LA QUIDD1TÉ OU DE LA VRAIE VOIE
Se perfectionner pour devenir lumineux, et comme le soleil, échauffer la vie idéale, latente autour de soi, voilà tout le mystère de la plus haute initiation.
Le péché originel pèse sur tous les hommes, non parce que Adam le commit, mais parce que tous les hommes l'auraient commis.
Il y a trois degrés en esthétique comme en ascétique, la sensation de Dieu, le sentiment de Dieu, ridée de Dieu.
Les cinq mille ans historiques qui précèdent la venue de Jésus-Christ ne nous montrent que des théocraties, sauf Carthage et Femporocralie punique.
L'Egypte, la Kaldée, l'Assyrie, l'Inde, la Chine,
Israël, la Perse, la Grèce et Rome sont, avec la Phénicie, les dix protagonisrn.es de l'humanité.
Ce n'est pas le lieu de rechercher l'origine atlante des Égyptiens, ni l'origine égyptienne de la Kaldée : il suffît à la thèse d'établir que la théocratie fut permanente et universelle ; la vie publique, comme la vie privée, dépend de la morale et celle-ci emprunte ses formes efficientes à la religion.
Quant à cette sœur de Caiihage en infamie, qui étendit ses tentacules de l'Atlas au Caucase et du Tage au ïanaïs, Rome, sans existence cérébrale, seulement patriote, réédita les tueries orientales.
Les fils de Scanda ou Cimbres ou Slaves, restés barbares, s'apprêtaient au pillage prochain de Rome. A ce moment, il n'y avait plus de religion vivante ; l'homme moral avait disparu de l'histoire, et les Esseniens et les thérapeutes ne pouvaient influer que sur l'individu. Jésus parut : il était temps ; les Goths ou Godins, sectateurs d'Odin, sorte de Mohammed du Nord, s'apprêtaient à submerger la civilisation entière.
Constantin sauva tout, en se faisant chrétien et transportant l'empire à Conslantinople : un peu plus d'un demi siècle après, Alaric prend Rome et détruit l'empire d'Occident.
Un déluge de brutes humaines passe sur l'uni-
vers à nouveau ; Clodowig, une de ces brutes, trouva en sa femme un ange ; et la sexualité fit ici un de ses grands offices, le chef des Francs devint chrétien.
Une sœur de l'empereur Basile fit baptiser son époux, Knès de Russie, Volodimer. Miscias, duc de Pologne, fut converti par sa femme. Le roi de Hongrie se fit chrétien aux instances de sa femme Giselle, sœur de Henri l'empereur.
Procope n'a pas osé avouer à la postérité les horreurs Gothiques. Nul plus que moi n'admire R. Wagner, mais sa race seule a pu diminuer son génie, au point de ressusciter les ignobles symboles de la secte d'Odin.
Au ixe siècle, qu'on y songe, l'Italie était redevenue sauvage, couverte de forêts et pleine d'animaux dangereux.
Parmi les fondateurs de religion, il y a deux malfaiteurs, deux patriotes, Odin et Mohammed ; ces misérables ont armé leur race contre toutes les autres, et on retrouve dans le mauvais cœur anglais, la trace du Troglodytisme moral.
Les Kalifes, en moins d'un siècle, maîtres de l'Asie et de l'Égypte, conquirent l'Espagne. Sans la victoire de Poitiers, la France était soumise au Croissant : et cependant, dès le xe siècle, le Kalifat de Bagdad n'était plus qu'un fantôme sous la
main des Tatars ou Turcs, autre séquelle qui a fourni la triste race ottomane.
Charlemagne a tous les traits du théocrate; cependant il commanda à son fils de prendre la couronne lui-même à Aix-la-Chapelle : cette couronne, dit d'Olivet « tomba de la tête de l'enfant sur celle d'un comte de Franconie. » Au reste, qu'il s'agisse de Temugin le Tatar ou de Mahommed II, de Godefroy de Bouillon ou de Simon de Montfort, partout la volonté aveugle se culbute avec l'implacable destin.
La féodalité est une phase générale de la formation monarchique dans toutes les races. Le luxe permit à l'art de paraître, la vanité de la brute militaire toléra le troubadour, entre le clerc et le page ; pendant les absences du mari, croisade ou expédition, la femme s'affina, les mœurs changèrent. Qui ne découvre dans la chevalerie un endiguement de la sauvagerie des barons? Ces ivrognes de meurtre furent enrégimentés sous une conception idéale ; le fait d'armes, accompli au profit de l'innocent et du faible, les honorait davantage, l'idée de justice se glissa dans leurs pauvres cervelles, tandis qu'elle abandonnait l'âme des religieux. L'inquisition, malgré tout ce qu'on a dit, à notre époque où le besoin d'une discipline intellectuelle se fait si fortement sentir, étonne et sou-
lève une indignation que le cours des siècles n'épuisera pas. Ferdinand, Conrad et Hugues Capet affermissent leur monarchie ; l'Italie ouvre une parenthèse dans la forme politique emporocratique et communale comme bientôt la Hollande et la Suisse : tout le reste de l'Occident évolua en formule monarchique.
