CHAPITRE II
Fig. i8 — Planche du Dante de Bonino de Bonini, à B rescia, en 14.8,7,
santés. Quant à la célèbre danse des morts publiée vers
1485 SOUS le titre de Todtentant^, elle contient quarante et une planches en relief des plus ordinaires et des moins personnelles. C'est aussi le cas de la Chronique de Cologne, datée de 1499, dont les figures, pour être moins germaniques, moins contournées, ne valent point à beaucoup près celles des livres de Nuremberg, plus allemandes, mais plus artistiques.
A Nuremberg, Antoine Koburger, appelé par Josse Bade le prince des libraires, dirige un immense établissement occupant alors plus de cent ouvriers, sans compter des ateliers moindres à Bâle et à Lyon. Koburger est un habile et un heureux. Il a d'abord lancé une Bible assez médiocrement illustrée avec les bois de celle de Cologne ; mais il a par devers lui mieux à faire que de copier les autres. Michel Wolgemuth, né à Nuremberg en 1434, était alors dans toute la force du talent; à son école venait étudier le jeune Albert Diirer, et comme son métier était aussi bien de dessiner sur bois que de graver sur cuivre ou de peindre sur panneaux, Koburger s'aboucha avec lui et lui commanda les illustrations d'un livre.
L'œuvre projetée était le Schat:{behalter (Ecrin et Trésor du salut), sorte de compilation ascétique sans intérêt et sans ordre. Michel Wolgemuth se mit au travail, et, grâce à l'habileté des graveurs, dont l'un pourrait bien être Wilhelm Pleydenwurff, Koburger dut mettre l'ouvrage en vente dans le courant de 149 1, en 352 folios à deux colonnes.
Sans être la perfection, les dessins de Wolgemuth, très allemands, très heurtés, laissent entrevoir la vigueur et
fig 19. — La Crcation delà Femme, planche du Schat\behaltcr, gravée d'après Michel Wolgemuth.
le mérite de la future école de Nuremberg. Déjà la figure n^est plus un simple trait à la manière des xylo-; graphes, mais une combinaison de tailles entrelacées destinées à imiter les teintes. Telles sont la Ci'éation de la femme et la Fille de Jephté, reproduites dans ce chapitre. Que si nous cherchions Tharmonie entre la gravure et le texte dans cette œuvre bizarre, nous trouverions la grâce, la gaieté mises de côté, mais en revanche on ne sait quoi de franc et de brutal qui intéresse et qui permet d'apprécier à leur valeur les praticiens nurembergeois et l'imprimeur Koburger.
En fait, les artistes allemands sont plus eux-mêmes, chacun pris à part, que n'étaient les illustrateurs italiens condamnés aux banalités hiératiques et à certain idéalisme décommande dans lequel Part de l'Italie entrait peu à peu. Les peintres germains, naturalistes et croyants, bâtissaient leurs héros à l'image de la robuste nature qu'ils avaient sous les yeux. C'est dans cette gamme rude et peu policée que Michel Wolgemuth avait décoré le Schat^behalter; il composa de même les bois pour la Chronique de Nuremberg du docteur Hartmann Schedel, imprimée en 1493 chez Koburger.
Avec Durer, sur l'extrême fin du xve siècle, le livre n'est plus qu'un prétexte à giavures. Thausing ^ rapporte que le grand artiste éprouva le besoin de dessiner une Apocalypse à Rome, de même que Luther y prémédita sa révolution religieuse, à la vue des splendeurs mondaines de la cour pontificale. V Apocalypse, publiée depuis, en i5ii,enlatin avec caractères gothiques, était alors un album de quinze grandes figures sur bois. Les