L'ORIGINE OU DE LA MÉTHODE
La suprême laideur c'est la démocratie ; la suprême méchanceté c'est le militarisme ; la suprême barbarie c'est le progrès.
Il n'y a qu'une preuve de la valeur d'une femme : son homme, mari ou amant.
L'Aristie nous enseigne à refuser l'événement concordant à notre appétit, s'il disconvient à notre idéal.
Le pouvoir absolu n'a jamais existé en Occident : Louis XIV se promenant avec Samuel Bernard implorait son aide et ne la forçait pas. En Orient, où les mœurs remplaçaient les lois, la volonté du despote, sans entrave dans le fait, instantanée, se heurtait et parfois se brisait devant l'in-
tervention du Prêtre comme Frédéric Barberousse fut terrassé par Hildebrand.
Des esprits d'une incontestable culture et des hommes de sensibilité toute chrétienne, comme Renan, ont conçu le tyran intelligent et bon comme l'idéal politique : mais si on examine une autocratie, la Russie actuelle ou la Perse de Xercès ou l'Assyrie, on voit que le gouvernement tourne à l'oligarchie.
Il n'est pas exact de faire de ce mot oligarchie synonyme de riches, cela ne serait vrai : mais de fonctionnaires.
Dans la monarchie, chacun tient ses pouvoirs du Roi, mais chacun en use à peu près à sa guise pourvu que l'ordre règne et que rentre l'impôt. Le gouverneur français d'Indo-Chine n'est-il pas monarque, simplement feudatairede France, comme son collègue le gouverneur des Indes s'appelle vice-roi ?
La délégation de pouvoirs constitue l'oligarchie, surtout dans un pays où la Prévention peut vous garder six mois en prison, sans aucun dommage pour elle, si elle se trompe.
Le nombre de charbonniers, fonctionnaires maîtres chez eux, en République constitue une oligarchie.
Aristote distingue quatre formes oligarchiques :
loi
celle basée sur le cens ; celle qui se recrute dans certaines familles ; celle qui est héréditaire ; celle enfin où le magistrat décide, et non la loi : toutes quatre sont des variétés de la Ploutocratie.
Or, elle ne serait pas à rejeter, si les fonctions entraînaient de telles charges, que tous les revenus du riche profitassent à la communauté; et même que, dans un temps déterminé, ils fussent ruinés par les honneurs conférés.
Mais il y a de l'absurdité à rétribuer un riche en même temps qu'on l'honore ; d'autant que le riche a moins d'intelligence et d'application que le pauvre.
La bourgeoisie veut mater le peuple, et le peuple déposséder la bourgeoisie : or, la bourgeoisie a raison de ne pas se laisser écraser, le peuple ne saurait avoir tort de vouloir mieux vivre. Qu'ils partagent, et la vanité d'un côté aidera la misère de l'autre!
Toutes les fonctions devraient être aux enchères : une commune a telle dette, ou besoin d'un pont, ou d'une route, ou de tel autre subside : celui qui fournira sera le M. le maire ou M. l'archonte, voilà qui est simple et contente tout le monde. La seule raison des honneurs nationaux c'est de faire rendre gorge aux riches, au profit des pauvres.
Les Rothschild ne devraient-ils pas être depuis longtemps les Protecteurs de la République, avec piquet d'honneur, aubade, sérénades, parades, et traités par l'Etat comme M. Dimanche par son tailleur? On n'a plus de respect pour la noblesse et on a raison : plus une maison est ancienne, plus ses ascendants ont été criminels et plus ses descendants sont abâtardis.
Les artistes, évocateurs du passé, ont continué le prestige des noms, parce que ces noms étaient des mots magiques : Rouillon, c'est le royaume chrétien de Jérusalem, Coucy, c'est le plus fort des châteaux et le plus hautain des barons, dans l'imagination d'un millier d'êtres. Il eut mieux valu restaurer les manoirs que le prestige des nobles, qui ne sont plus aujourd'hui que des gens du monde, ou des hussards à peine distinguâmes de leurs collègues manants.
Mais ce respect ôté aux noms historiques, on l'a voué aux coffres-forts remplis : sans idée d'emprunt, sans aucun espoir de profit, abstraitement le monde actuel salue la fortune; mieux vaudrait saluer les merlettes.
