L'ASSOMPTION
Ces derniers chants ne furent exprimés ni par la parole , ni par le regard , ni par le Qtssle, ni par aucun des signes dont se serrent les hommes pour se communiquer leurs pensées ; mais en la manière dont l'ame se parle à elle-même, car à l'instant où Séraphita se dévoilait dans sa vraie nature , ses idées n'étaient plus escla- Tes des mots humains. La yiolence de sa dernière prière avait brisé les liens. Comme une blanche colombe , son ame demeura pendant on moment posée sur ce corps dont les substances épuisées allaient s'anéantir. L'aspiration de l'Ame yers le ciel fut si contagieuse , que Wilfrid et Minna ne s'aperçurent pas de la Mort en voyant les radieuses étincelles de la Vie. Us
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étaient tombés à genoux quand il s'était dressé Ters son orient, et partageaient son extase; la crainte du Seigneur , qui crée rhoinme une seconde fois et le lave de son limon , avait dévoré leurs cœurs j leurs yeux se voilèrent aux choses de la terre , et la Foi les ouvrit aux clartés du ciel. Quoique saisis par le tremblement de Dieu , comme le furent quelques-uns de ces Yoyans nommés Prophètes parmi les hommes , ils y restèrent comme eux en se trouvant dans le rayon où brillait la gloire de I'ëspbit. Le voile de chair qui le leur avait caché jusqu'alors, a'évaporait insensiblement et leur en laissait voir la divine substance. Ils étaient dans le crépuscule de l'Aurore Naissante dont les faibles lueurs les préparait à voir la Vraie Lumière , à entendre la Parole Vive, sans en mourir. £n cet état , tous deux commencèrent à concevoir les différences incommensurables qui séparent les choses de la Terre, des choses du Ciel. La Yn sur le bord laquelle ils se tenaient serrés Vun contre l'autre , tremblans et illuminés comme deux petits enfans se tiennent sous un abri devant un incendie, cette Vie n'o£Prait aucane prise aux sens. Les idées dont ils se servirent pour se dire leur vision , furent aux choses entrevues ce que les sens apparens de l'homme peu*
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Tent être a son ame y la matérielle eoTeloppe d^ane essence divine. L'Esprit était au-dessus d'eux y il embaumait sans odeur ^ il était mélodieux sans le secours des sons ^ car , là où ils étaient ^ il ne se rencontrait ni surfaces , ni angles , ni air. Us n'osaient plus ni l'interroger , ni le contempler^ et se trouvaient dans son ombrecomme on se trouve sous les ardens rayons du soleil des tropiques^ sans qu'on se hasarde à lever les yeux de peur de perdre la vue. Ils se savaient près de lui , sans pouvoir s'expliquer par quels moyens ils étaient assis comme en rêve sur la frontière du Visible et de l'Invisible^ ni comment ils ne voyaient plus le Visible y et comment ils apercevaient l'Invisible. Ils se disaient : — « S'il nous touche y nous allons mourir f » Mais I'Ësprit était dans l'infini y et ils ignoraient que ni le temps ni l'espace n'existent plus dans l'infini y qu'ils étaient séparés de lui par des abymes y quoique en apparence près de Ini^ mais leurs âmes n'étant pas propres à recevoir en entier la connaissance des facultés de cette Vie^ ils n'en eurent que des perceptions confuses appropriées à leur faiblesse^ autrement, quand la PAROLE VIVE dont ils n'entendirent que les sons éloignés vint à retentir et dont le sens entra dans leur ame comme la vie s'unit aux
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corps , un seul accent de cette Parole les aurait absorbés comme un tourbillon de feu s'empare d'une légère paille. Ils ne virent donc que ce que leur nature , soutenue par la force de l'Esprit^ leur permit de voir ; ils n'entendirent que ce qu'ils pouvaient entendre^ encore, malgré cas tçmpéramens , frissonnèrent-ils quand éclata la YOIX de l'ame sou£Frante , le chant de l'EspRiT qui attendait la vie et l'implorait par un cri dont ils furent glacés jusque dans la moelle de leurs os. L'ëspbit frappait à la PORTE SAINTE.
— Que yeux- tu? répondit un GHOEva dont l'interrogation retentit dans les mondes.
— Aller à Dieu.
— As-tu vaincu?
