‹ Le livre noir drame en cinq actes et six tableaux (volume 2)Chapitre 10 sur 91 · PONCELET · texte numérisé non relu

PONCELET

Un duel!*., fi!... c’est bon pour les braves!.. . j’ai d’antre armes...

L’assassinat T

POINCELET.

Oh! non, j’ai des armes plus puissantes, les armes do la justice, une balance.

LB MAJOR

Un procès on adultère?

POINCELET.

Voilà mou rêve; mais que la réalisation en est difficile avec une femme comme la mienne!

LE MAJOR

Vous l’aimez encore peut-être?

POINCELET.

Moi ?... je ne l’ai jamais aimée. Je l’épousai, quoique jeune et Jolie» parce qu’elle possédait dix mille lianes et que fêlais loin de les avoir. Mais un an après mon oncle mourut cl mo laissa deux cent mille francs. Co fut mon tour h être riche. Ma f mmo prit alors sa revanche. Elle se mit à dépenser quinze mille francs par an pour sa toilette, sous prétexte qu’elle en avait apporté dix mille dans le ménage. Jugez si en allant do co pas, un honimo doit être vile ruiné. Je me plaignis, on ne m'écoute pas.,.jo parlai de me séparer, on me dit que pour obtenir la séparation en justice, il fallait avoir quoique grava sujet de plainte, comme si jo n’en avais pas ou! Je souffrais horriblement. Enflu Utou eut pitié do moi, ma femme so conduisit mal. Josépha eut un amant.

LK MAJOR

Le médecin ?

POINCELET.

Lo médecin d’abord, puis l’officier du génie... enfin elle y pour amant aujourd’hui jo ne sais quelle profession... vous comprenez qu'un procès en adultère me sauve. Un nous séparera... je serai condamné à faire uno pension alimentaire h Josépha, et ma fortuuo est assurée pour toujours.

LB MAJOR

Faitcs-ledonc ce procès.

rOISCELET.

Jo vous le rôpèto, voilà lo difficile... la loi veut des preuves do l’adultère, cl les prouve s quo vous savez. Or Josépha est si mobile, ri légère, si insaisissable que lorsque je suis sur le p int de la surprendre dans les conditions que. b loi exige... crac ! elle a déjà un autre amant. Jo pars pour voir un dénouement et jo n’arrive jamais qu’à un premier chapitre... jo crois cependant que celte fuis je louche à rn*»n flagrant délit. Mon jeune homme est ici... jo lo découvrirai... je m'attacherai à lui, et, selon toutes les probabilités, il ira chez Josépha en soi tant. Il y a beaucoup de commissaires do police dans eolte honorable maison; j’en ai retenu deux pour mon compte. Us m'accompagneront... et, au polit jour, descente, procès-verbal, arrestation, enfla, procès en adultèro.

LE MAJOR

Savez-vous le nom du jeune homme imprudent que vous venez chercher ici?

FOINCELBT.

Non; mais j’ai ses traits là... J« lo trouverai, soyez-en sûr... Un beau jeune homme, bien fait, élégant, plus jeune quo le médecin de Dijon, et infiniment supérieur, sous tous les rapports, n l’iifflcicr du génie de Mâcon. Oh ! Josépha a du goût; il ne faut pas que la colère m’aveugle au point de no pas en convenir.

F.n attendant, voulez-vous quo nous allions concerter cl mettre à exécution le fameux coup quo m’enseigna en Grèce lor 1 Byron, mon ami, mon comp icnon d’armes, ce coup qui vous a déjà fait gagner douze ccntS francs» et qui doit vous en faire gagner co soir six mille d’emblée?

POINCKLST.

Si je le veux? mais de toute mon âme 1 Si je suis ici, moi qui par goût et par habitude mo mis toujours tenu éloigné des maisons comme ccllo où nous sommes, c'est que j'ai voulu voir si le vieux proverbe : « Malheureux en femmes, heureux au jeu, » était vrai ou non.

LE MAJOR

11 sera vrai pour vous.

FOIRCELLT.

Allons, Mionsiour le Major; mais quo je mo souvienne bien du

] rôle que j'ai à jouer dans cette partie, à laquelle, je lo confesse,

| jo ne comprends rien, si ce n’est que vous Sa gagnez toujours.

le major.

! Cela ne vous suffi l-il pas?

roincuiT.

î Sans doute; nous disons donc, répélez-le-moi, je vous prie, car ma tète est un peu troublco... Vous serez assis près du i<an» quior aumoiuenl ou il se disposera h faire tourner le cylindre de la roulette?

LE MAJOR

Très-bien ; et vous, monsieur Poincelct, vous serez placé visà-vis du banquior. Vous me regarderez fixement, comme hier. foincelet, faisant un jeu de physionomie.

Ainsi, n’cst-co pas ?

LE MAJOR

Non! c’est trop d’affectation. Vous pensez toujours à voire f’inme. C’est beaucoup mieux de cette manière ; si je ferme j fœil droit, vous mettrez votre or sur U rouge et vous gag uerez.

* POINCELET.

Si, au contraire, vous fermez l’œil gauche, je mettrai sur la noire, et je gagnerai pareillement.

LE MAJOR

A mervoillol

POINCELET.

Dans les deux cas, je dois gagner ; seulement, il faut que je remarque avec la plus grande attention quel est l’œil quo vous feimoz.

LE MAJOR

Six nrillo francs valent bien celte peine. Venez, maintenant.

POINCELET.

Josépha, jo saurai le nom de voile troisième séducteur, cl si je vous surprends ensemble...

LE MAJOR

Venez, la fortune vous traitera mieux que les amours. {Ils entrent dans le salon.)

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