons au trait.

Le trait est un travail tout de réflexion et d'application; mais il n'est cependant pas si difficile à com-

1 Toute courbe cintrée tor deax sens.

prendre que beaucoup veulent le faire croire. Quand on veut bien l'apprendre, on rapprend. Il faut pour cefci avoir de la patience et ne pas se décourager. Commençons par l'escalier : cette partie , je la place en tète et il faut la bien étudier , car elle renferme

Slusieurs opérations que Ton emploie également dans • autres parties du trait.

On fait des plans par terre * d'escaliers d'un seul coup de compas , c'est-à-dire plein-cintre ; alors les lignes du devant des marches tendent toutes au même point de centre , ce qui rend le giron des marches partout égal , et le limon toujours régulier dans son développement. Cet escalier est très-facile.

On fait aussi des plans composés de limons droits et de limons courbes ; dans ces plans mixtes , il faut diviser les marches sur la ligne du giron » et faire un balancement * de marches pour qu elles augmentent ou diminuent de largeur d'une manière convenable; il faut , quoique les marches soient balancées , et par conséquent plus ou moins en biais dans le plan , que leurs prolongements à travers l'épaisseur du limon soient tendus au point de centre qui aura servi à le décrire. Les prolongements en question seront d'é~ querre dans les limons droits. /

La nature et l'étendue de ce livre ne me permet» tent ni de donner un grand nombre de dessins , ni de m'étendre dans les démonstrations d'une opération de trait. Je veux cependant, dans l'escalier , entrer dans la description de quelgues opérations utiles, et que trop d'hommes ont négligées. Nous allons nous occuper du balancement des marches. [Voy. la planche 4.) Vos limons ou votre limon étant tracé , ayant la

* Plan par terre, on plan, tout simplement.

9 La ligne du giron pane an milieu de l'escalier, et est toujours parallèle aux deux limons.

• Balancement de marches, on dansement démarches: c'est tout comme. Je conseille d'apprendre les choses et de ne jamais se passionner et se disputer pour des mots; on y perdrait son temps.

ligne du giron qui passe au milieu de l'escalier , faites la division de vos marches sur cette ligne. Nous voulons, Je suppose , faire le balancement depuis le devant de la marche 1 jusqu'au derrière de la marche 6, ce qui fait six marches à balancer; tirez le devant de la marche 1 d'équerre au limon droit , tirez le devant et le derrière de la marche 6 au point de centre du limon courbe; maintenant occupons-nous de l'échelle de balancement, tirez la ligne droite B, ouvrez votre compas arbitrairement l ; portez sur la ligne autant de points que vous avez de marches à balancer , montez de chacun de ces points une ligne d'équerre à la ligne B , numérotez ces six lignes par les six chiffres que vous voyez , posez la ligne ponctuée * que Fou voit et qui doit toujours être au milieu de l'échelle ; divisez sur le contour intérieur3 du limon, du derrière de la marche 6 au-devant de la marche 1 , en six parties égales; portez une de ces parties sur la ligne ponctuée de l'échelle , prenez sur la ligne intérieure du limon la largeur de la marche 6, portez cette largeur sur la ligne 6 de l'échelle. Ayant sur cette échelle un point sur la ligne 6 , un autre point sur la ligne pope tuée , tirez une ligne droite qui passe sur ces deux points et se prolonge jusqu'à la rencontre de la ligne t. Votre échelle de balancement est faite, chaque ligne qui la traverse doit donner une largeur de marche sur le pourtour du limon; la marche 6 étant posée dans le plan , prenez sur l'échelle la largeur de la ligne 5, portez-la sur le pourtour du limon , en avant de la marche 6 ; vous aurez la largeur de la marche 5. Prenez une à une les lignes 4 , 3 ,3 et i de l'échelle, pour les porter sur le limon, devant la marche 5 , et les unes au bout des autres ; ayant ainsi,

i Ping pu moins.

* Si nous balancions nn nombre Impair de marches, jmbs n'aurions pas besoin de supposer une ligue ponctuée au milieu «Je l'échelle, bobs aurions alors naturellement une ligue de mi? *'« qui nous servirait.

