DÉDICACE
autrefois, comme du sable, les plus fiers et les plus solides empires. »
Oh ! nous F avons entendu en nos âmes le chant des Rose f Croix, comme nous avons revu en esprit le disque des Atlantes et des Egyptiens, le symbole solaire qui signe les initiations les plus lointaines, dans les deux hémisphères, ici des rayons, là des ailes étendues se sont enfin transformés en pétales et le symbole florit, et le cercle rayonnant devint la Rose adorable.
Elle languissait fanée, mourante, quand Jésus- Christ la raviva d'un autre signe également éternel, incomparablement virtuel et Verbum caro factum est, et la Croix est inscrite dans la Rose ; sainte image du mystère ineffable, allégorie précieuse de la Rédemption. Rénis sont ceux qui comprennent la surhumaine harmonie de la Reauté et de la Vertu, de la Science et de la Foi, du Droit et du Devoir, de la Forme et de F Idée, bénis ceux qui participent à la thaumaturgique vertu de ce pantacle qui résume toutes les sagesses et qu'ac cueilleraient tous les temples. Il Vous a été donné de venir précocement parmi ceux qui ont le seul âge de leur pensée. Vous avez senti le mystère au moment où la plupart se déperdent aux errements du siècle : merveilleuse fortune qui, hâtant Votre évolution, Vous orienta vers Fidéal sans tâtonnements et les recherches pénibles que connurent même les maîtres.
Vous méritiez cet heur intellectuel par la noblesse native de Votre caractère ; le miracle passe au chemin de Damas, mais il faut être Paul, pour qu'il ait lieu.
V élection d'un être réside en lui ; l'éducation, la religion, l'initiation contrepointent seulement ou fuguent le thème daimonique. Je ne Vous fais donc pas un mérite d'effort pour avoir préféré les plus belles conceptions et obéi à ïidée radieuse.
Mais au lieu de Vous complaire égo'istement au Mystère, Vous l'avez servi comme le servirent ceux du Moyen-Age. Aux quatre gestes de l'ordre Vous avez été le bon chevalier de rêve qui ne voit que le but éternel et ne s'inquiète pas de savoir si le soin qu'il assume est le premier, pourvu qu'il soit nécessaire. Vous avez eu le courage du détail et l application au divers, et quoique l'idée seule créât en Vous ce zèle; acceptez mon merci au nom de cette même idée qui me missionna.
Ayant milité sitôt d'un zèle si monacal pour ï au delà, nul doute que l'avenir ne Vous garde une chevaleresque entreprise.
Les destins puisent parfois leur sève au plus lointain passé ; ne l'oubliez pas. La Foi Vous confère sa force et l'initiation sa lumière et je viens témoigner ici de Votre beau dévouement à l'idée pour le plaisir affectueux de Vous donner l'éponymal de cette œuvre qui puise sa sève au plus lointain passé et prend sa vertu « du Signe par lequel furent fondés les plus fiers et les plus solides empires. »
SAM PËLADAN 9 avril, en la fête de S. MariB l'Kgyptienne, an 1895 de J.-C.
PREFACE
AJ instant où j'écris ici le mot préface, m! arrivent deux coupures exemplaires de rabaissement français.
Un député qui se trouve aussi soldat (ô peuple de fous, croire que le même homme qui supporte le joug militaire sera capable de législation) n'a pas le droit, pendant son passage sous les fouches caudines du recrutement d'associer son nom à un manifeste de son groupe politique Un général ministre de la guerre appelle ce cinq cinquantecinquième de roi, « le chasseur un tel, matricule tant. »
Et la majorité applaudit.
Mieux encore, on vient de déclarer que tout militaire qui ri aurait pas les idées de sa caserne ou de son capitaine (les idées d'un capitaine ô blasphème de toute pensée, révoltante association de mots !) serait mis à la torture, c'est-à-dire envoyé dans les compagnies de discipline. Dans la même colonne du même numéro, on lit une condamnais
tion de cent francs contre un malheureux qui ramassait les bouts de cigare et les vendait ensuite à d autres malheureux.
La France retourne à la Barbarie : comme le domaine intellectuel a été piétiné par les sans culottes : et que nous avons vu les encyclopédistes reparaître sous visage de crocheteurs. le pays ou il n'y a plus une idée juste en circulation se jette désespérément dans les bras de fer de l'armée, par instinct de conservation. Or, à moins que moimême je n'aie subi la contagion et ne sois devenu fou, f estime que le législatif est hiérarchiquement au-dessus de l'exécutif; que le cédant arma togœ est la formule civilisée, et le cedat toga armis celle de la brutalité.
Si le mandat législatif n'implique pas l'indépendance du législateur, que devient l'esprit de la constitution ? Disciplinairement, on peut faire périr qui l'on veut, quand on veut, dans l'armée : or, voici un député qui a proposé une loi déplaisante à son sergent-major. C'en est fait de lui, à moins d'une santé d'Hercule Farnèse ou de Milon de Crotone !
Quelle antinomie sans exemple ! Cet homme qui tient la barre de l'État, sera réduit en servitude par un caporal obtus et peut-être ivrogne : et ainsi jusqu'à quarante-cinq ans, le roi de France in partions redeviendra à certaines périodes, le serf le plus avili.
PRÉFACE
On avait déjà vu des docteurs ès-lettres, des artistes courbés sous le sabre ignare : mais, cela n'étonnait pas ; V armée a le mépris sans borne de ce qui n'est pas elle, et Léonard, comme Dante lui paraissent « d'ignobles pékins, » bons pour Biribi ; l'armée a même la haine de l'intellectuel à un degré furieux, et grâce à sa discipline, elle peut sévir, sans aucun risque.