— J'ai Vaincu la chair par l'abstinence , j'ai pleuré mon fiel, j'ai vaincu la fausse parole par le silence, j'ai vaincu la fausse science par l'humilité, j'ai vaincu l'orgueil par la charité , j'ai vaincu la terre par l'amour, j'ai payé mon tribut par la souffrance , je me suis purifié en brûlant dans la foi, j'ai souhaité la vie par la prière -y j'attends en adorant , et suis résigné.
— Tu n'entreras pas !
— Que Dieu soit béni ! répondit I'Espbit.
Ses pleurs coulèrent et tombèrent en rosée sur
SÉRAPHITA. i4i
les deux témoins agenouillés qui frémirent de- Tant la justice de Dieu.
Tout à coup sonnèrent les trompettes de la Victoire remportée par l'ANGE dans cette dernière épreuTO, les retentissemens arriTèreni aux espaces comme un son dans l'écho^ les remplirent et firent trembler l'univers que Wilfrid et Minna sentirent être petit sous leurs pieds. Ils tressaillirent , agités d'une angoisse causée par l'appréhension du mystère qui de- Tait s'accomplir. Il se fit en e£Fet un grand mou- Teraent comme si les légions éternelles se met* taient en marche et se disposaient en spirale ; les mondes tourbillonnaient y semblables à deb nuages emportés par un vent furieux : ce fut rapide. Soudain les yoiles se déchirèrent , ils virent dans le haut comme un astre incomparablement plus brillant que ne l'est le plus lumineux des astres matériels , qui se détacha , qui tomba comme la foudre en scintillant toujours comme l'éclair , et dont le passage faisait pâlir ce qu'ils avaient pris jusqu'alors pour la Lumière. G*était le Messager chargé d'annoncer la bonne nouvelle , et dont le casque avait pour panache une flamme de vie. Il laissait derrière lui des sillons aussitôt comblés par les flots des loeurs particulières qu'il traversait. Il avait une palme
U9 Ll LITU amiQIIB.
el une épée , il toocha l'Eanur de sa palme , awin\M l'EsniT se transfigura, ses ailes Uancbes se déployèrent sans bruit. la eommunipation de la Lnnftii qui changeait l'EsnuT en SÉAAPltm, le rerétemait de sa forme glorieuse , son armure céleste jetèrent de tels rayonnemens, que les deux Yoyans en furent foudroyés et , comme les trois apôtres aux yeux desquels Jésus se montra , Wilfrid et Minna ressentirent le poids de leurs corps qui s'opposait à une intuition complète et sans nuages de La Paeoli et de Ljl YsAix Vil. Us comprirent la nudité de leurs âmes et purent en mesurer le peu de clarté par la comparaison qu'ils en firent avec l'auréole du Séraphin dans laquelle ils se trouvaient comme une tache dont ils avaient honte , et furent saisis d'un ardent désir de se replonger dans la fange de l'univers 9 pour y souffrir les épreuves, afin de pouvoir un jour proférer victorieusemoit à Là PoiTi Saints , les paroles dites par le radieux Séraphin. Cet ange s'agenouilla devant le SAIiG* TUAIRE qu'il pouvait enfin contempler faoe à face, et dit : -— Permettez-leur de voir plus avant , ils aimeront le Seigneur et proclam^ont sa parole.