Tnterieur ou dedans.

sur le limon , déterminé vos largeurs de marches par des points , tirez deslignes qui partent de ces points et passent sur les points qui sont sur la ligne du giron et qui y correspondent ; ces lignes, donnant le devant des marches , seraient prolongées jusqu'au grand li mon , si notre papier eût permis de le figurer; donnez un coup d'oeil sur les prolongements des marches au travers des limons , cela suffira , je pense.

Si je faisais un onvrage méthodique de trait , je m'occuperais actuellement de la coupe à crochet , et des lignes de base ou de constructions; mais ce que je décris ici est un hors-d'œuvre à ce livre , et s'adresse à des hommes qui ont déjà quelques connaissances sur le dessin ; il n'y a donc pas d'inconvénient à passer tout de suite au développement particulier *.

Ce développement est de la plus grande utilité ; si vous voyez un escalier à briquet ou en fer à cheval avec des limons tout étroits , tout étranglés dans les quartiers tournants , vous pouvez penser qu'ils ont été faits sans son secours. Si vous ne voulez pas être exposé à faire de tels escaliers, apprenez à faire usage du développement particulier.

. [Voyez planche 4). Commencez à tirer la ligne droite À, prenez dans le plan, sur la ligne A du limon , la largeur de ja marche 6; portez cette largeur sur la ligne droite A; prenez encore sur la ligne A du limon la largeur de la marche 5 , puis celle des autres marches; portez toutes ces largeurs les unes à côté des autres sur la ligne droite A ; élevez les sept lignes

Sui y sont perpendiculaires *. Placez entre ces lignes es hauteurs de marches, comme s'il s'agissait d'un développement ordinaire; décrivez en dessus, puis £n dessous des quarts de ronds, les arcs de cercle que

* J'wpftyctf torrlwimeiit ordinalie le développement tor lequel du trace le bolf . J'appellerai 4e>eloppemeDJt particulier eelte autre opération qui développe vraiment le limon et le fait \çir daty tonte sa Iopgnenr pour qu'il pnine çtre tégàlaVtsé. '

:4TOra#c^,<ftd*f|^

— Soyons voyez; tirez deux lignes qui touchent ces arcs de cercle sans pénétrer dedans : ces deux lignes vous donnent le rampant et la largeur régulière du limon. Le développement particulier est terminé , occupons* nous du développement ordinaire. Commencez a poser la ligne de base ; projetez , des points formes par la rencontre des lignes des marches avec la ligne intérieure du limon, les lignes 1,2,3, 4, 5, 6 et 7; fl faut dans tous les cas que ces lignes soient perpendiculaires à la ligne de base ; établissez vos hauteurs de marches. Il s'agit maintenant de fixer la ligne du dessus , et celle de dessous du limon. Prenez , dans le développement particulier , sur la ligne d'aplomb , devant la marche 1 , la distance du point a au point b. Portez cette distance sur la même ligne du développement ordinaire , pour fixer le point b. Prenez de rechef sur la marche 1 du développement particulier la distance du point a au point c ; portez encore cette distance au développement ordinaire sous le quart de rond de la marche 1 pour fixer le pointe, enfin prenez dans le développement particulier la largeur va* riable du limon sur les lignes 2 , 3 , 4 , 5 , 6 et 7 ; portez ces largeurs sur les lignes qui correspondent à cellesci dans le développement ordinaire. Ayant fixé les points qui doivent vous guider , tirez la ligne de dessus et celle de dessous, et vous aurez la largeur de votre limon.

Quant aux lignes ponctuées qui doivent donner le gauche de ce limon, je n'en parle pas; c'est une chose très-simple, que tous ceux qui ont quelques notions de l'escalier doivent savoir faire.

En dépit de la règle générale, j'ai pris le développement particulier non en dedans , mais en dehors du limon ; j'ai cru qu'il valait mieux régulariser ce qui est visible que ce qui ne l'est pas. Je propose à ceux qui trouveraient cela mauvais de l'examiner de près ; ils pourront changer de sentiment.

Retournons à la coupe à crochet d'équerre 4UO

"is étions sensé avoir laissée.