Qu'est-ce que le riche ? c'est l'individu qui possède plus de moyens de se satisfaire qu'il n'a de besoins. On ne peut appeler riche, le noble ou le bourgeois qui a femme, enfants et trente mille li-
vres de rente : avec des obligations mondaines il y a plutôt pénurie. En thèse, une rente de mille francs par mois et par personne constitue l'aisance légitime. Au-delà, commence le devoir de dispersion : la loi ici eflaroucherait tout le monde, même les bénéficiaires, les mœurs seules peuvent agir.
Comment ! on a pu, sans soulever une révolution, disposer de la personne même des riches et les jeter à la caserne, au vaisseau, à la maladie et à la mort ?
Et leur fortune leur serait plus chère que leur liberté et leur vie ? Quelle calomnie invraisemblable !
Le cens au lieu de permettre la fonctionnarisme devrait l'impliquer. La fortune crée des loisirs, et l'homme de loisir est vaniteux ; surtout en France où être quelque chose paraît préférable à être quelqu'un.
L'aristocratie est une sorte d'oligarchie, puisqu'elle ne donne le pouvoir ni à un seul, ni à tous, mais à un petit nombre ; seulement l'oligarchie est un pouvoir de fait, sans idée morale, et l'aristocratie signifie élite, et non richesse.
Comment préciser l'idée d'élite? Aristote entend les hommes les plus vertueux, sans se douter qu'il désigne les riches. Quoique le besoin ne soit pas
la cause majeure du crime, il est certain que le riche peut satisfaire les pires passions avec une assez grande sécurité et corrompre même lajustice si elle voulait sévir. Or, la vertu est une matière d'opinion, et plus on a de fortune, plus on est maître de l'opinion.
Au langage ordinaire, l'aristocratie a le sens d'eupatride, et signifie la naissance : elle nous a valu, après Louis XIV, une suite de pauvres êtres bons pour la vie privée, y compris le podagre final, le déplorable bourgeois de Frohsdorff ; quant aux gens du noble faubourg de Paris ou des provinces, aucun ne présente de qualités d'Etat, à peine ont-ils encore la cassure élégante de la poupée diplomatique. La science serait un critérium bien imparfait : ce que l'Ecole Normale supérieure nous livre, ce que les facultés mettent en chaire, ne nous servirait pas beaucoup ; et l'élite recrutée selon le savoir, comme l'élite selon la vertu, sont deux impossibilités.
De tous les mots désignant une forme politique celui d'Aristocratie fait incomparablement le meilleur effet, mais Aristote lui-même l'entendait mal, puisqu'il cite Carthage comme exemple aristocratique.
Il y a trois éléments qui se disputent l'égalité dans le gouvernement : la liberté, la richesse et
la vertu ; et, assurent les anciens, la vertu est le caractère propre de l'aristocratie.
Les deux éléments premiers sont aisés à concevoir : la liberté et richesse ; mais la vertu ? Le comte de Ghambord, bourgeois vertueux et roi nul, fut-il vertueux? oui, comme un homme privé, non, certes, comme homme public.
Que faut-il considérer pour découvrir la vertu? les mœurs privées, et Louis XVI est un honnête homme, les mœurs publiques, c'est un imbécile qui fait des serrures aux appartements de sa femme, tandis que son pays va sauter.
Que dirait-on d'un capitaine de vaisseau, excellent homme au demeurant, qui taillerait des noix de coco au lieu de veiller à la barre, par une mer démontée ? Débarqué et en retraite, ce capitaine fera un bon contribuable ; mais à son bord et responsable, c'est pis qu'un scélérat, c'est un niais. Le moindre illettré dans une pharmacie empoisonnera plus de monde qu'un pervers ayant un mauvais dessein, mais conscient de ses actes.
Telle la cérébralité, elle reste réfractaire aux certitudes métaphysiques et que, de siècle en siècle, elle oublie et annone à nouveau. Chaque moment de l'histoire montre, chez les protagonistes, un insouci complet de l'expérience.
Cette faculté de la politique comparée qui, à
propos d'un cas actuel, évoquerait critiquement tous les homologues de l'histoire, voilà ce qui manque d'ordinaire aux théoriciens.
