‹ Le livre du petit citoyenChapitre 32 sur 77 · LES DEUX PÊCHES · texte numérisé non relu

LES DEUX PÊCHES

Je rencontrai un jour au banquet des anciens élèves d*un jÇrcSé de province, mon vieil ami Vital 2oHerbelot. . ., ^h ■

— Que f ais-tu ^ maintenant ? lui demandai-je. N^es-tu plus dans radmïmstraïioh r

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— Non. mofa vieux, répondit-il, je suis simple-

— Fermier! Toi! Comment cela? a^^^, ^jjjr;^^n cher, répondit-il en Jmnvles grands elfflts sont s6wmtproduus parTes causesies plus s msmSfiàïites. . . . J'ai donné ma^démission pour deiix pecnesT^

— Deux pêches ?

— Ni plus ni moins. Mais, prenons le café maintenant. Après, si tu veux, tu m'accompa-io gneras jusqu'à Chanteraine et je te raconterai cela.

Après le café, nous quittâmes la salle du banquet pour aller à Chanteraine et mon ami Vital commença son récit: 15

Tu sais, me dit-il, que mon père, vieil employé, avait choisi pour moi ime carrière dans l'administration. J'étais un garçon laborieux. Mon directeur me donna une position dans son bureau. On parlait déjà de moi conune d'im futur employé 20 supérieur. A l'âge de vingt-cinq ans, j'épousai une jeune fille très jolie, très bonne et très aimante, — mais sans fortune. C'était un tort grave aux yeux du monde d'employés dans lequel

Mon directeur était riche. Il recevait souvent.

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Il donnait de magnifiques dîners et, de tempsen tempsj'^mvïîaîr'â^ine danse les familles des tànc-^^^^^ tionnaires et des notables de la ville.

Un jour, mon chef annonça un grand bal. Ma s femme était malade, et moi, je irlSaî^as refuser son invitation. Je me prépare; je mets mon mbitt ma femme me fait beai^up de recommandations en arrangeant ma crl^te.^^

— Ce sera très beau ! me dit-elle. N'oublie pas to de bien regarder, pour me raconter tout en détail :

les noms des dames qui seronrâ la soirée, leurs ;^ toilettes et le ffl^nu du souper/caîny TLu?a'Un souper. Il paraît qu'il y aura un fSsoe bonnes

choses; ftoparle de pêches oui ob^ ^Ç^èS^ftî&<>«' v 1$ francs pièce. ... Oh ! ces pêcH^ ^is-tu ? Si tu étais gentil, tu m.^enr^BpëfltrSÈ'jlne. ^^^\

J'essaie de lui n\offi:er que la chose «n'est pas pratique. Je lui dis omMëniJ^sroflr^ un monsieur en habit de^a^ier un de ces fruité dans sa lo poche. Elle fâsiste. Jp murmure ime promesse *, vague et je pars w^eïnOTt. Au moment où je ferme la porte, elle mef crie encore :

— Tu me le promets ?

. Un très beau bal : des fleurs partout, des toilettes 15 mîèhfts, un orchestre excellent. Le préfet, le président du tribunal, les officiers de la garnison, tout

Les Deux Pêches

le monde était là. Mon ( fcecte ur n'avait nen '

epargté pour donner de^^iat a cette ' ^^ e: 'A minuit, on servit le souper, et, par couples, les danseurs passèrent da^Ja salle à ^^^^g^Èhct^ ^/T^^ erffiuL^Au'îfâlSuae la table, j'aperçus les s fameuses pêches. Elles êtaieni magnifiques!

|lles^excitaient l'admiration^géi^rale ; plus je les lajj^y^lus^on désir pMiait la forme d'une

:ésolus d'en prendre uîie ouu^

lO

deux. Mais abîment?. Les domesuqugs msafegit bonne pSoeamourde ces rS^^ cOTreufeâ pêches. Mon directeur offrit mîrîneme ses pêches à quelques amis. Et quand im prélude de l'orchestre appela lesdanseurs dans le salon, il y avait encore une dSïû-amizaine de ce^ beaux fruits. Je sums la fome, mais

[ue J'avais

fe la table.

:ardai

de reprendre mon ^feafigâli ffeiF^ laH^ dans un ^toBT^X étais seul près

^QTonjSrm, a gaucîie. PHFsoïSSe" JJ^Çns aejixao pêches et les mis dans mo^chapeau. Puis, très! calme en apparence, trœ cBgSe/'ra^is avec un]

^i^ur^aîteSçnî^de cœur ... .je quittai la salle

de ces beaux fruits, r ■ , nje rentrai ^us prétexte

a manger en teiïmnl^dî^èniHnqfbt mon chapeau

[on OTgrct^ était de^ trg^ver^er doucement le on, de sorSi

était de traverser doucement le , et der^poMiCT victorieusement

46 Petits Contes de France

à la maison les deux pêches cacne^ dans mon

La CToSSk n'était pas facile. Les couples val-^ saient. Pour sortir il y avait le salon à traverser, s J'arrivai près de la gprte. de rantichambre au moment où Ton orgamsart \ine nouvelle figure : la ^nseuse es^ pla!ï;6è4lu centre d'un cercle de danseurs ; elle lî&rif mi chapeau à la main et le met sur la tête du jeune homme avec qui elle désire

10 valser. ^jl^ 'ï l ^

1 oiK a coup, la fiiîe ae mon directeur, qui était dans le cercle, demanda un chapeau.