''oytz planche 5.) Le plan par terre des limons

et des marches étant tracé , il faut développer la portion du limon où on veut que la coupe soit placée. Par exemple, prenez , sur la ligne intérieure du limon, la largeur de la marche 2 dans votre compas; portez cette largeur de marche où vous voudrez. iFoyez la figure 2.) Tracez les deux lignes d'aplomb 2 et 3 ;' établissez deux dessus de marches. Ayant figuré deux quarts de rond, décrivez audessus deux arcs de cercle , décrivez-en deux autres au-dessous, tirez les deux lignes rampantes qui les touchent et établissent la largeur du limon, posez d'équerre aux lignes rampantes deux lignes plus ou moins rapprochées pour former le crochet, retombez des bouts de ces deux lignes quatre lignes d'aplomb venant poser sur une ligne horizontale

{►lacée un peu plus bas, distinguez ces lignes par les ettres a, b, c,à, prenez ces quatre lignes sur la ligne horizontale, et portez-les, sans déranger leurs écartements , sur la ligne intérieure du limon , dans la marche où Ton doit faire le joint; tirez, du point a et du point d, deux lignes tendantes au point de centre, qui traversent le limon du dedans au-dehors;

r>sez la ligne c parallèle à la ligne a, posez la ligne parrallèle à la ligne d. Je vous fais poser ainsi ces deux dernières lignes pour qu'il n'y ait pas du gauche dans la coupe, et que le joint soit plus facile à faire. Les lignes de la coupe étant posées dans le plan, et les limons se recouvrant l'un l'autre, tirez les lignes de base, et développez.

J'ai trace la coupe à crochet d'équerre comme la tracent les maîtres les plus en faveur; cependant je crois devoir observer qu'en agissant de cette sorte la coupe est d'équerre en dedans du limon, où elle ne se voit pas, et n'est pas d'équerre en dehors, seul coté où elle se voit. Sur la figure 2, qui est le dedans du limon , la coupe est d'équerre ; sur la figure 3, qui est un développement pris en dehors du même limon, elle est trop couchée. S'il s'agissait d'un limon intérieur ,, un effet tout contraire aurait lieu,

t limon du eôtf dn jour fltftmlkr.

caria coupe serait alors trop droite. Il serait facile de démontrer la cause de cet effet ; mais le dois me borner à donner pour conseil, à ceux qui tiendraient à avoir une coupe parfaitement d'équerre en dehors du limon, d'opérer sur ce côté du limon, et non sur l'autre.

Je ne m'étendrai pas davantage ici , et j'ai l'espoir d'être compris de quelquesmns , qui pourront me faire comprendre à d'autres.

Après avoir donné ces démonstrations , que f ai cru utiles , je dirai : Faire le balancement des marches dans les plans mixtes et dans les plans à S, développer une portion de limon pour y placer la coupe d'équerre , et retomber cette coupe en plan pour avoir le croisement des limons et leurs longueurs exactes; transporter un limon, quand, faute d'espace libre ou propice, on ne peut le développer sur place; faire le développement particulier et ren servir pour régulariser la largeur d'un limon, quels que soient son contour et son rampant , c'est presque tout le trait de l'escalier.

Outre ces escaliers à limons pleins, on fait des escaliers en marches massives , dits anglais, dont les coupes ne diffèrent pas de celles des escaliers en pierre.

On fait surtout des escaliers à crémaillères ou demi-anglais. Les opérations que j'ai décrites servent pour ces escaliers comme pour les autres; là différence est que dorénavant les devants des contremarches seront nos principales lignes du plan ; c'est de leurs points de contact avec les limons que partiront les projections ou lignes sur lesquelles oit établira les hauteurs des marches , pour former le développement du limon, sur lequel on tracera le bois.

Il sera bon de dessiner quelques élévations géo^ métrales d'escaliers ; on pourra terminer cette partie du trait par l'escalier à entonnoir à limons êv*se> \ et par l'escalier à plafond à courbes et à

»U limon rvwé n'est pris nMnbet effet On pettfaittàéi

arcr —

panneaux. Ce dernier est très-utile ; le plafond dans sa largeur est quelquefois de niveau sous l'escalier; d'autres fois, pour de certaines raisons , on le fait pencher du coté du petit limon. Ceci est peu diffi* cultueux. Dès qu'on a figuré la coupe de l'escalier, on voit le bout des courbes .et la position de leurs arêtes; on peut facilement comprendre comment il faut porter ces arêtes dans les développements. On fait aussi des escaliers à consoles, à goussets, etc.; mais je n'en dirai rien , car, connaissant ceux dont j'ai parlé, on n'aura qu'à jeter un coup d'œil sur ces derniers pour les comprendre parfaitement.