Chacun répète la formule consacrée, sans la comprendre : faire la place de l'homme de génie en politique, c'est s'exposer à la voir rester vide, ou, ce qui sera pis, occupée par des intrigants.
Il est pourtant nécessaire de découvrir la notion sociale de la vertu, et de donner le signalement des meilleurs ; on ne peut dire ni qu'ils sont parmi les officiels, ni qu'ils n'y sont pas.
Parmi les petits jeunes gens de l'école des sciences politiques, il y a peut-être quelques valeurs : quoique improbable, ce n'est pas impossible.
Prenons donc la société par en bas, et voyons si nous ne découvrirons pas la formule réelle de l'aristocratie? Le travail matériel a trois catégories, le cultivateur, l'ouvrier et le commerçant.
Mais voici que la matière nous donne : le grand propriétaire, un riche ; l'ingénieur, un monsieur et le commerce, un spéculateur : oligarchie certes, non pas aristocratie.
Les plus intéressés dans une question sont les plus éclairés mais aussi les plus passionnés, et partant, douteux comme arbitres.
Quels que soient l'égoïsme et l'âpreté au gain
qu'on leur attribue, l'agronome, l'ingénieur d'usine et le négociant ont une qualité, la compétence, qui manque aux avocats médecins et journalistes delà Chambre : aussi devrait-on créer trois Chambres correspondantes à l'aristocratie du travail.
J'entends déjà l'ouvrier protester devant ce syndicat des patrons : oubliant que cette Chambre du travail n'est rien que consultative, élaboratrice de la Loi ; sur son mémoire ou son cahier serait prise la décision du pouvoir qui aurait alors à considérer les droits de la glèbe, de la main d'œuvre et du commis.
Le commerçant ne vaut pas cher, moralement : c'est le bourgeois en activité, comme le bourgeois est un négociant retiré, et il accepterait sans scrupule que le pays fit une guerre pour écouler sa cotonnade. Le rôle du pouvoir est de planter les faisceaux de justice au milieu des intérêts. L'industriel a l'âme moins basse, mais de peu ; quant à l'agronome, il peut être scélérat en Irlande, mais en France, par exemple, la canaille c'est le paysan, sans qu'il ait beaucoup de circonstances atténuantes. Je n'ai pas la place de les discuter, je pose le fait : le paysan ne vaut rien ; il est moralement au-dessous de ses bœufs.
Après la catégorie du travail matériel commence la bourgeoisie ; en soi, l'homme qui se promène
tous les jours, sans aller à un gain, est un bourgeois ou rentier. Cette espèce a un bien grand respect de l'autorité, née conservatrice, satisfaite de peu, idéal contribuable et tiré de cette perfection par la femme légitime ou maîtresse. Nulle part, en aucune ville, je n'ai vu, aux heures d'aller au travail, autant de femmes qu'à Paris ; la race féminine y est courageuse, fine, et bien supérieure à l'homme.
Le nombre des demoiselles de magasin ayant du comme il faut, a étonné Graindorge Taine : il aurait pu ajouter que la rue du Sentier, d'un bout à l'autre, a été assise par des femmes. Au resle, de tout temps elles ont été cause de la pénétration des classes supérieures par les inférieures : les fortunes ont été faites pour elles, comme elles seront dépensées. Mais la Vénus éternelle, si sensible à l'uniforme militaire, a souvent l'amourpropre de la fonction, de tout ce qui orne son homme. Combien d' honnêtes femmes par le m onde, incapables d'un amant et prêtes à tout pour fleurir la boutonnière de leur époux. L'Angleterre a déjà admis la femme au vote paroissial et à celui de la Comté ; fantastique folie : le jour où l'homme général ne sera plus le cheval indispensable à. enfourcher pour son initiative, le jour où l'homme ne sera plus le moyen de la femme, nous verrons
la fin des mœurs latines ; car incapable d'être l'égale de rhonime, elle n'en sera plus que le despote méprisant, ou l'entreteneur luxurieux.
