‹ Le livre mystiqueChapitre 12 sur 13 · LE LIVKB HT^IQUE · texte numérisé non relu

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ce qu'ils avaient vu quand il s'était transfiguré , des lignes de feu sans ombre. Il montait , recevait de cercle en cercle un don nouveau; puis le signe de son élection se transmettait a la sphère supérieure où il montait toujours purifié. Aucune des voix ne se taisait , l'hymne se propageait dans tous ses modes.

« Salut à qui monte vivant ! Viens ^ fleur des «Mondes! Diamant sorti du feu des douleurs!

« perle sans tache ^ désir sans chair ^ lien non- « veau de la terre et du ciel , sois lumière ! esprit « vainqueur ^ Reine du monde y vole à ta cou- « ronne ! Triomphateur de la terre ^ prends ton «( diadème ! Sois à nous ! »

Les vertus de l'Ange reparaissaient dans leur beauté. Son premier désir du ciel reparut gracieux comme une verdissante enfance; comme autant de constellations, ses actions le décorèrent de leur éclat : les actes de sa foi brillèrent comme l'Hyacinthe du ciel couleur du feu sidéral : la Charité lui jette ses perles orientales, belles larmes recueillies; l'Amour divin l'entoura de ses roses ; sa Résignation prieuse lui enleva par sa blancheur' tout vestige terrestre. Aux yeux de Wilfrid et de Minna , bientôt il ne fut plus qu'un point de flamme qui s'avivait tODJours et dont il était impossible de remarquer

le mouvement soutenu par la mélodieuse acelamation qui célébrait sa venue au ciel ^et dont les accens firent pleurer les deux bannis.

Tout à coup un silence de mort s'étendit comme un voile sombre de la première a la dernière sphère , et plongea Wilfrid et Minnà dans une indicible attente. £n ce moment le Séraphin se perdait au sein du Sanctuaire où il reçut le don de vie éternelle. Il se fit un mouvement d'adoration profonde qui remplit les deux Yoyans d'une extase mêlée d'effroi. Ils sentirent que tout se prosternait dans les sphères divines ^ dans les sphères spirituelles , et dans les mondes de ténèbres. Les anges fléchissaient le genou pour célébrer la gloire; les esprits fléchissaient le genou pour attester leur impatience ; on fléchissait le genou dans les aby mes en frémissant d'épouvante. Un grand cri de joie jaillit comme jaillirait une source arrêtée qui recommence ses milliers de gerbes florissantes dû se joue le soleil en parsemant de diamans et de perles les gouttes lumineuses , à l'instant où le Séraphin reparut flamboyant et cria : — ÉTERNEL , ÉTERNEL , ÉTERNEL !

Les univers l'entendirent et le reconnurent , il les pénétra comme Dieu les pénètre. L'ange prit possession de l'infini. Les Sept mondes di-

vins s'émareot à sa yw et lai répondirent. £n ce moment il se fit un grand monvement comme si des astres entiers purifies s'élevaient en d'éblouissantes clartés devenues éternelles. Peutêtre le Séraphin avait- il reçu pour première mission d'appeler a Dieu les créations pénétrées par la Parole? Mais déjà F alléluia sublime retentis* sait dans l'entendement de Wilfrid et de Minna, C(nnme les dernières ondulations d'une musique finie ; déjà les lueurs câestes s'abolissaient comme les teintes d'un soleil qui se couche dans ses langes de pourpre et d'or. L'Impur et la Mort ressaisissaient leur proie. En rentrant dans les liens de la chair dont leur esprit avait momentanément été dégagé par un sublime sommeil; les deux mortels se sentaient comme au malin d'une nuit remplie par de brillans rêves dont le souvenir voltige en l'ame , mais dont le corps n'a plus conscience , et que le langage humain ne saurait exprimer. La nuit profonde , dans les limbes de laquelle ils roulaient , était le soleil des mondes visibles.

— Descendons là-bas, dit Wilfrid à Blinna .

— Faisons comme il a dit , répondit-elle.

Après avoir tu les mondes en marche vers Dieu , nous connaissons le bon sentier. Nos diadèmes d'étoiles sont là-haut.

Ils roulèrent dans les abymes^ rentrèrent dans la poussière des mondes inférieurs ^virent tout à coup la terre comme un lien souterrain dont le spectacle leur fut éclairé par la lumière qu'ils rapportaient en leur ame, et qui les enirironnait encore d'un nuage où se répétaient vaguement les harmonies du ciel en se dissipant. Ce spectacle était celui dont les yeux intérieurs des Prophètes avaient été frappés jadis. Ministres des religions diverses toutes prétendues vraies^ Rois tous consacrés par la Force et par la Terreur ^

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Guerriers et Grands se partageant mutnellement la Terre , Savans et Riches an-dessus d'une foule bruyante et soufiErante qu'ils broyaient bruyamment sous leurs pieds ^ tous étaient accompugnés de leurs serviteurs et de leurs femmes^ tous étaient vêtus de robes d'or , d'argent , d'azur^ couverts de perles^ de pierreries arrachées, aux entrailles delà Terre, dérobée au fond des Mers ^ et pour lesquelles l'humanité s'était dès Ion g- temps employée, en suant et blasphémant. Mais ces richesses et ces splendeurs construites de sang furent comme de vieux haillons aux yeux des deux Proscrits.

— Que faites -vous ainsi rangés et immobiles ? leur cria Wilfrid.

Us ne répondirent pas.

— Que faites-vous ainsi rangés et immobiles?

Ils ne répondirent pas.

Wilfrid leur imposa les mains en leur criant : — Que faites-vous ainsi rangés et immobiles?

Par un mouvement unanime , tous entr'ouvrirent leur robes et laissèrent voir des corps desséchés, rongés par des vers, corrompus, pulvérisés^ travaillés par d'horribles maladies.

— Voas condmBexle&Tv^AiQns à la mort , leur

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dit Wilfrid. Vous avez adultéré la terre , dénaturé la parole^ prostitué la justice. Après avoir mangé l'herbe des pâturages ^ tous tuez maintenant les brebis? Vous croiyez-vous justifiés en. montrant vos plaies? Je vais avertir ceux de mes frères qui peuvent encore entendre la Yoix^ afin qu'ils puissent aller s'abreuver aux. sources que vous avez cachées.

— Réservons nos forces pour prier ^ lui dit Minna^ tu n'as la mission ni des Prophètes^ ni du Réparateur y ni du Messager^ nous ne sommes encore que sur les confins de la première sphère; essayons de franchir les espaces sur les ailes de la prière.

-*- Tu seras tout mon amour !

— Tu seras toute ma force !

-—Nous avons entrevu les Hauts Mystères^ nous sommes l'un pour l'autre le seul être ici-bas avec lequel la joie et la tristesse soient compréhensibles. Prions donc! nous connaissons le chemin , marchons.

— Donne-moi la main^ dit-elle; si nous allons ensemble y la voie me sera moins rude et moins longue.

-r Avec toi seulement , répondit l'homme^ je pourrai traverser la grande solitude y sans me permettre une plainte.

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