La deuxième partie du trait sera formée des ouvrages cintres en plan et en élévation , tels que chambranle, éventail, persienne, etc. J'observerai que le développement particulier, que je recommande tant pour l'escalier, est ici encore plus indis» pensable. Un chambranle , exécuté sans le secours de cette opération, n'aurait ni le contour, ni la forme , ni la largeur, ni la régularité qu'on aurait cru lui donner. Ce développement est la base du trait; mais, pour des raisons que Ton comprendra , je ne m'étendrai pas davantage là-dessus. Je ne peux faire que des observations. Les corniches volantes , pour ' ceux qui voudront les faire , constitueront la troisième partie du trait. Je les place immédiatement après les chambranles , parce qu'il faudrait quelquefois, dans la menuiserie, les exécuter en même temps.

La quatrième partie du trait se composera des arêtiers * droits et des arêtiers courbes. On pourrait sur ces derniers redresser quelques erreurs, et faire voir comment on peut , par des procédés simples et faciles , leur donner les courbures les plus bizarres

escaliers à entonnoir sans évaser les limons; c'est mieux et moins long.

* Arêtier, tonte pièce de bois placée sur nn angle et inclinée, comme la pièce de charpente formant arête sur l'angle d'un ceHM* on <m toit, comme les pieds de devant d'an autel, etc.

sans nuire à la régularité de leurs surfaces apparentes. Je voudrais aussi pouvoir mettre en présence deux systèmes différents et les comparer ; mais un si petit livre ne le permet pas.

Dans la cinquième partie du trait rentreront les calottes1 massives et celles d'assemblage , dont la dernière sera à montants rayonnants et la plus élégante. Les dômes se font parles mêmes principes , et sont plus faciles à exécuter quand leurs plans sont purement circulaires.

La sixième partie du trait sera formée des voussures9. On les nomme queue de paon, Saint-Antoine, corne de bœuf (ou de vache), oreille d'âne, partie de Marseille, etc., etc. Les unes ont reçu leurs noms de leurs formes , les autres des lieux où elles ont été construites pour la première fois. Tout ce que je pourrais dire ici sur les voussures ne serait que des mots; il vaut donc mieux s'y appliquer que d'en parler inutilement. Les quadrilatères dont on se sert dans les corniches votantes pourraient, je crois, être utilisés , pour l'économie du bois, dans des panneaux peu gauches de certaines voussures. Je me "réserve de taire plus tard quelques recherches làdessus.

Le classement que je viens d'établir dans les parties du trait est une chose tout arbitraire. L'essentiel est de se faire comprendre des élèves ; le maître <nii se fait le mieux comprendre est celui qui a la meilleure méthode et qui démontre le mieux, quelles que soient sa méthode et sa manière de démontrer.

II sera bon de terminer cette étude par un ouvrage où les diverses parties du trait puissent se trouver réunies; par une chaire à prêcher, je suppose. Il n'y a ici rien de bien nouveau. On n'a qu'à rassembler ce qu'on a déjà fait.

* Calotte, boiserie du haut d'une niche.

• Voussure, espèce de boiserie d'eau>ratore, que Ton voit placée dans le haut d'une porte cintrée, ou d'une croisée, etc.

Qu'il y ait dans, ce travail un escalier à plafond, cet escalier, on Ta fait.

. Qu'il y ait un cul-de-lampe » sur un plan carré ou polygonoïde, ce ne sera que de l'arêtier; ses courbes ne seront, le plus souvent, que des pieds d'autel renversés; toutes choses qui ne vous sont pas in» connues*

Qu'il y ait une impériale » sur un plan circulaire, on emploiera pour la faire les moyens dont on s'est servi pour faire la calotte à montants rayonnants.

Que la chaire, par exemple, s'adapte à une ce* lonne, il faudra, à l'endroit de jonction, et sous le cuUde-lampe , et sur l'impériale , une traverse d'une forme assez originale ; Vous emprunterez aux voussures dés moyens pour l'exécuter.

. Je n'ai pas nommé toutes les pièces que l'on fiait entrer dans le trait des menuisiers ; mais qu'un élève ait dessiné les escaliers, les parties cintrées en plajtt et en élévation, les arêtiers, les calottes et le# voussures, qu'il en ait bien étudié, bien saisi le* principes, et il n'aura plus besoin de maître; 4 pourra foire , avec du goût et de la bonne volonté , toutes sortes d'ouvrages. Les ouvrages varient do formes et de dimensions, mais les principes , mate les opérations principales servant à les exécuter, n$ varient pas, et ie conclus qu'alors, pour pouvoir, on n'a qu'à vouloir.

