CHAPITRE IV
sans marque de fabrique. Ces artistes en typographie étaient d’ailleurs les hommes les plus prudents et les plus
subtils du monde. Venus dans un moment où la librairie
devenait un commerce avoué, et un commerce avec toutes
les habiletés et les ressources des autres, ils en profité-.
rent sagement, recueillant pour eux gloire et profit, sans avoir fait autre chose que d’arriver à point. Employant les caractères de Claude Garamond, de Jacques Sanlecque, et les papiers d’Angoulême, ils sont à proprement parler des éditeurs français, comme M. Didot l’avait remarqué.
En France, les Eizevier n’avaient point de rivaux; mais une mode s’était introduite dès la fin du xvie siècle, c’était l’association de libraires en vue de publications importantes et coûteuses. Il y avait eu — pour ne parler que de celles là — la compagnie du Grand navire « de la grande nef » en 1610, celle de la Source en 1622, celle du Soleil en 1629. En 1 63 1 , plusieurs éditeurs se réunirent et fondèrent une seconde société du Grand navire ; c’étaient les deux Cramoisy, Sébastien et Gabriel, Denys Béchet, Jean Branchu, Denys Moreau, Claude Sonnius, Denys Thierry. Les associés se servaient d’un vaisseau comme marque, mais sans mettre leurs noms sur les mâts, ainsi que l’avaient fait les anciens du Grand navire . Ils publiaient à frais communs et à gains partagés de gros ouvrages que chacun d’eux avait droit de mettre dans sa boutique, mais ils se réservaient, bien entendu, le droit d’en éditer tels autres qu’il leur plairait. Sébastien Cramoisy passe pour avoir été le chef, le directeur moral d’une autre société, formée en vue de publier les Pères de l’Église avec les caractères du roi, société annexe du Grand navire , et signée en 1 638, de Denis Moreau, Gille
Morel, Etienne Richer, Claude Sonnius et Gabriel Cramoisy. Mais en ce qui concerne ses travaux personnels, s’ils n’ont ni la perfection ni l’aspect de ceux de