A cette prière , un voile tomba. Soit que la force inconnue qui pesait sur les deux Yoyans
SiKATHITA. 247
eut momentanéineiit anéanti leurs formes cor-* porelles ^ soit qu'elle eût fait surgir leur esprit au dehors , ils sentirent en eux comme un par** tage du pur et de l'impur. Les pleurs du Séraphin s'élevèrent autour d'eux sous la forme d'une ya« peur qui leur cacha les mondes inférieurs , les enveloppa ^ les porta , leur communiqua l'oubli des significations terrestres , et leur prêta la puissance de comprendre le sens des choses di- Tines. La Vraie Lumière parut , elle éclaira les créations qui leur semblèrent arides , quand ils Tirent la souree où les mondes Terrestres , Spirituels et Divins puisent le mouvement. Chaque monde formait un centre où tendaient tous les points de sa sphère ; ces mondes étaient euxmêmes des points qui tendaient au centre de leur espèce ; chaque espèce avait son centre vers de grandes régions célestes qui communiquaient aveo l'intarissable et flamboyant moteur de iout ee tiuiest, Ainsi^ depuis le grand jusqu'au plus petit des mondes^ et depuis le plus petit des mondes jusqu'à la plus petite portion des êtres dont il se composait^ tout était individuel ^ et aéaniiioins tout était un. Quel était le dessein de cet être fixe dans son essence et dans ses facultés , qui les transmettait sans les perdre , qui les manifestait hors de Lui sans les séparer de Lui ,
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qui rendait hors de Lui toutes ces créations fixes dans lenr essence ^ et muables dans leurs formes ? Les deux convives appelés à cette fête ne pouvaient que voir Tordre et la disposition des êtres , en admirer la fin immédiate ; les anges seuls allaient au-delà , connaissaient les moyens et comprenaient la fin. Mais ce que les deux élus purent contempler , ce dont ils rapportèrent un témoignage qui éclaira leurs âmes pour toujours y fut la certitude de l'action des Mondes et des Êtres^ la conscience de l'e£Fort avec lequel ils tendent au résultat. Ils entendirent les di- Tcrses parties de l'Infini formant une mélodie vivante ; et ^ à chaque temps où l'accord se faisait sentir comme une immense respiration , les Mondes entraînés par ce mouvement unanime , s'inclinaient vers l'Être immense qui^de son centre impénétrable , faisait tout sortir et ramenait tout à lui. Cette incessante alternative de toîx et de silence semblait être la mesure de l'hymne saint qui retentissait et se prolongeait dans les siècles des siècles. Wilfrid et Minna comprirent alors quelques-unes des mystérieuses paroles de Celui qui sur la terre leur était apparu à chacnn d'eux sous la forme qui le leur rendait compréhensible^ à l'un Séraphitûs , à l'autre Séraphita, quand ils virent que là tout était honogène. La
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lumière enfantait la mélodie , la mélodie enfantait la lumière , les couleurs étaient lumière et mélodie , le mouToment était un Nombre doué de la parole ; enfin , tout y était à la fois sonore , diaphane , mobile ; en sorte que chaque chose se pénétrant l'une par l'autre y l'étendue était sans obstacle et pouvait être parcourue parles Anges dans la profondeur de l'infini. Ils reconnurent la puérilité des sciences humaines dont il leur avait été parlé. Ce fut pour eux une vue sans ligne d'horizon , un abyme dans lequel un dé- Torant désir les forçait à se plonger^ mais attachés à leur misérable corps , ils avaient le désir sans avoir la puissance.
Le Séraphin replia légèrement ses ailes pour prendre son vol , et ne se tourna plus vers eux^ ils n'avaient plus rien de commun ensemble, il s'élança , l'immense envergure de son scintillant plumage couvrit les deux Yoyans comme d'une ombre bienfaisante qui leur permit de lever les yeux et de le voir emporté dans sa gloire, accompagné du joyeux archange. Il monta comme un soleil radieux qui sort du sein des ondes, mais, plus majestueux que l'astre et promis a de plus belles destinées , il ne devait pas être enchaîné comme les créations inférieure^ dans une vie circulaire y il suivait
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la li(pie de rinftni^ et tendait sans dériatioD vers le centre unique pour s'y plonger dans la Tie éternelle , pour y recevoir dans ses facultés et dans son essence le pouToir de jouir par l'amour , et le don de comprendre par la sagesse. Le spectacle qui se dévoila soudain aux yeux des deux Yoyans les écrasa sous son immensité^ car ils se sentaient comme des points dont la petitesse ne pouvait se comparer qu'à la moindre fraction que l'infini de la divisibilité permette à l'homme de concevoir ^ mise en présence de l'infini des Nombres que Dieu seul peut envisager comme il s'envisage lui-même. Quel abaissement et quelle grandeur en ces deux points que le premier désir du Séraphin plaçait comme deux anneaux , la Force el l'Amour , pour unir l'immensité des univers inférieurs à l'immensité des univers supérieurs. Ils comprirent les invisibles liens par lesquels les mondes matériels se rattachaient aux mondes spirituels. En se rappelant les sublimes efforts des plus beaux génies humains ^ ils trouvèrent le principe des mélodies en entendant les chants du ciel qui donnaient les sensations des couleurs , des parfums et de la pensée j ils rappelaient les innombrables détails de toutes les créations , comme un chant de la terre ranime ^'infirmes
StBAPHiTA. 331
souvenin d^amour. Arriyés par une exaltation inooie de leurs faculté» à on lieu sans nom dans le langage, ils purent jeter peodant un moment les yeux sur le Monde Divin. Là était la fête. Des myriades d'anges accoururent tous du même vol, sans confusion, tous pareils, tous dissemblables , simples comme la rose des champs, immenses comme les mondes. Wilfrid et Minna ne les virent ni arriver ni s'enfuir 3 ik ensemencèrent soudain Tinfini de leur présence , comme les étoiles brillent dans l'indis-» eernable éther ; le scintillement de leurs diadèmes réunis s'alluma dans les espaces , comme les feux du ciel au moment où le jour parait dans nos montagnes. De leurs chevelures sortaient des ondes de lumière , et leurs mouve* mens excitaient des frémissemens onduleux semUables aux flots d'une mer phosphorescente. Les deux Yoyans aperçurent le Séraphin tout obscur au milieu des légions immortelles dont les ailes étaient comme l'immense panache des forêts agitées par unebrisd. Aussitôt, comme si tontes les flèches d'un carquois s'élançaient ensemble, les Esprits chassèrent d'un souffla les vestiges de son ancienne forme; à mesure que montait le Séraphin , il devenait plus pur ; bientôt, il ne leur sembla qu'un léger dessin de
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G€ qa*ils ayaient tu quand il s'était transfig^oxé , des lignes de feu sans ombre. Il montait ^ recevait deoercle en cercle un don nouTeaa; pois le signe de son élection se transmettait à la sphère supérieure où il montait toujours purifié. Aucune des voix ne se taisait ^ l'hymne se propageait dans tous ses modes.