Des hommes exagérés, mystérieux, et qu'on peut avec raison nommer les charlatans in trast,preten* dent qu'A faut quatre , cinq ans de leçons pour qu'un menuisier sache passablement le trait! ne croyez pas cela,

Celui qui a du courage et quelques disposition* peut, en vingt-quatre mois, dessiner les profils de mpulures, les figures les plus utiles de la géométrie,

• Cnl-de-lampe, pièce en forme de pyramide mtenée; et attachée m» h icoreda la chaire. '

* * impériale, lortc de dôme qui couronne 1a chaire.

une partie des ordres d'architecture et le trait; outre des dessins, il aura fait, en petit, des escaliers , des autels, des calottes et des voussures ; il aura fait enfin tous les modèles qui lui étaient nécessaires pour la conception de ses dessins. Ayant exécuté en petit, on exécute en grand avec

Ïrtus de facilité; les lignes étant alors plus écartées es unes des autres , on risque moins de se trom* per : le tout est de ne pas avoir peur des grosses pièces de bois.

. L'élève qui aura dessiné deux ans ne sera pas d'une force égale au maître qui démontre depuis l)on nombre d années : mais il pourra travailler, se développer, se fortifier encore sans le secours de personne ; et si ses dispositions naturelles sont supérieures à celles de son maître , il doit nécessairement à la longue l'emporter sur lui.

Il y a des hommes qui disent qu'il vaut mieux ne point dessiner que de dessiner peu. Je suis d'un avis contraire ; le peu que l'on fait peut avoir son utilité . mais je recommande de ne point précipiter ses études, et de bien apprendre le peu que l'on apprend.

0 vous , dont la modestie , dont les talents sont connus et appréciés, 6 vous Lyonnais L'Ami du Trait, Toulousain La Prudence , Suisse Le Résolu, Xafrance L'Ami du Trait, Bourguignon Franc- Cœur, Gascon, L'Ami du Irait, vous tous enfin % Compagnons courageux, qui, marchant dans la même voie, vous livrez à la démonstration, nonseulement par métier, mais par devoir, mais par dé* Tournent , mais par amour pour vos semblables , continuez la tâche que vous vous êtes imposée ! Vos méthodes sont-elles simples, qu'elles soient, s'il se peut, plus simples encore ? rendez le trait facile et attachant, faites de nombreux élèves, formez des hommes à la société, communiquez-leur vos talents; mais de plus inspirez-leur votre sagesse ; qu'ils ne "îent prévenus ni contre ceux qui élèvent les murs 'astes édifices, ni contre ceux qui les couvrent

DigfcedbyVjC * ' *

de leurs combles solides ». Qu'ils n'aient de prévention ni contre les métiers , ni contre des rivaux», ni contre des camarades. Ce qu'ils ont appris, d'autres peuvent l'avoir appris aussi , ou peuvent encore l'apprendre comme eux. Donc, s'ils ont des talents, qu'ils y joignent la modestie, cette belle qualité qui leur donne tant de prix ; qu'ils soient enfin comme vous êtes 9 et ils seront toujours estimés.

* Un baldaquin de la plus grande beauté, un ouvrage de charpente d'une complication extraordinaire, a été mis en 1839 à l'Exposition des produits de l'Industrie. Cette réunion de je ne sais combien de milliers de petits morceaux de bois, cet assemblage confus, original, mais délicat, mais sublime, ai quelque chose d*imposanl. Cet ouvrage sort de la main des Compagnons Drilles. Rendons justice a tout le monde : les Compagnons Drilles ont bien travaillé 1

» M. 01 hier, homme plein de bonté et de talents, est Compagnon du Devoir, il a été, à Paris, mon maitre de dessin, et je ne peux que l'en remercier ; il a donné des leçons à un grand nombre de Compagnons de notre Société. Grandiean, dit Maeonals le Chapiteau; Séverac, dit Toulousain la Prudence; Ciraudon,dit Provençal le Vainqueur; tous hommes savant» et établis chacun dans son pays, ont été de ses élèves.

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