La haute bourgeoisie, en nos mœurs, comprend la grosse fortune qui se fait ou l'aisance faite de principes égoïstes mais d'un grand amour de l'ordre, et plus vaniteuse encore qu'intéressée; ils sont désignés pour les emplois d'administrations. Bureaucrate en bas, financière en haut, la bourgeoisie peut fournir, par ses hauts représentants, un sénat des finances, qui proposerait et documenterait les matières d'argent: c'est là que la propriété a ses enthousiastes, c'est là qu'elle trouvera ses docteurs. 11 n'y aura plus qu'à déduire, comme pour la Chambre du travail, leurs passions de leur opinion.
Quant à la noblesse, celle qui n'est pas dans la cavalerie doit être envoyée au corps diplomatique, non comme politique, mais comme représentante des belles mœurs.
Les Musées et les bibliothèques appartiennent de droit aux écrivains, ainsi que tous les emplois des Beaux-Arts; ceux de l'instruction publique aux savants. Il n'en est pas ainsi. MM. Gréard, Kaempfen, Rougon, recteur de l'Université, directeur des Musées, directeur des Beaux-Arts, sont
sans œuvre, sans compétence et sans valeur, ce sont des commis politiques. Les examens ne prouvent que de la mémoire; les thèses valent mieux, les livres valent tout à fait. La Chambre intellectuelle devrait être composée de ceux qui ont le plus et le mieux œuvré : mieux vaut un Proudhon qu'un Rousse ou un John Lemoine.
L'Aristocratie ne peut donc se fonder que sur les virtualités ou capacités et cela, on peut s'assurer, ne sera jamais héréditaire. La preuve des capacités doit être prise dans la production même, autant au matériel qu'à l'esthétique.
Quant à la Chambre suprême, elle devrait être élue par des délégués du travail, de l'Economie, de la Propriété et de la Culture. Jamais, ni militaire, ni marin, ne saurait paraître en aucune de ces assemblées non plus que les magistrats.
Le législatif interprète la loi, l'exécutif la fait agir sans empiétement sur les pouvoirs supérieurs.
Comme il n'y a qu'une justice, il ne peut pas y avoir plusieurs codes :
La justice est civile par son essence; comme l'exécutif est militaire par essence également.
11 serait stupide qu'un avocat intervint dans le plan d'un général et dans les mouvements d'une
armée ; mais ni avant, ni après le combat, un homme de guerre ne peut usurper sur le magistrat et rendre un arrêt: sinon, c'est un retour aux mœurs des invasions, cela ne ressort plus que de la barbarie.
ARCANES NOVENAIRES
LXXïl
V autocratie véritable dans une cité devient une oligarchie dans un vaste empire : satrapie de Xerœès, gouvernement de V actuelle Russie.
Il en est de même pour une république. Tout pouvoir très étendu se délègue, et que sa source soit monarchique ou démocratique, ses ministres forment une oligarchie.
La noblesse avait des charges, conséquences de ses honneurs.
Et si la démocratie n'était pas sotte, elle ruinerait les riches par des honneurs. Les Rothschild, par exemple devraient être grands protecteurs de France et pager le budget de la guerre.
L,e socialisme n'est pas de nature latine, sinon il aurait pris sa meilleure leçon •politique dans la scène de
AL Dimanche et du tailleur : au lieu de cela, il engueule M. Dimanche et le veut ruiner,
Le cens, au lieu de permettre la fonction doit la forcer ; le plus riche dune ville doit être le maire, le plus riche du département le préfet, mais avec des charges absorbant son revenu et même davantage.
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Par Aristocratie, Aristote entend les plus vertueux, ou ce sont les riches qui ont tous les moyens de se satisfaire en échappant aux lois; ou bien les pauvres parce qu'ils montrent une grande vertu à supporter leurs maux : mais les uns sont sots et les autres ignares.
L'Aristocratie, en toute matière, c'est la compétence.
Le travail a trois catégories : V agriculture, V industrie et le commerce ; les plus compétents du travail sont F agronome, l'ingénieur, le négociant: et ils forment un Sénat du travail, en regard dune Chambre de la maind'œuvre composée par le paysan, l ouvrier et remployé.
Le Capital-Propriété , comprend tous les rentiers et ceux qui vivent du mouvement de leur argent, et ils forment un Sénat des finances en face d'une Chambre de la petite épargne.