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CHAPITRE PREMIER

quelques modifications de détail; l’imprimerie était mûre, mûre en naissant.

Mais avant d’en arriver à ce qui nous paraît aujourd’hui si simple et si ordinaire, le caractère mobile placé bout à bout et formant les phrases, il se passa bien des années. Il est certain qu’on avait, longtemps avant Gutenberg, trouvé moyen de tailler en relief le bois ou le métal, et de reproduire par application l’image tracée. Les seings manuels, les cachets, étaient un peu l’imprimerie, en ce sens que la saillie de leur gravure venait s’empreindre sur une feuille quelconque par la pression de la main. Mais entre cette simple constatation et les histoires faciles de certains écrivains spéciaux, faisant remonter au xive siècle l’invention de la gravure, il y a toute la distance de l’histoire à la légende.

Si l’on veut bien se rappeler que la nombreuse confrérie « des tailleurs d’imaiges », ou graveurs en relief, avait au moyen âge la spécialité de sculpter les ivoires et de mettre des effigies sur les tombeaux, on pourra admettre sans très grande peine que ces gens rencontrèrent certain jour le moyen de multiplier les esquisses d’une image souvent redemandée, en modelant ses contours en arêtes vives sur un ivoire ou un buis, et en les tirant ensuite sur le parchemin et le papier par une pression quelconque i. Quand et où se produisit cette découverte? Nous ne le saurions dire; ce qui est certain, c’est que les cartes à jouer bénéficièrent de ce moyen, et que dès 1423 on trouve des images populaires taillées sur bois en saillie, pour ne parler que

1. Cf. Lecoy de la Marche, les Manuscrits et la miniature , p. 3 18. ( Bibliothèque de renseignement des Beaux-Arts.)

de la première datée, le Saint- Christophe de lord Spencer.

Notre tâche n’est point de discuter longuement cette * question ici, non plus que de décider si dans le principe ces reliefs étaient obtenus sur buis ou sur métal. Une chose reconnue, c’est que la feuille volante portant une figure imprimée, l’image, en un mot, précéda le livre xylographique, où texte et gravures étaient taillés dans la même planche. Ce dernier procédé n’apparut guère que vers le second quart du xve siècle, et on l’employa surtout pour des ouvrages populaires, dont la vogue était alors universelle. Aussi la gravure n’était-elle en l’espèce qu’une supercherie pour faire croire au manuscrit; on couvrait le plus souvent les vignettes de couleurs et d’ors éclatants, et le tout se vendait pour les meilleures choses»

Les premiers essais de ces figurines en relief trouvées par les faiseurs d’images, et répandues par les cartes à jouer, furent des plus médiocres. Le dessin et la taille en étaient également inhabiles, comme on a pu s’en convaincre par les fac-similés que M. H. Delaborde a placés dans son Histoire de la Gravure. On avait toutefois essayé de mettre un texte au bas du Saint- Christophe de 1423, et l’idée de donner plus d’importance à cette lettre dut venir à bien des libraires. Soumis aux écrivains qui les rançonnaient à merci, obligés de revendre eux-mêmes à des prix exagérés les livres les plus ordinaires, ils rêvèrent de tirer profit de la gravure pour obtenir à meilleur compte les travaux usuels indispensables à leur commerce. A l’époque du Saint- Christophe, soit en 1423, il y avait plusieurs ouvrages

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