Le traitement que subit le paysan quittant sa charrue pour le fusil, ou l'ouvrier sortant de son usine pour la caserne, assassinera sûrement, innocemment le savant quittant ses livres pour la théorie et son cabinet pour des efforts physiques impossibles à un sédentaire.
Dans nos races appauvries, le développement intellectuel ne s'obtient qu' au détriment de ï entité physique ; donc tous les êtres civilisés sont mis en péril, sans profit pour l'Etal, par la toutepuissance abandonnée aux mains executives.
Il est de simple raison qu'on ne peut être juge et partie; la profession exécutive interdit la judiciaire: or, il y a une justice militaire maritime. Qu'on instaure une justice de la Régie, pour connaître de ce qui l'intéresse et une autre pour chaque part de V administration. Ce sera moins absurde, car les emplois pacifiques n' éteignent poinila raison et la sensibilité, tandis que la charge exécutive n'existe qu'à leur mépris.
La discipline est la nécessité même en toute
matière, à plus forte raison dans V. armée ;mais la discipline ne doit pas être la raison du plus gradé, comme elle est d' ordinaire : on a institué le jury, comme contrepoids aux juges, forcément excessifs dans leur amour de l'ordre et en face du ministère public, dont l'avancement, nul ne l'ignore, au lieu de naitre de. son équité, dépend de sa puissance dincrimanation.
Quelle incohérence, et comment une nation vivrait-elle, au mépris de toute science?
Certes, le suffrage universel ne confère pas à mes yeux une véritable dignité, je suis oriental et théocrate. Pour les occidentaux, démocrates qui ont divisé le pouvoir en cinq cent cinquante parts, le ministre de la guerre est criminel de lèse majesté, ou bien la Chambre ne représente pas le peuple et celui-ci n'est pas souverain.
Le ministre de la guerre restaure à son plaisir F autocratie de Louis XIV, il rétablit l'inquisition, puisqu'il pense poursuivre des idées, sur ses serfs et il rétablit la question tandis que la Régie, poussant la rapacité plus loin que jamais aucun fisc ne l'osa, condamne le pauvre pour avoir disputé quelques sous de pain au balai de la voirie.
Vraiment, quand un peuple a fait un si énorme remuement que la Révolution pour reproduire aussi exactement les mômes erreurs, ce peuple relève de Valiénisme, et non plus de l'his-
PRÉFACE
loire ; si je devais exposer la situation française, f aurais à témoigner de mes connaissances en médecine mentale ; depuis V exécution des Décrets, époque on j'ai été lire ma méditation et forcé de regarder mon temps, je n'ai vu en France que des faits cliniques, des cas morbides et un concours incessé de criminels et de stupides, tel qu'aucun moment d'aucune histoire ne le présente.
//Ethique, /'Erotique, /'Esthétique de l' Amphithéâtre des sciences mortes ont été accueillis avec faveur, avec profit, elles s' adressaient à l'orgueil, à la sexualité et à sensibilité supérieure, ici, je ne parle qu'à la Raison et je ne traite que du salut de toute l'humanité, le livre du Sceptre ira rejoindre dans l'oubli le De Monarchia de Dante, de Mais- Ire, de Bonald, Saint-Bonnet, Fabre d'Olivet et [e marquis de Saint- Yves, au rayon des livres qu'on dit avoir lus et qu'on ne feuilleté même pas.
Si je le présentais à l' Académie des sciences morales et politiques je paraîtrais plaisanter.
Comment ! il y aurait une science politique autre que l'a propos et l'opportunisme? La vie sociale aurait des lois, une hygiène et personne ne s'en doute que quelques rêveurs décriés, et ce serait un homme pas sérieux, presque un jeune homme de lettres, l'auteur de quatorze romans, un critique d'art que décrient tous les artistes sous dessin, un dramaturge qui prétend avoir refait deux tragédies d'Eschyle.
Quelle plaisanterie ! Quelle matière à risée.
En outre, l'auteur déclare ne rien présenter d'original, il avertit que toute idée personnelle est une erreur et il cite Aristote comme au bon temps de la scolastique. Aristote nous l'avons traduit en classe et oublié.
Tandis que toutes les sciences s incorporent pour ainsi dire à la vie civilisée, l'homme reste ignorant des lois relatives de son espèce ! Familiarisés avec les découvertes pratiques, les plus obtus de nos races ne s' étonnent pas qu'un miroir leur présente V illusion d'un autre eux-mêmes .; le paysan ne s'étonne pas quand la locomotive se meut ; mais l' éducation intellectuelle n'a pas suivi un même progrès, et dans l' ordre élevé, il prend son iyn'age pour un vrai Sosie et s'étonne de la machine à vapeur.
Depuis 1870, nia la Chambre, ni au Sénat, une parole n'a été prononcée qui ne fût d'un barbare.
Le cerveau latin ne fonctionne plus : en veui-on le plus récent exemple : un conflit s'est élevé ces temps, entre les savants officiels athées et les spirilualistes également officiels. M. Berthelot se constitua coryphée des premiers et M. Brunetière proféra au nom des autres : et on vit ce spectacle, le défenseur de l'Eglise déclarer que ni Dieu, ni V âme, ni Jésus-Christ ne se démontrent et ne se prouvent ; et quant au coryphée de la science, savez vous pourquoi il rejette le mystère, parce qu'il
PREFACE