— Un chapeaji ! Qui a un chapeau? ,

En même temps,' elle ni'SpâlçUt tenant^ mon is chapeau contre ma poitmie: ^

— Ah ! me dit-elle,^vous arrivez à ^^t, monsieur Herbelot ! . . . Vite, votre chapeau !

Elle pnt^ mon chapeau bnisqùérnent. Les pêches roulèrent par terre. Tout le mondç ^(Jùrît^ ' 20 La jeune fille repnma un éclat de nre, puis me J**" rendant 'mon chapeau :

— Monsieur Herbelot, me dit-elle, d'une voix ironique, ramassez- donc vos. pêches!

Pâle, hagard, je sortis, écrasé de confusion. Le 25 lendemain, Thistoire courait la ville. Quand j'entrai dans monbiurèàd, mes camarades m'accueillirent par ce cri: "Herbelot, ramassez vos

pêclies!" Dans la rue j'entendis scWvem der-

■^nëte=taoi une voix murmurer: "C'est le monsieur

aux ^pêches ! " mût jours après, je donnai ma

48 Petits Contes de France

^ Maintenant, me dit Vital Herbelot, je suis heureux. Je suis fermier.^ Je cultive les pêches parce que je leur dois mon bomèurl ' *^

HANSLI LE BOSSU

C'était en 1830, dans un village d'Alsace, non

s loin de la frontière lorraine.

Là, demeurait un pauvre bossu, nommé Hanslî.

Hansli était joueur de violon. Le dimanche, il jouait pour les fiUes etflour les garçons qui dansaient sur la grande ^placÊ^ et il trouvait toujours

10 sur son violon les plus jolis airs . .

Or, Hansli, le garçon le^ms pauvre et le plus difforme de la contrée, aimait la plus belle et la plus riche des jeimes filles du pays : la jolie Suzel, la fille du bourgmestre Hauser.

15 Hansli ne parlait à personne de cet amour. Seulement, le soir, quand le village était endormi, u restait de longues heures sous la fenêtre de Suzel. Il exprimait sur son violon la passion que sa bouche n'osait avouer. Elle emplissait tout

20 son cœur et toute sa pensée. Elle était l'inspiration de ses airs remplis de tendresse, d'amour et de mélancolie. .

-Quand la récelt e du houblon est terminée, il y a grande fête dans les villages d'Alsace.

Hanslî le Bossu 49

Ce jour-là, c'était la 'Tête du Houblon." Toute la jeunesse des ^n^nns était venue au village pour la fête. On avait ^organisé un concours de danses pour ^ûiBr, parmi les plus alertes et les plus gracieuses, la reine de las fête.

Beaucoup de filles dansèrent; Suzel dansa à son jQUt. Hansli joua la valse qu'il avait composée pour elle. La valse était si jolie et le pauvre bossu joua avec tant d'âme que la belle Suzel fut 10 choisie reine de la fête. - — V

Alors, fou de joie, oubliant un instant qu'elle ne pouvait pas l'aimer, Hansli osa déclarer son amour à Suzel. L'étonnement de la jeune fille, le regard involontaire qu'elle jeta sur la bosse du is pauvre joueur de violon, le ramenèrent bien vite à la réalité. Et pour augmenter sa honte et sa douleur, le bourgmestre Hauser, le père de Suzel, le chassa avec des paroles brutales. Il déclara que Suzel était promise au beau Fritz et qu'on 20 célébrerait le lendemain les fiançailles.

Fritz ! . . . Fritz épouserait Suzel ! . . . Comme il détestait ce Fritz qui riait toujours de lui! . . .

Le pauvre Hansli fit quelques pas en chancelant 25 et tomba dans un coin, où il pleura longtemps. . . .

La nuit est venue. La fête est terminée. La ^

So Petits Contes de France

lune éclaire la place déserte. De petits êtres étranges sortent de tous côtés, silencieux. Ils écoutent aux portes; ils escaladent les fenêtres pour regarder dans les maisons.

s Ce sont les ''petits hommes de la montagne," les gnomes. Ils sautent, courent. . . . Mais, soudain, ils s'arrêtent. ... Ils entendent un soupir, une plainte. Ils ne sont donc pas seuls? Quelqu'un est là ! Et vite, comme des souris, ils

10 disparaissent dans les coins sombres, dans les trous, dans les branches.