Au lieu de hordes, ce sont des armées qui continueront les vices humains : Ferdinand massacre les Sarrazins, les Anglais dévastent la France, les Espagnols et les Portugais ruinent l'Amérique de fond en comble, Luther vient ajouter à la confusion, attaquer les arts eux-mêmes et fournir des prétextes religieux à des ambitions politiques.
Montesquieu a découvert cette facétie, que la République a pour principe la vertu, et la monarchie, l'honneur :ou l'auteur des « Lettres persanes » a plaisanté, ou bien c'est un enfant ; si la forme démocratique implique la vertu, il n'y a pas d'hésitation et quiconque n'opte pas pour elle, mérite l'ostracisme. Quant à l'honneur monarchique, s'il diffère de la vertu il n'est pas l'honneur; car concevoir l'honneur sans la vertu, c'est créer le dogme même de l'immoralité. Ce spirituel magistrat eut mieux dit en donnant à la république l'intérêt comme principe et à la monarchie Finfatuation.
Dès que le grand nombre domine, il est question de besoins : au contraire, quand un seul est le maître, il s'agit surtout de vanité. Le peuple convoite des satisfactions d'instinct ; le despote rêve des satisfactions d'amour-propre, l'un a plus d'excuses, l'autre moins d'impériosité ; mais ils se valent au résultat. L'Etat ne trouve sa réalité ni dans l'honneur d'un homme, ni dans la satisfaction de beaucoup, mais dans la seule justice.
Il y a la justice entre citoyens, ou municipale, et la justice entre nations ou justice humaine.
Or, après avoir réfléchi au bénéfice qu'on peut tirer de ramollissement général des latins et de la sensibilité un peu maladive de l'Occident, j'ai cru le moment opportun pour instruire le procès du nationalisme et montrer que les horreurs de l'histoire prennent leur source dans ce que les moralistes appellent la fausse gloire et que je nomme, moi, le désastreux profit.
Je demande pardon de ces mots antithétiques, mais ils désignent ces avantages, souvent prodigieux dans le présent et que l'avenir rend néfastes. L'Espagne et le Portugal, ces pays lamentables, et si parfaitement ruinés, qui tiennent à la civilisation, plutôt par leur territoire que par leur valeur, n'ont-ils pas eu un profit extraordinaire dans leur conquête du Nouveau Monde ?
Gomment l'envisager sans épouvante ? Si la France, l'Angleterre ou l'Allemagne pouvait renouveler les déprédations des Goths et fournir la carrière des fils d'Odin et de Mohammed, elle s'y précipiterait, sans une hésitation chrétienne, sans un scrupule d'humanité.
On ne peut pas demander à un homme qui pense de se désintéresser de l'idéal, pour s'inféoder aux mauvaises passions d'un pays!
Quelle inutilité de s'occuper de l'intérêt idéal d'une race, avant d'avoir pourvu à sa paix l'Occident se ruine et se déperd pour se garer des voisins; tant que l'Opinion n'aura pas posé un frein aux instincts nationaux, le monde moderne ne connaîtra pas la sécurité. Jadis, les guerres ne frappaient que sur les fortunes : l'Inde n'a jamais arraché le laboureur à sa charrue, ni aucune époque le prêtre à l'autel, le professeur à sa chaire, le savant et l'artiste à leur œuvre.
Aujourd'hui, un agrégé d'histoire esl à la merci d'un adjudant; or, un professeur d'histoire, fût-il le plus médiocre des hommes, ne peut pas avoir d'autre sentiment que de la pitié devant le drapeau.
L'obéissance passive ne s'obtient que desillet. très; on m'objectera Polytechnique, et les Écoles de Guerre, mais on peut être un ingénieur sans
génie et un mathématicien sans pensée. L'assimilation d'un procédé intellectuel ne constitue pas l'entendement.
Mac-Mahon devait en savoir aussi long qu'un lieutenant, et cependant nul n'osera parler de sa conceptualité.
La Métaphysique et ses vues de synthèse constituent une caste cérébrale différente du praticien des sciences comme du sensitif des arts.
Les opinions souvent ne sont que des tempéraments qui s'expriment; les bilieux et les sanguins vous diront que la guerre est une des formes de la vie. Rien de plus difficile que de parler au nom de tous ; il y aura toujours un parti qui protestera, le parti des gens qui aiment à être battus. Les israélites regrettèrent l'oignon égyptien qui manquait à. leur liberté.
Un imbécile me disait un jour: «j'aimerais mieux mourir que d'aller me confesser comme vous,» et le personnage avait fait, sans souffrance, trois ans de caserne.
L'homme du Sceptre qui donnera à tous les mêmes libertés et les mêmes obligations ne satisfera personne. Il y a des hommes domestiques et des hommes sauvages : il y a des êtres qui meurent sous la contrainte, tandis que d'autres s'y développent. Les analogies animales suffiraient à
éclairer, mais cela est trop simple pour ces graves niais que sont les hommes d'État. Ils conçoivent un homme type, simple reflet de leurs notions et ils le préfèrent, d'après le mannequin.
