HENRIETTE. MAURICE
Maurice, tombant accable sur le canapé. — A part.)
Ferdinand d'Elvimare, mon compagnon d'enfanco et d’étude, mon meilleur ami I
u r.NRi r.iTK, se levant et allant à Maurice
Vous souffrez, mon ami, de ce contre- temps. . j'en souffre autant que vous... mais ne manquons-nous pas un peu de patience Y
Maurice, se levant, montrant la glace transparente.
Voyez, nos salons sont dés“rls.
HENRIETTE
fl reste encore du monde h venir : tous nos invités ne se sont pas fait excuser.
MAURICE
Hais co monde viendra-t-il? (Jt tire sa montre.)
HENRIETTE
On s’est trompé sur l'heure... on ne va qudqui fois en soirée
qu’a près l’Opéra.
Matrice.
Regardez... Une heure et demie... 11 y a longtemps quo l’ôpéra est fini.
Henriette.
Les femmes apportent des soins exagéré», minutieux, infinis à leurs toilettes di soirée. Les maris attendent; il suffit d'un retardataire pour que bien d’autres soient en retard.
Maurice, agité.
Personne ?
HENRIETTE
Votre impatience mo fait mal.
■auricb, marchant.
Toujours personnel... Ah I une voiture. (Allant à ta fenêtre.) Non ; elle passe !
HENRIETTE
Du calme , je vous en prie , mon ami.
MAURICE
Les bougies sont aux deux tiers consumées, ces fleurs «ont déjà flétries... Quel silence dans la rue et au loin !... Oh ! ce vide, ce sil- nco m'accablent... Que supposer Y (71 s’astiedù droite sur le canapé.)
HENRIETTE
Il faut supposer, mon ami, qu'une cause qui nous échoppe... qu’un motif que nous ne connaissons pas, qoo nous connaîtrons...
Maurice, se levant.
Vous pleurez !... Ah ! vous le connaissez comme moi ce motif... vous avez compris! ( Henriette va toute en pleurs s'asseoir près de la cheminée. Maurice continue, arec indignation.) Voilé le monde! voilà la société! Elle vous crie : Hommes tombés, femmes déchues, réhabilitez-vous, relevez-vous ! Et quand vous êtes corrigés , quand vous ôtes debout, cette société vient avec une joie féroce vous secouer et vousdiro : Qu’étiez-vous autrefois? et elle vous renverse et elle vous passe dessus. Elle fait mieux , souvent elle fait comme aujourd'hui pour nous : elle vous étouffo sous lo poids du silence. (Avec force.) Ah! venez tous, vous quo je voudrais traîner jusqu’ici. Accourez pour mo demander compte do mon action. Jo vous répondrai, je vous dirai pourquoi j’ai épousé celte pauvre femme toute frémissante devant moi... Mais que répondre à ce monstre qu’on n’a jamais vu devant soi, plus bas que la terre , plus haut que le ciel ; que répondre à l'opinion ? (Jl tombe accablé sur le canapé.)
Henriette, ret enant près de lui.
Votre exaltation m'épouvante.
MAURICE
C’est elle, c’est l'opinion qui a écrit sur votre front ce que vous avez été; sur le mien . ce que j'ai osé faire en vous épousant : c’est elle qui a soufflé sur notre fèto et l'a empoisonnée. (Se levant et marchant arer agitation. Jl lire frénétiquement *o montre.) J’avais cru la société bonne, j’ai menti; j’avais cru que les petits valaient mieux que les grands , j’ai encore menti. 1 a*s grands sont dédaigneux, les petits sont stupides : voilà la différence. Ni les uns ni les autres ne sont venus h ma fête : ces grands citoyens ! El ce qui est odieux à penser, c'est que lorsque j’ai cru qu'une révolution tachée de mon sang relèverait l'homme , j’ai encore menti : les monarchies tombent, l’opinion reste; l'opinion, cetlo sanglante reine !
Henriette, allant pris de Maurice, qui est sur le devant , à
gauche.
l'ardcn ! oh ! pardon !... pour ces douleurs que je vous cause... tous vos maux Tiennent de moi... Pourquoi m’avoir épousée ? Jo vous l’avais bien dit... ne vous l’avais-je pas dit? (Elle est tombée aux pieds de Maurice.)
Maurice la relève et l'embrasse , purs, comme avec résolution , ta
à la cheminée, agite un cordon ; paraît la femme de chambre
par la droite, et le domestique par la gauche. A la femme de
chambre.
Apportez ici, a madame, ses plus riches parures... Descendez ses ©crins de pierreries... elle choisira... Apportez aussi fl ci fleurs... entendez-vous, des fl- urs... (La femme de chambre sort. Au domestique.) Qu’on molle les chevaux à la voilure. Dite* eu chasseur de se tenir prêt... Allez ! (Le domestique tort.', HENRIETTE.
Que prétendez-vous faire?
Maurice.
Nous allons au bal.
HENRIETTE
Au bal !
NAUUw.
Oui...
Mon uni...
IKmiITTL
Chez monsieur de Cbampvillior*.
HENRIETTE
AJ»!
MAURICE
Toute l’aristocratie du barreau et de la banque y sera : toutes femmes honnêtes.
Mon ami,
Jamais !
renoncez!...
HENRIETTE
MAURICE
HENRIETTE
Au nom du ciel !...
Maurice , la faisant asseoir près du guéridon.
Obéissez. [La femme de chambre a apporté let écrins et Us fleurs.) Celte couronne de violettes dans vos cheveux... [Il la pose lut-même.) Ah I mes invités no sont nas venus!... Ces fleurs font & ravir!... Eh bien I j’irai les chercner chez monsieur Champvilliers... Encore ces perles. ( Jl lui passe un bracelet au bras gauche ) Essuyez donc ces larmes... Noire maison est maudite... Vous voilà superbement coiffée !... c'est riche.., c’est fastueux... Ces fleurs à votre corsage... [Il lui donne un bouquet qu'elUpose elle-même à ton corsage.)
denrirtti , toute en pleurs.
Oh ! comme il souffre !
mauhick, la contemplant.
Ah! vous êtes belle !... vous serez la plus belle do bal... