CHAPITRE III
industrie des libraires, par laquelle nostre saincte foy catholique a esté grandement augmentée et corroborée, la Justice mieux entendue et administrée, et le divin service plus honorablement et curieusement faict, dict et célébré... au moyen de quoy nostre royaume précède tous autres », etc. (A Blois, le 9 avril i5i3.)
Certes, Louis XII faisait la part belle à lui et à son royaume dans ce préambule ; mais il faut reconnaître que la France tenait déjà un rang prépondérant dans celte industrie nouvelle, et que, sauf les Italien?, elle n'avait guère à craindre de ri\nux sérieux. L'école des ornemanistes faisait des progrès constants. Avant les livres d'heures, les libraires se contentaient de misérables clichés, placés bout à bout et formant cadre tant mal que bien; mais, depuis Simon Vostre, Vérard et les autres, on avait raffiné singulièrement. Les bordures — au moins dans les livres d'heures — étaient devenues la partie principale du livre. Il y en avait de fleuries, d'architecturales, de compliquées et de simples, mais toutes d'un goût parfait et d'une élégance extrême. Et, suivant ce que nous disions tout à l'heure à propos de la figure d'Anne de Bretagne des Illustrations de la Gaule, les planches à personnages n'étaient plus des choses de pratique, des clichés banals et ennuyeux, mais au contraire et le plus souvent, des œuvres dessinées et gravées spécialement par des artistes de mérite.
Geoffroy Tory, né à Bourges en 1480, devait, après Vostre et Vérard, continuer la marche ascendante de l'ornementation du livre. C'était une sorte d'encyclopédiste qui savait et prévoyait tout, mais avec un génie
singulièrement plus subtil et plus fin que ses devanciers. Dans le principe, Tory fut graveur et imprimeur, cela est aujourd'hui à peu près hors de doute; pourtant il édita chez Jean Petit un de ses premiers volumes, la Géographie de Pomponius Mêla, en iSo/, et Gilles de Gourmont Fimprima. Tory était alors commentateur érudit et diffus. Plus tard, il donna un livre orné de méchantes gravures, intitulé : Valerii Probi gi^ammatici Opiisculum. en i5io, en attendant que sa bonne étoile le mit dans son vrai chemin.
Il avait pour marque, disent les érudits du Livre, une croix de Lorraine +, assez petite et perdue dans les ornements de ses planches. La vérité, c'est que ce signe se retrouve dans la marque de Tory, le Pot cassé, et aussi quelquefois dans la lettre G, qui était sa signature ordinaire. Cette opinion, que nous n'essayerons pas de contredire dans un livre de vulgarisation comme celui-ci, nous semble pécher sur ce point, que d'autres eurent cette marque, suivant qu'on en juge par les touches, essentiellement différentes entre elles, des gravures portant la petite croix lorraine, et particulièrement celles de Woériot, au milieudu siècle.
Si Ton en croyait M. A. Bernard*, Geoffroy Tory eût cultivé toutes les sciences avec un égal succès. Nous serons plus modeste pour lui, et nous nous contenterons de lui reconnaître une des premières places dans Tart de décorer les livres d'heures. Sans doute, ses voyages en Italie avaient contribué à modifier son goût
I. Geoffroy Tory, peintre et graveur, premier imprimeur royal, réformateur de l'orthographe et de la typographie. Paris, Tross, 1857, in-S".