SCÈNE XX
MAURICE, HENRIETTE, ils entrent de gauche.
MAURICE, après avoir remis son chapeau au domestique, qui se retire ainsi que la femme de chambre.
Enfin, je puis vous appeler ma femme ! mes vœux sont accomplis.
HENRIETTE
Que cette cérémonio du mariage, mon ami, est imposante dans son invariable simplicité! ce serment fait devant l’aulel, éblouissant et silenrioux, cet engagement: vous, de me défendre de me protéger ; moi, de vous obéir.
MAURICE
Vous n’avez pas attendu le mariago pour vous soumettre à la parole un peu sévère du législateur. Je vous ai dit ce matin qu’il me plairait de vous voir venir à la cérémonie dans une mise modi-ste, et vous y êtes venue avec celte robe qui n’aura, certes fou aucune envie aux pauvres dont nous avons été entourés à notre cnti ce a l église.
HENRIETTE
L> abord mon intention était de ne pas me jeter dans les excès d une toilette fastueuse; ensuite, mon ami, vous ignorez encore combien il est doux pour le cœur d’une femme de n’avoir de pensee, de volonté , que la pensée et la volonté do celui qu’elle aime. File a legoisme du sacrifice à un point que vous pouvez lui envier, mais que vous n’égalore* jamais. C’est donc moi qui vous remercie do m’avoir imposé la joio de mo conformer à vos désirs.
MAURICE
Henriette, croyez-vous qu’il y ait au monde on ce moment quclqu un do plus heureux que moi?
HENRIETTE
Je ne sais pas, mon ami... -»
MAURICE
Ah! vous en douiez? mais qui pourrait l’ô Ire davantage ?... jO supposer est un blasphème. (71 prend la main d' lit une i le.) Plus heureux quo moi I — Qu’est-ce doue?
HENRIETTE
Votre bourse.
Maurice, prenant la bonne.
Vide! J'y avais mis vingt louis tantôt en partant pour la cérémonie. Ah!... je comprends... les pauvres, n’est-ce pas? HENRIETTE.
Vous voyez bien , mon ami , que je suis plus heureuse que vous.
MAURICE
Vous avez raison... je ne suis que le bonheur; vous ôtes le bonheur cl le bienfait, Henriette.
HENRIETTE
Mon ami, nos invités vont venir.
MAURICE
Tout est prêt pour bien les recevoir. Notre soirée sera simple.
Henriette , passant à droite.
Elle sera charmante. (Elle s'assied sur U canapé.)
Maurice, debout pris «Telle.
Nos amis seront indulgents; un jeune ménage n'a pas encore une très-grande expérience.
HENRIETTE
Mon piano est excellent.
MAURICE
Vous jouerez, mais qui chantera ?
HENRIETTE
Moi, mon ami.
MAURICE
Vous!.., j’ignorais.. . vous ne m'aver pas dit qne vous saviez chanter.
HENRIETTE
N'âllez pas croiro que je suis une Malibran ou une Grisi !
MAURICE
Heureusement! vous auriez trop d’admirateurs. C’est embarrassant pour un mari.
HENRIETTE
Jaloux I voyons, voulez-vous que ce soir je chante faux ?
MAURICE
Ob! non... devant cent personnes.
Henriette, se levant et passant à gauche.
Vous avez invité cent personnes?
MAURICE
Nos salons peuvent en contenir Io double.
HENRI ETTR.
Jn tremble maintenant de me trouver devant tout ce monde... je me sens gam ho d’avance. Vous ne mo quitterez pas, mon ami, vous repondrez souvent pour moi... vous me lo promettez?... Si tous mo voyez embarrassée, venez vite à mon secours!...
MAURICE
Adorable cl bonne!... Pourquoi n’avez-vous pas quelques défauts?...
le dombstioiX' annonçant.
Monsieur Poincelct!