« Salut à qui monte vivant ! Viens ^ fleur des «Mondes! Diamant sorti du feu des douleurs! « perle sans tache ^ désir sans chair, lien nou- « veau de la terre et du ciel , sois lumière ! esprit « vainqueur , Reine du monde , vole à ta cou- « ronne ! Triomphateur de la terre , prends ton « diadème ! Sois à nous ! »
Les vertus de l'Ange reparaissaient dans leur beauté. Son premier désir du ciel reparut gracieux comme une verdissante enfance; comme autant de constellations, ses actions le décorèrent de leur éclat : les actes de sa foi brillèrent comme l'Hyacinthe du ciel couleur du feu sidéral : la Charité lui jette ses perles orientales, belles larmes recueillies; l'Amour divin l'entoura de ses roses ; sa Résignation prieuse lui enleva par sa blancheur tout vestige terrestre. Aux yeux de Wilfrid et de Minna , bientôt il ne fut plus qu'un point de flamme qai s'avivait toujours et dont il était impossible de remarquer
StMAFHITA. 33S
le monvemeiit soutenu par la mélodieuse acclamation qui célébrait sa venue au ciel ,et dont les accens firent pleurer les deux bannis*
Tout à coup un silence de mort s'étendit comme un voile sombre de la première à la dernière sphère y et plongea Wilfrid et Minna dans une indicible attente. En ce moment le Séraphin se perdait au sein du Sanctuaire où il reçut le don de vie éternelle. 11 se fit un mouTcment d'adoration profonde qui remplit les deux Yoyans d'une extase mêlée d'effroi. Ils sentirent que tout se prosternait dans les sphères divines y dans les sphères spirituelles^ et dans les mondes de ténèbres. Les anges fléchissaient le genou pour célébrer la gloire^ les esprits fléchissaient le genou pour attester leur impatience ; on fléchissait le genou dans lesabymes en frémissant d'épouvante. Un grand cri de joie jaillit comme jaillirait une source arrêtée qui recommence ses milliers de gerbes florissantes où se joue le soleil en parsemant de diamans et de perles les gouttes lumineuses , à l'instant où le Séraphin reparut flamboyant et cria : — ÉTERNEL y ÉTERNEL , ÉTERNEL !
Les univers l'entendirent et le reconnurent , il les pénétra comme Dieu les pénètre. L'ange prit possession do l'infini. Les Sept mondes di-
UA Ll LIYUI MTSTIQIJft.
rini •'émiireiil à sâ voii et lui répondirent. En ce moment il se fit im grand moayement comme si des astres entiers pnrifiés s'élevaient en d'éblooissautes clartés devenues éternelles. Peutêtre le Séraphin avait-il reçu pour première mission d'appeler à Dieu les créations pénétrées par la Parole? Hais déjà l'AiiSLinA sublime retentissait dans l'entendement de Wilfrid et de Minna, comme les dernières ondulations d'nne masiqoe finie ; déjà les lueurs célestes s'abolissaient comme les teintes d'un soleil qui se couche dans ses langes de pourpre et d'or. L'Impur et la Mort ressaisissaient leur proie. En rentrant dans les liens de la chair dont leur esprit avait momentanément été dégagé par un sublime sommeil^ les deux mortels se sentaient comme au matia d'une nuit remplie par de brillans rêves dont le souvenir voltige en l'ame , mais dont le corps n'a. plus conBcience , et que le langage humaia ne saurait exprimer. La nuit profonde , dans les limbes de laquelle ils roulaient , était le soleil des mondes visibles.
