CHAPITRE IX
Mazarin fut le premier qui comprit l’usage naturel des dépôts de livres, la publicité. Sa librairie privée, installée avant 1 65 1 dans son magnifique hôtel de la rue Richelieu, — où devait plus tard se loger définitivement la Bibliothèque royale, — s’ouvrait aux lecteurs, tous les jeudis, de huit à onze heures, et de deux à cinq. Dispersée en 1 65 1 , à la chute du cardinal, elle fut reconstituée plus tard, et moins de dix années après, l’ancien ministre pouvait l’ouvrir dans son nouveau local du collège des Quatre-Nations, où elle est encore.
Tandis que la Bibliothèque Mazarine se prêtait libéralement aux besoins du public, celle du roi demeurait fort à l’étroit dans les pièces exiguës de la rue de La Harpe. Colbert, préoccupé de cet état de choses, offrit au roi deux maisons à lui situées rue Vivienne, où les volumes alors réunis trouveraient un emplacement plus convenable, sans compter des réserves pour les accroissements. L’émigration se fit en 1666 ; le dépôt du roi allait pendant cinquante-cinq ans habiter à quelques pas seulement de sa demeure définitive, l’hôtel de Nevers L
1. Dans le plan de 1676 dressé par Bullet, architecte du roi, on voit parfaitement les emplacements occupés par l’hôtel de Colbert et par le palais Mazarin. L’hôtel Colbert était situé sur la partie des maisons de la rue, Vivienne où est actuellement le passage de ce nom, avec façade sur cette rue et mur sur la rue des Petits-Champs. La Bibliothèque n’est pas indiquée sur ce plan. Quant au palais Mazarin, il est déjà construit à peu près en entier, et ses bâtiments se prolongent dans des terrains vagues du côté de la rue Colbert. La portion du bâtiment donnant sur la rue Richelieu est ainsi désignée par G. Bullet : « Escurie du palais Mazarin ». La bibliothèque est figurée dans le plan de Jaillot, en 1714. Les bâtiments y ont la forme de la lettre grecque il.
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On appelait ainsi, à la fin du xvue siècle, la splendide demeure de Mazarin, sise près de la porte de Richelieu, dans la rue du même nom, d’où ses livres avaient été autrefois arrachés et vendus à tous les marchands. Divisé en deux parties à la mort du cardinal, en 1 66 1 , le palais était échu pour une portion au duc de Mazarin, et pour l’autre au duc de Nevers, ses neveux Dans le principe, le roi rêva, sous l’inspiration de Louvois, d’acquérir des terrains aux environs de la rue Vivienne et d’y élever un monument pour sa librairie, car la pensée de faire servir l’hôtel de Nevers à cet usage ne pouvait venir alors; mais le duc de Mazarin ayant aliéné sa part du palais en faveur de la Compagnie des Indes, l’abbé Bignon, alors bibliothécaire du roi, comprit le parti qu’on pouvait tirer de ce fait.
Grâce à l’administration de Colbert et aux libéralités du roi, la collection s’était augmentée du triple environ. Au moment du transport à la rue Vivienne, Nicolas Clément travaillait au classement et au catalogue des 35,ooo volumes. Il les distribua en classes méthodiques et consacra neuf années à conduire son travail à bien, de 1675 à 1684. Mais ce premier débrouillement fut vite insuffisant; moins de quatre années après, en 1684, il dressait un nouvel inventaire en vingt et un volumes, qui demanda trente ans , ayant été achevé dans le courant de mars 1714. Cette fois les cotes portaient sur 43,000 volumes imprimés ; ses 23 divisions principales, contenant toutes les lettres de l’alphabet de A jusqu’à Z, ont été à peu de chose près conservées jusqu’à nos jours. Dans l’année 1697, on