Une forme humaine sort de Tombre. C'est Hansli. Il est trop malheureux; il veut mourir, mourir devant la maison de Suzel ; mais, aupara-

15 vant, il jouera le chant d'amour qu'il avait composé pour elle. Ce sera son dernier adieu. Il joue, perdu dans son rêve. Bientôt, les têtes curieuses des petits gnomes apparaissent, attirées par cette musique. Hansli ne voit rien, n'entend rien.

20 Avec la dernière note, il envoie son dernier baiser vers la fenêtre de Suzel. . . . Oui, il veut mourir. Mais tout à coup, il regarde autour de lui et voit tous ces petits êtres étranges.

Est-ce un rêve? Mais non ... les

25 gnomes viennent à lui; ils l'interrogent avec intérêt.

Pourquoi veut-il mourir?

Hansli le Bossu

SI

Parce que sa vie sans l'amour de Suzel est odieuse II est diffoime et ne possède au monde que son violon Les petits hommes examment cuneusement le violon Apres quelques instants, ils le demandent à Hansli C'est son seul ami : s

un ami qui le console "''■*~,^ * ' bien souvent. Mais puisqu'il va mourir, il peut bien le leur donner. Il embrasse une dernière fois son vieux compagnon et le donne aux nains. Les nains le placent la au milieu du cercle qu'ils formaient. Puis, sciant, tapant, collant de petits morceaux de

boîs, ils fabriquent en quelques moments une multitude de petits violons sur le modèle du grand.

La joie des petits hommes de la montagne

s est grande. Mais ils ne sont pas ingrats. Sur un signe de leur roi, trois petits docteurs apparaissent en robes noires. Ils examinent la bosse d'Hansli ; puis ils ont une consultation. Le pauvre joueur de violon est terri^^^^J^esdocteurs 7ont un geste

10 et trois autres nains apparaissent ^mânt "^ur , /!.. leurs ^2â^^ ^^^ énorme nacjie dg^ R ^hergn .

Un ! deux ! trois ! La liache tombe sur l'épaule d'Hansli et la bosse jipule'^à terre. Hansli est beure^ xi/ Léger comme un oiseau, il chante, il

15 saute, il danse. Tout à coup, îl aperçoit le méchant ^Fri^z quiSSfl'de la maison de Suzel. Fritz

voit le joueur de violon et veut ag Jeter sur lui — mais les nains Tarrêteiit aussitôt. , Ah ! ce beau Fritz rit des malheureux comme 2o Hansli ? Eh bien ! Il ne rira plus. Et, sur Tépaule de Fritz, les trois petits docteurs, à grands coups de marteau, clouent soudement la bosse du joueur de violon. '

Le lendeinam, pendant toute la matinée, les in-

25 vîtes viennent 'à la ferme du Êourgmestrë Hauser

pour célébrer les fiançailles ^e Suzel et de Fritz.

Hansli le Bossu 53

Tout le monde est là . ... mais, le fiancé n'est pas gacpre arrivé. On FattendyiA ^^ ^umct

^nfin, ïp vôîlà ! Mais non, c^est Hansli, Hansli, savesie suf l'épaule. Il a bien une deses épaiiles plus hàiîfS que l'autrp ; pB^ùrl^K^ s ^'"^

Mais Fritz! Fritz! ^e fait-il? Cette fois, c'est luî.^ii arrive enveloppé^dans im grand nSIS^u. Il est bien changéaussi. .^^j^.* . - ^ .^^^^

Xu moment ou&j^ vers la table pour signer ** le contrat, Hansli tire le^ manteau de son rival 10 — —le beau. Fritz était *1)ossu! Tout le monde le .voit. . . . .Tput le monde est consterne.-'. . . ' ^^Honteji?, îumeu^^ ^^^

L^ ^Hansli enlève sa vesfe et les in^tés voient que \ySSi bosse frelait qu'im bouquet de fleurs. Alog^is

il offre^ce boLiquet à Suzel en la supplianj:^,jje M

• jE£co^ r ^mSn/ Le père Haiiseftjne veut pas.

/ Hansli n'est pas bossu, c'est ''vrai, mais il est

pauvre.

Dé^e^éré, Hansli appelle ^on ami le ''Roi des 20 ^^^iili^^^^ ^eé&tW?. Soudain, un grand coup de» tSftœm^ retentit. Tout le monde tombe à ■èmne. De tous côtés sortent les petits Hommes de la montagne avec leur roi et leur reine. Toujours dansant, les nains placent une 25 vieille marmite devant Hansli; puis ils disparaissent comme par enchantement.

Petits Contes de France

Les invités relèvent la tête. Miracle ! La mannite est pleine de louis d'or' Les petits hommeb. l'ont fait beau et maintenant ils le font riche Cette fois le bourgmestre Hauser n'a plus

î d'opposition à faire et tout le monde est heureux. . . .

Et voilà comment le joueur de violon Hanslî épousa. Ja jolie Suzel.

Le Sergent Pidoux 55

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