^— Descendons là-bsts, dit Wilfrid à Hinna .
— Faisons comme il a dit , répondit-elle. Après avoir vn les mondes en marche vers Dieu , nous connaissons le bon sentier. Nos diadèmes d'étoiles sont là-haut.
Ils roulèrent dans les abymes, rentrèrent dans la poussière des mondes inférieurs ^virent tout à coup la terre comme un lieu souterrain dont le spectacle leur fut éclairé par la lumière qu'ils rapportaient en leur ame> et qui les environnait encore d'un nuage où se répétaient vaguement les harmonies du ciel en se dissipant. Ce spectacle était celui dont les yeux intérieurs des Prophètes avaient été frappés jadis. Ministres des religions diverses toutes prétendues vraies^ Rois tous consacrés par la Force et par la Terreur ,
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Guerriers et Grands se partageant matuellement la Terre , Sayans et Riches au-dessus d'une foule bruyante et sou£Erante qu'ils broyaient bruyamment sous leurs pieds 3 tous étaient accompagnés de leurs serviteurs et de leurs femmes^ tous étaient vêtus de robes d'or , d'argent , d'azur , couverts de perles , de pierreries arrachées aux entrailles delà Terre, dérobée au Fond des Mers ^ et pour lesquelles l'humanité s'était dès long-temps employée, en suant et blasphémant. Mais ces richesses et ces splendeurs construites de sang furent comme de vieux haillons aux yeux des deux Proscrits.
— Que faites -vous ainsi rangés et immobiles ? leur cria Wilfrid.
Ils ne répondirent pas.
— Que faites-vous ainsi rangés et immobiles?
Ils ne répondirent pas.
Wilfrid leur imposa les mains en leur criant: — Que faites-vous ainsi rangés et im* mobiles ?
Par un mouvement unanime , tous entr'ouvrirent leur robes et laissèrent voir des corps desséchés y rongés par des vers, corrompus^ pulvérisés, travaillés par d'horribles maladies.
— Vous conduisez les nations à la mort , leur
SÉRArBITA. 237
dit Wilfrid. Vous avez adultéré la terre , dénaturé la parole^ prostitué la justice. Après avoir mangé l'herbe des pâturages ^ tous tuez maintenant les brebis? Vous croîyez-vous justifiés en montrant vos plaies? Je vais avertir ceux de mes frères qui peuvent encore entendre la Voix y afin qu'ils puissent aller s'abreuver aux sources que vous avez cachées.
— Réservons nos forces pour prier, lui dit Minna, tu n'as la mission ni des Prophètes, ni du Réparateur , ni du Messager , nous ne sommes encore que sur les confins de la première sphère; essayons de franchir les espaces sur les ailes de la prière.
— Tu seras tout mon amour !
— Tu seras toute ma force !
—Nous avons entrevu les Hauts Mystères, nous sommes l'un pour l'autre le seul être ici-bas avec lequel la joie et la tristesse soient compréhensibles. Prions donc! nous connaissons le chemin, marchons.
— Donne-moi la main , dit-elle; si nous allons ensemble , la voie me sera moins rude et moins longue.
— Avec toi seulement, répondit l'homme, je pourrai traverser la grande solitude , sans me permettre une plainte.
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—Et nouB irons ensemble à Sien, dit-elle.
Les nuées vinrent et formèrent on dais sombre. Tont a coup , les deux amans se trouyèrent agenouillés devant un corps que le vieiix David défendait contre la curiosité de tous ^ et qu'il voulut ensevelir lui-même. Au dehors, écla* tait dans sa magnificence le premier été du dixneuvième siècle. Les deux anians crurent entendre une voix dans les rayons du soleil , ils respirèrent un esprit céleste dans les fleurs non- 1 velles, et se dirent en se tenant par la main : — 1 L'immense mer qui reluit là-bas est une image 1 de ce que nous avons vu là-baut.
— On allez-vous? leur demanda M. Becker.
— Nous voulons aller à Dieu , dirent-ik , Tenez avec nous , mon père ?
Décenibre i853.— Novembre i835.