CHAPITRE IV. iCç
d'Alexandre Zannetti, non sans talent, il faut le reconnaître, mais sans personnalité.
Bologne, Brescia, Florence, Naples n'ont aucun sentiment original; elles suivent médiocrement la mode du jour.
Dans les Pays-Bas, les artistes sont assez nombreux; la famille des de Passe compose pour les livres des vignettes, des frontispices au burin, admirablement étudiés et compris ; le style clair et bien personnel de leurs œuvres met leurs illustrations au premier rang parmi celles de leur temps. Ils ont à la fois l'esprit qui crée et le burin spirituel qui traduit fidèlement une pensée ; ils imaginent avec art, sans trop copier leurs devanciers, les scènes qu'ils retracent. De iSgg, date de la publication de VHortus Deliciarum, un de leurs meilleurs ouvrages, jusqu'à 1623 environ, ils sont en Hollande, à Arnheim, à Amsterdam. En 1623, nous retrouvons l'un d'eux, le plus célèbre, Crispin le Jeune, donnant les figures du Manège roj^al de Pluvinel, à Paris, chez l'Angelier et une autre édition avec planches pliées en 1624, pour la vente de Guillaume Lenoir, à la Rose blanche couronnée. Ce magnifique ouvrage, dans lequel le roi Louis XIII est représenté recevant les leçons de l'écuyer Pluvinel, eut une troisième réimpression plus complète en 1625, chez un autre éditeur nommé Michel Nivelle. Voilà donc des Hollandais accrédités en France, à Paris, dans la ville la plus apte à comprendre alors et à payer le travail d'artistes excellents. En 1624, Gombauld publiait un Endymion, Gombauld que Boileau devait plus tard associer à d'autres poètes pour le déclarer un fabricant de sonnets pitoyables. Ce
fut Nicolas Buon, le libraire nommé plus haut, qui prit l'affaire à son compte et chargea de Passe, Léonard Gaultier et J. Picart de lui en fournir les planches in-8°. Pour lourdes et noires que fussent ces vignettes, elles n'en firent pas moins assez bonne figure dans Pédition du poète oublié, et nous devons à la vérité de reconnaître combien de Passe était dans la circonstance au-dessus de ses collaborateurs. L'année suivante, en 1625, il grave les Dyonisiaques de Nonus, pour Robert Fouet; le Roman des Romans de du Verdier, renfermant plus de dix gravures d'une allure très franche et très hardie. Le Berger extravagant, V Académie de VEspée vinrent en 1628, et nous en passons de très nombreux. A vrai dire,Crispin de Passe ne se consacrait pas entièrement aux éditeurs parisiens, il conservait toujours des intérêts en Flandre pour y retourner de temps à autre ; mais il ne trouvait pas dans son pays d'origine le débit facile et assuré de Paris. Pourtant la ville de Leyde avait alors un des ateliers de typographie des plus renommés; les Elzevier commençaient à se faire la place belle au milieu des imprimeurs de l'Europe, par la correction extrême de leurs éditions, la netteté de leur travail, l'art merveilleux de la disposition et de l'économie du livre. Au fond, leurs formats et leurs caractères étaient trop petits. Mais si l'exiguïté de la justification ne laissait plus guère de place à la vignette et à l'ornement, elle comportait une certaine coquetterie de pratique non sans charme. L'origine de l'atelier remontait à un Louis Elzevier, qui avait publié en 1592 une édition de VEutropiiis à Leyde. Il avait laissé des fils, qui, en s'associant, fondèrent la maison sans rivale que l'on sait.
Bonaventure Elzevier, petit-fils de Louis, fut le plus illustre de cette famille si curieusement adonnée à son art. Il prit comme associé Abraham, et conjointement ils lancèrent ces petits classiques latins in-12, dont la valeur est si grande maintenant. Citons entre autres le Pline, sorti de leurs presses dans Tannée i635 en 3 volumes in-12, le Virgile en i636Ae Cicéron en 1642. Aujourd'hui les amateurs, ceux-là surtout qui recherchent avec fureur le Livre, veulent des elzeviers non reliés, parce qu'ils sont en pleine marge. Or, de i633 à 1639 environ, ces volumes sont composés d'un papier assez petit, laissant à la page in-12 de i3o à i33 millimètres; de 1639 à la fin, le papier est plus grand, et la page in-12 a environ de i35 à 137. Il faut être amateur pour comprendre l'intérêt de ces chiffres, et employer son activité tout entière à la découverte de ces livres introuvables, qu'on se hâte de cacher lorsqu'on les a rencontrés.
Une de leurs œuvres les plus estimées est Vlmitation de Thomas A Kempis, imprimée par Jean et Daniel Elzevier vers i653 et dite V édition sans date. Mais comme on sait au Juste que l'association de Jean et Daniel dura de i652 à 1654, la date i653 paraît des plus plausibles. Nous reproduisons le titre entier de ce bijou typographique qui eût mérité un graveur plus habile.
Il est à remarquer que les Elzevier évitèrent assez souvent de dater ou même de signer leurs travaux, pour des raisons faciles à comprendre. Publiant de nombreux ouvrages, ils ont peur de se compromettre aux yeux des puissants, et ils laissent aller leurs publications