CHAPITRE PREMIER. JX
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Fig. $. — Fragment de la Bible Ma\arine,
imprimée à deux colonnes.
Commencement du lexte de la deLixième colonne; graiidcnr de l'original.
Saint-Barthélémy est celle du i3 juin, et non celle du
ra LE LIVRE.
24 août comme Tindique le catalogue de la Bibliothèque nationale.
Toutes ces remarques prouvent que les imprimeurs n'avouaient pas et faisaient des pseudo-manuscrits. Ils n'avaient mis ni leur adresse ni leurs noms. De plus, on le voit, les rubricateurs étaient encore de la partie^ et dans le bel exemplaire de la Bibliothèque nationale (Catalogue de Texposition n°» 41-42), on peut juger que ces enluminures valaient à peu de chose près celles des manuscrits.
Mais tous ces exemplaires absolument semblables d'aspect, et d'écriture si régulière, lancés du jour au lendemain sur le marché par Fust et Schoiffher, ne manquèrent pas de faire protester les écrivains. Toutefois le succès ne laissa aucune prise à la critique et, devant le jésultat obtenu, les deux associés n'hésitèrent pas à se proclamer les imprimeurs de la Bible. Aussi, lors de la publication du Psautier qui suivit à un an d'intervalle, donnèrent-ils leurs noms et mirent-ils une date. Ce second ouvrage, qui précédait la Bible de Gutenberg, était d'une typographie aussi habile qu'on pouvait l'attendre d'un calligraphe ; on n'y rencontrait plus les quelques hésitations remarquées dans les lettres d'indulgences ; les caractères étaient la perfection même ; en deux ans l'imprimerie avait atteint son point culminant.
Gutenberg, malgré ses déceptions, ne devait point rester inactif. S'il avait vu ses deux ennemis lui ravir un droit de priorité dans l'invention, il tenait à montrer que, réduit à ses propres forces et aux moyens restreints
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que lui fournissaient des âmes charitables, il pouvait, lui aussi, imprimer bien. Deux années après la Bible, parut à Mayence un livre daté, composé en caractères de somme, qui est le Catholicon de Jean Balbi de Gênes. Il ne paraissait point encore à ces premiers typographes que leur art pût servir à autre chose qu'à la
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JHiïim) pitfiOîo atiuc tiuhi Wifântium linçuc fi ïïnr oifertcQui c^ nu ofcpc jouuljo rcuclAt quoîx fâpîentibuo ccÎAf.l:)ic liber c5n:<îiuo.atbolicDti. .Oîîicc tncartiûaouïD ^lnî^i5 00 crcc Ix AXmâ. m ur bo ma^tritinA nûrionio hidjrc ççrmanicr.QuAtn CCI dcmcncia fam alto nig^ni) luminc.Oono c^ ô^ hiiro.cctcns terrai; nacionibuc p»iefcn\j.illun:rjnt cg DiçnAtws cft- Aon calami.ftriU.aut penne fiifFm çio.f? mira patronai; forman <¥ concDzoia^or donc et moOulo.imprcfTue <atc^ confcctus cft. lOiiTC tibî fànch? patçr ndtt) ai flamrno (acvt5.t<au« et bon 02 Ono trino tribuâhi: et iino Gcdefic iau te fibm boc atbolicx» pianos Qui UuDarB pùm fcmpcr non linquG mafiâm t)€(D»(SR/MM£.
Fjg. (5. — Signature du dU/iolicon présumé imprimé par Gutenberg, en 14(30. (Bibliothèque nationale. Exposition des imprimés, n" 4+.)
diffusion d'œuvres religieuses. L'opinion la plus généralement admise est que le Catholicon sortit des presses de Gutenberg; M. Bernard, toutefois, a cru devoir l'attribuer à un imprimeur d'Eltvil, qui publia en 1467 le Vocabularium, dit Vocabiilarium ex quo, avec le même caractère. Cette thèse peut se soutenir par suite des termes de la signature du livre, qui est une sorte d'hymne à Dieu, et un acte de reconnaissance à la ville
j^ LE LIVRE.
de Mayence, sans la moindre mention de nom d'imprimeur. Or, dans la situation où se trouvait Gutenberg en face de ses rivaux, n'eût-il pas un peu revendiqué comme sienne la grande découverte? Mais si M. A. Bernard s'égare, et si notre supposition n'est pas fondée, quel bel acte d'humilité, quelle noble idée de son caractère Gutenberg ne donne-t-il pas en écrivant : « C'est avec l'aide du Très-Haut qui délie la langue des enfants, et qui révèle souvent aux petits ce qu'il cache aux hommes de science, que fut terminé le Catholicon, ce livre admirable, l'an de l'incarnation du Sauveur M. CCCCLX, dans la mère patrie Mayence, insigne ville de l'Allemagne, que Dieu dans sa clémence a daigné rendre la plus illustre et la première des villes : et ce livre fut parfait sans le secours ordinaire de la plume ou du calame, mais par l'admirable enchaînement de formes et de caractères ! »
On comprend quelle circonspection Ton doit apporter dans l'histoire de ces hommes, gens de métier de si peu de conséquence alors, que tous les documents authentiques pouvant les intéresser ont à jamais disparu. Si l'on en excepte celui de la Pfenningthurm de Strasbourg dont nous parlions plus haut, et l'acte de réclamation d'argent par Jean Fust à Gutenberg, daté de 1455, on est forcé de s'en rapporter à des auteurs vivant longtemps après, et qui subissaient à leur insu les misérables erreurs des traditions orales. II en est prescjue toujours ainsi pour les hommes qui occupent une grande place dans l'histoire de l'art; la postérité seule entrevoit leur génie, à l'époque où personne ne sait plus rien d'eux. Pour Gutenberg, la situation était plus