CHAPITRE VIII
A ces noms célèbres de la reliure française au xvni' siècle, il faut ajouter Le Monnier, qui travaillait pour les d'Orléans, Tessier, son successeur, demeurant rue de La Harpe, Laferté qui décora les petits volumes du duc de La Vallière comme Chamot habilla les gros. En 1766, Chamot devient relieur du roi. Il y eut en outre Pierre Enguerrand, artisan aux gages du marquis de Paulmy, dont la bibliothèque est aujourd'hui conservée à l'Arsenal, puis Biziaux, un original, qui travailla pour M™* de Pompadour et pour Beaumarchais.
La Révolution gratta beaucoup de belles œuvres sur lesquelles s'étalaient des symboles « d'un régime Justement détesté ». Mercier, qui devait mourir membre de l'Institut et qui lançait dans le monde de petites poésies méchantes en attendant cette conversion, jeta feu et flamme contre les reliures. Il fit tant même qu'il s'attira de la part d'un malin ce quatrain féroce :
Mercier, en déclamant contre la reliure, Pour sa peau craindrait-il un jour?...
Que le brave homme se rassure, Sa peau n'est bonne qu'au tambour.
Après Thouvenin, le célèbre auteur de la Fanfare dont nous avons parlé, et qui travaillait sous l'Empire et la Restauration avec grand succès, la reliure eut son poète. Il s'appelait Lesné et avait inventé un procédé « au cuir nud sans carton « , c'est-à-dire qu'il proscrivait l'emploi du carton dans les plats :
Je célèbre mon art; je dirai dans mes vers Combien il éprouva de ciiangements divers!
3ç8 LE LIVRE.
s'écrie Lesné sur le mode alexandrin. Certes, de Grolier à lui, les changements avaient été nombreux, si nombreux même qu'en dépit du cuir « nud » , on peut dire que Tart était à peu près mort. Lesné a beau crier à ses confrères :
Vous êtes responsables (sic) aux siècles à venir Des livres qui, sans cesse, en vos mains vont périr; Si vous n'êtes pas nés pour cet état sublime, Allez prendre plutôt la truelle ou la lime !
il ne fait pas mieux qu'eux tous et, par .surcroît, il commet des vers exécrables. ISétat sublime est de nos jours un peu remonté. Les amateurs ont trouvé des noms et souvent des artistes nouveaux à fêter : Trautz- Bauzonnet, Cape, Duru, Marins Michel et tant d'autres. Malheureusement, la fortune ne permet plus à tout le monde de revêtir luxueusement sa bibliothèque: les vrais connaisseurs recherchent plutôt les Grolier, les Eve ou les Le Gascon qu'ils n'admirent les modernes. Quelle que soit la valeur de ceux-ci, ils ne sont aptes qu'à habiller les ouvrages de leur temps: Lemerre relié par Petit, voilà la vérité. Mais un incunable du xv*" ou du xvr siècle, passé entre les mains de Trautz-Bauzonnet lui-même, aura, à bien peu de chose près, la figure d'un émail ancien dans un cadre moderne doré à neuf.
Parallèlement à la reliure de luxe, dont nous nous sommes exclusivement occupé dans ce qui précède, il y eut de tout temps les travaux de clientèle, préparés à l'avance et mis à l'étalage. Ce sont les ouvrages liturgiques qui se vendirent surtout dans cette forme. Mais si