‹ Le livre--l'illustration--la reliureChapitre 112 sur 145 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

En France, il y eut les introducteurs de l’invention à Paris qui imitèrent aussi le romain, mais multiplièrent les abréviations au point de les rendre fatigantes. On juge ce que pouvait être la gravure d’un

Fig. 89. — Fondeur de caractères au milieu du xvie siècle.

Gravure de Jost Amman.

caractère, où si peu de lettres allaient seules, où il y avait les traits abrégeant les nasales; les mots propre figurés ainsi que dans les manuscrits; le sigle 9 signifiant cum ou con, dans les mots latins ou français, sans compter mille autres pratiques rigoureuses. C’est à cette profusion vraiment encombrante des signes que

Ton reconnaît aujourd’hui les premiers incunables parisiens, et aussi au manque de précision et de netteté de la lettre1.

Mais il arriva fatalement que l’art du fondeur-graveur se spécialisa. Il y eut des praticiens dans cette branche, et, parmi eux, en France, au xve siècle, Simon de Collines, de Gentilly-lès-Paris, lequel grava de bons caractères romains vers 1480. Plus tard, ce fut Claude Garamond, de Paris, mort vers 1 5 6 1 , élève de Geoffroy Tory, le plus célèbre de tous; Tory avait définitivement proscrit le caractère gothique, dont Vostre et Vérard avaient fait un usage constant. Garamond marcha dans cette voie, tourna avec une précision méticuleuse de nouvelles lettres et entre autres celles de Robert Estienne, les plus merveilleuses et les plus estimées. C’est lui qui fut chargé par François Ier de la fonte des célèbres types grecs royaux. Il avait collaboré au Champfleury , de Geoffroy Tory.

A sa mort, Guillaume Lebé lui succéda et hérita de ses poinçons. Lebé, toutefois, grava de préférence les caractères hébraïques , dans lesquels il se fit une spécialité. Ses voyages à Rome et à Venise lui avaient donné une valeur singulière dans son art, et lorsqu’il mourut, vers la fin du siècle, il était sans conteste le premier tailleur de caractères orientaux du monde entier. Philippe II, roi d’Espagne, l’avait prié de graver les lettres de la Bible, dont Plantin avait entrepris l’impression, et François Ier l’avait chargé de donner des types pour Estienne.

ï Voir ci-devant les figures 10, 11, 12.

Page 1