CHAPITRE VII
eux en leur visoriwn la copie ou escriturc à imprimer, les tirent une à une et disposent par pages et formes, lesquelles ils mettent dans un châssis de fer à une ou deux croisées, fermé avec garnitures de bois et autres petits bois carrés; adonc le gouverneur de presse prend ce châssis et le met sur le marbre de sa presse, puis le touclie avec balles de bois pleines de laine et couvertes de cuir blanc, frottées avec ancre mixtionnée, coUoquant la feuille à mouiller sur le tympan^ garny d'autre petit tympan et d'un blanchet, qui garde la lettre d'estre foulée par la platine de fer; et abbatant \ai frisquette collée de parchemin, qui couvre le blanc de la feuille, il ïa\i rouler le train de la presse appuyée surtanchons, Jusques au dessous de la vis, à laquelle est attachée la platine, et prenant le barreau, tire tant qu'il peut, en sorte que la feuille s'imprime du costé qui est couché sur la lettre, mesme ordre faut-il tenir pour imprimer l'autre costé. Mais avant que ce faire et que la presse puisse rouler pour la journée, ils tirent deux ou trois espreuves qui sont reveûes et examinées par la diligence du correcteur, et les fautes par lui marquées sont corrigées sur le plomb avec une pointe, qui sert pour lever la lettre qui y est superflue, adjouster, diminuer, rapprocher, amender les transpositions, renversemens et autres fautes, qui par mesgarde seroient coulées en la composition. Sur ceste correction, on continue à tirer la forme soit pour journée ou demy journée, à la discrétion de ceux qui font travailler. Deux compaignons sont nécessaires à la conduite de la presse, l'un qui tire, recueille et range les feuilles, l'autre qui batte sur la forme estant en la presse, et broyé l'ancre sur la pierre.
2iu LE LIVRE.
Et parce que le labeur est si pe'nible, qu'un homme n'y sçauroit fournir pour un jour entier, ils tirent la presse Tun après Tautre et par tour. Outre cette presse qui sert à la besongne ordinaire, faut en avoir encores une autre à faire les épreuves et retiratlons. »
Tel est, tout au long transcrit, le passage de Thevet, sans aucun doute inspiré, comme nous l'avons dit, par un homme du métier ; nous allons le commenter et l'expliquer dans ses détails.
Thevet parle d'abord de la fonte du caractère. Nous avons vu au chapitre 1""^ quelles recherches patientes avait nécessitées la découverte, par les imprimeurs de Mayence, de la fonte du caractère en matrice. Pourtant le poinçon et la matrice existaient de tout temps pour les monnaies ou les sceaux. Graver en relief un poinçon de matière dure, en frapper un métal résistant, et couler dans le trou obtenu par cette frappe un alliage fondu qui prend à son extrémité la forme même du poinçon frappeur, voilà en peu de mots toute l'économie du procédé. Selon ce que nous apprend Thevet, on se servait, pour la gravure des poinçons, d'une sorte de burin en acier détrempé, avec lequel on évidait la partie destinée à rester en blatte dans la lettre.
Dès le principe, ce furent les imprimeurs euxmêmes qui gravèrent leurs caractères spéciaux. Les plus anciens, dont la préoccupation constante fut l'imitation du manuscrit, copièrent la lettre gothique des écritures ordinaires. Peu de temps après, Jenson, émigré à Venise, trouvait une lettre ronde, comme celle des éditeurs romains Sweynheym et Pannartz en 1467, et son type absolument parfait est resté jusqu'à nous.