‹ Le Livre, illustration - la reliureChapitre 20 sur 140 · CII.iIMTKE II. ^S · texte numérisé non relu

CII.iIMTKE II. ^S

rie, la publication des livres se faisait de cette manière, et les libraires étaient plutôt des interrne'diaires entre le copiste et Tacheteur que des commerçants directs, ayant étalage et fournitures complètes. ' Il est clair qu^on ne s'approvisionnait pas longtemps à l'avance de ces livres coûteux, sans en avoir le placement assuré.

Si minuscule qu'ait été la rétribution des écrivains, ils y tenaient, et ils durent les premiers protester contre l'invention nouvelle. Toutefois leurs réclamations et celles des libraires allaient bientôt se perdre, débordées par la foule grossissante des imprimeurs et étouffées par elle.

Alors, comme il ne manque pas d'arriver en pareil cas, au lieu de lutter contre le courant, la plupart des anciens ouvriers du manuscrit le suivirent. Les calligraphes dessinèrent des lettres sur bois, les libraires vendirent des imprimés, et les enlumineurs gravèrent en relief ou en creux leurs « histoyres ». Pendant un assez long temps, ces derniers continuèrent à décorer les livres des dessins d'ornement dont ils avaient peint les manuscrits, et contribuèrent à former la belle école d'illustrateurs qui devaient porter si haut leur science dès la fin même du xv" siècle.

Suivant notre précédent récit, la révolution de Mayence avait mis en fuite une foule d'artisans dont les libertés s'étaient trouvées subitement compromises par le vainqueur. Le besoin d'argent amenait toujoars à cette époque la diminution des faveurs, et les ouvriers typographes ont de tout temps tenu à leurs privilèges. Il arriva donc que la corporation, au lieu de rester enfermée à Mayence plusieurs années encore, fut

en quelque sorte jetée au dehors, lancée aux quatre points cardinaux par la dispersion de ses membres, et répandue plusieurs années avant le terme normal.

En effet, dans Tor- ^(mp^dtmT^M^^Mmm ^'^ commun des «itt^j^tertogJoQUCntifrsmg choses, un ouvrier ^V^Ô^^3b^^^^^dê^^mïL P^r ci P^r là quitte €ûat\lùm lUuRrijftmibuggCK ratelier principal

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pour courir le monde; il va timidement devant lui, apôtre inconscient d'un art merveilleux. S'il réussit, il groupe autour de

Fig. 8. — Signature d'Arnold Ther Hoernen . imprimeur de Mayence.

sHl tombe, il n'en reste même pas le souvenir; en tout cas, rinvention se propage plus doucement. Pour Pimprimerie ce fut un coup de foudre. A peine avait -on pu apprendre son apparition, que Pexode commençait. La plus grande part des Mayençais se porta en Italie, à Rome, avec Arnold Panna'rtz, Conrad Sweynheym , Ulrich Hahn , Arnold Buckinck ; à Venise, avec Jean de Spire, Vendelin de Spire, Christophe Valdarfer, Bernard Pictor (d'Augsbourg), Erhardt Ratdolt, Pierre Loslein ; à Ferrare,avec Andrc

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Belfort; à Foligno, avec Jean Numeister; Henri Alding entreprend la Sicile; André Vyel de Worms imprime à Palerme; Lambert Palmart est à Valence, en Espagne, en 1477; Nicolas Spindeler à Barcelone, Pierre Hagenbach à Tolède.

Plus près de Mayence, c'est, à Cologne, Ulrich Zell, un élève de Gutenberg, qui date son premier ouvrage de 1466; c'est Arnold Ther Hoernen, qui numérote un livre avec des chiffres arabes; c'est Koelhof qui, avant ' tous autres, emploie les signatures destinées à indiquer au relieur Tordre des feuilles; c'est, à Eltvil, Henri Bechtermuncze, qui imprime son Vocabulm'ium en allemand avec les caractères du Catholicon, suivant ce que nous avons dit déjà ; à Bâle, Berthold Rûppel de Hanau, le premier établi dans la ville qui, après Mayence, devait faire le plus pour la typographie ; à Nuremberg, Koburger, qui tiendra bientôt le meilleur rang parmi ses confrères, faisant rouler jusqu'à vingtquatre presses, et nommé par Bade le prince des imprimeurs. Et combien les choses ont marché ! L'année même qui suivit la mort de Gutenberg, des moines — les Frères de la Vie commune de Marienthal en Rhingau — publient chez eux une copie des Indulgences accordées par Adolphe de Nassau, l'archevêque de Mayence. Avant 1480, l'Allemagne a partout des presses : à Prague, à Augsbourg, à Ulm, à Lubeck, à Essling, etc.

Une chose à remarquer, c'est que les Mayençais n'ont point ramifié en Hollande. Avaient-ils trouvé là les descendants de Laurent de Coster établis solidement dans leurs ateliers? Faut-il admettre la coexis-

tcncc, l-i mnrchc simultanée de Tinvention en Allemagne et dans les Pays-Bas? C'est un secret pour nous et pour bien d'autres; constatons cependant que ce sont des Flamands qui sont établis à Utrecht en 1473, à Delft, à Bruges, à Gouda, à Zwoll, à Anvers, à Bruxelles. A Louvain, il y a bien un Jean de Westphalie qui publie en 1474 un ouvrage de Pierre de Crescens sur les champs; mais il paraît être un isolé, et peut-être même plus simplement un libraire.

En Angleterre, c'est un ouvrier anglais venu de Cologne qui imprime à Londres en 148:. William Caxton avait donné, à Cologne, les Histoires de Troyes, traduites en anglais par lui, en 1471, in-folio; son premier livre dans son pays fut un Ciceron in-folio portant la date de 148 1.

L'envahissement, on le voit, avait été des plus rapides. En moins de quinze années, chaque ville importante avait suivi le mouvement et s'était prêtée à rétablissement d'ateliers de typographie. Si Ton en croit certaine pièce douteuse, Charles VII aurait, dès le 3 octobre 1458, envoyé à Mayence un de ses meilleurs graveurs en médailles de la Monnaie de Tours, pour étudier le procédé dont on disait merveilles :

« Le 3 octobre 1458, le roy, ayant sçeu que messire Guthenberg demourant à Mayense, au pays d'Allemaigne, homme adextre en tailles et de caractères de poinçons, avoit mis en lumière l'invention d'imprimer par poinçons et caractères, curieux de tel trésor, le roy avoit mandé aux généraux de ses monnoyes luy nommer personnes bien entendues à ladicte taille, et pour

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