Lutte des races à l'extérieur; lutte des castes à l'intérieur: telle, toute l'histoire.
Dès la fin du xie siècle en France, l'esprit communal se levait contre le noble et le roi en profita; la noblesse abaissée, la bourgeoisie parut à son tour et 89 fut son avènement.
Aujourd'hui, le peuple veut conquérir l'hégémonie. Si le règne de la bourgeoisie a duré un siècle, grâce au pli terrible imposé à la nation par le soudard du Directoire, que durera le protagonisme populaire?
Pour repousser d'un même coup les passions égoïstes sans les léser, l'État doit imposer une notion idéale; mais protester de son amour du bien et de son dévouement à la chose publique, invoquer la Patrie ou la Providence, ne signifie rien .
L'homme du sceptre pourrait dire au peuple :
— « Je ne te demande pas ce que tu veux, voici ce que je peux : tes seuls droits sont tes besoins, la nourriture, le vêtement : et le toit : si tu veux plus, prouve que tu mérites, en t'évertuant; mais si tu viens te mêler du gouvernement, tu seras châtié. »
L'homme du sceptre dirait au bourgeois:
— « Toi aussi, tu n'as d'autres droits que tes besoins et tu es vaniteux : je vais te donner tous les emplois, sauf la justice. »
Et enfin à l'intellectuel:
— « Tes droits sont tes facultés ; c'est toi dont l'esprit a le plus d'étendue et le moins de préjugé, sois le juge; mais n'oublie pas de respecter le besoin du peuple et la vanité du bourgeois. »
Quant au pouvoir exécutif, il faudrait qu'il ne fût jamais mêlé au législatif : un amiral ne peut pas juger un marin ou un capitaine un soldat, il ne peut que le condamner.
Le juge ne doit être que juge; ainsi l'exige la sécurité de tous. Mais veut-on voir où les prétendus intellectuels en sont arrivés et ce qui est sorti de Hegel, en plus des Strauss, des Fichte, des Hartman, des Fueurbach ? écoutons Max Stirner :
« L'avenir du monde est celui de l'indépendance absolue de l'individu, maître de lui-même et de toutes choses » — indépendance absolue ! maître de soi ! toute-puissance — folie !
Ecoutons-le encore:
« Vous vous imaginez que je tiens ma doctrine pour bonne? Je suis moi-même ma doctrine. Le bien et le mal ne sont que des fantômes de l'ima-
gination comme l'humanitarisme ou l'égoïsme. Nous sommes tous parfaits: ceux qui se croient pécheurs sont des insensés... Toutes les vérités sont en dessous de moi. »
N'est-ce pas la lycanthropie attribuée au monarque assyrien? Louis XIV, cité comme le parangon de l'orgueil, croyait sa doctrine bonne ; il gardait la notion du bien et du mal, il se croyait supérieur à ses sujets mais non parfait ; il se savait pécheur et reconnaissait enfin quelques vérités au-dessus de lui.
L'Allemagne n'a pas concentré tout son venin dans le moine de Wittemberg et la philosophie allemande blasonnera les prochaines guillotines : Kant, Hegel, sont les parrains de l'anarchie et la dynamite de nos jours n'est que la mise en pratique de leur déraison.
ARCANES OCTÉNAIRES
V histoire est une science, une biologie collective, les événements comme les phénomènes dégagent un déterminisme.
Il y a deux permanences dans la vie : la volonté de V individu, la Norme de F espèce.
Le caractère le plus permanent de l'état social a été pendant cinq mille ans : la théocratie.
Il y a trois siècles } le principe religieux l'emportait encore sur les nationalités.
Cela provient, de ce que la société base son existence sur la morale, et que la morale se base sur la religion. Elles forment ce qu'on pourrait appeler : les hautes mœurs.
La religion, sauf dans un enseignement secret , n'a pas
mission de paître les exceptions, mais la totalité humaine : elle est donc d'essence animique et partant, s'est propagée d'abord par les femmes.
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La morale n'étant virtuelle que par le rite religieux, une civilisation n'est jamais que le reflet d'une religion.
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Les Goths, comme les Mahométans, étaient aussi poussés au mal par Odin et Mohammed que les chrétiens en sont écartés par le verbe de Jésus ; il y a donc de bonnes et de mauvaises religions.
Les mauvaises religions sont nationales : tel le Mosaïsme, l'Odinisme et le Mahomètisme.
77 ne suffit pas d'être tolérant ; il faut être catholique, c'est-à-dire universel.
Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, est un blasphème, car cela suppose d'autres dieux pour d'autres hommes ; ou cela donnerait à penser que Dieu ne regarda jamais que ses pires créatures, en une partialité dépravée.
LXVT
La plus extraordinaire insolence de l'homme a été
d' entraîner Vidée de Dieu dans son parti, et de le compromettre parmi ses aventures.
Nul doute que le cardinal Richard ne chante unTe Deum, si V Etat le lui demandait, pour n importe quelle victoire injuste,