MENUISIERS
Dans la Société des Compagnons menuisiers du Devoir dits les Dévorants ou Devoir ants ( on leur donne aussi le nom de Chien^^ commun à tous les Devoirants), il y a deux classes bien tranchées; ce sont, comme dans toutes les Sociétés se disant de maître Jacques, les Compagnons et les Aspirants. Les Compagnons tiennent assemblée à part, les Aspirants de même; un Compagnon commande rassemblée des Compagnons, le premier Aspirant commande celle des Aspirants. Les Compagnons pénètrent dans l'assemblée des Aspirants qu'un des leurs préside, et les Aspirants ne peuvent entrer dans l'assemblée des Compagnons. Les Compagnons couchent en chambre particulière , mangent à des tables où les Aspirants ne peuvent prendre place. Les jours des grandes fêtes, ils font festin à part et dansent à part; enfin il y a peu de liaison, peu de sympathie entre ces deux classes; les uns affectent des airs que les autres n'admirent plus. Ce oui le prouve, ce sont les discordes qui ont éciaté entre eux dans plusieurs grandes villes, et gui ont fait naître la Société des Révoltés , société très-nombreuse.
Les Compagnons menuisiers ne se donnent
S oint de surnoms; ils s'appellent par leurs noms e baptême et de pays , comme, par exemple ^
Pierre le GadnaiSy Hippolxte le Nantais^ etc., etc. Ils portent des petites cannes et des rubans verts, rouges, blancs, attachés à la boutonnière, comme les Gavots. Ils portent aussi des gants blancs parce qu'ils n'ont pas, disentils, trempé leurs mains dans le sang d'Hiram» Ils n'ont qu'un ordre de Compagnons. Cependant lé nouveau reçu, dit Pigeonneau^ fait un temps de noviciat. Chaque Compagnon fait tour à tour une semaine de rôle, comme dans toutes " les autres Sociétés.
Le Compagnon le plus ancien dans une ville €8t nomme le premier en ville, et les Aspirants le regardent comme un premier Compagnon.
S'il y a parmi les Compagnons un chef élu, ce chef est peu connu des Aspirants.
Us font usage du mot pays; ils se prêtent, entre Compagnons, un appui mutuel. Ils sont propres et passent pour être fiers, ils ne voudraient pas que les menuisiers et serruriers de Salomon pussent se dire Compagnons du Devoir de Liberté, mais Compagnons de la Liberté seulement ; il faudrait pour les contenter rayer le mot devoir, *
Les menuisiers des deux Sociétés sont rivaux certainement; mais ils en viennent rarement aux mains.
Les menuisiers enfants de maître Jacques, et quelques autres corps d'état soumis aux règles du même fondateur, ne doivent recevoir Compagnon, d'après leur Code, que des catholiques.
J'ai adressé, un peu plus haut^ quelques paroles amies aux Affiliés; yoserai, si des Aspirants Toulaient bien m'enlendre, leyr donner ce conseil : « Vos Compagnons manquent-ils de quel-
que Justice envers vous : sachez patienter et soufi^ir un peu; ce n'est qu'un temps de noviciat, qu'un temps d'épreuve, par lequel tous vos chefB ont passé: instruisez-vous, comportez-vous bien et faites-vous recevoir le plus tôt possible. Une fois Compagnon, portez dans le gouvernement, dans resprit de votre Société, les idées nouvelles et pn^essivffs qui doivent la rajeunir. Etes- vous éclairés ? Eclairez-vous davantage. Etes-vous bons? Soyez meilleurs encore. Soyez les véritables enfants de la France, soyez généreux et appliquez-vous, sans relâche, non à vous venger des humiliations gue vous pouvez avoir subies et qu'il faut oublier, mais à servir vos semblables et la cause de l'avenir et de la fraternité. »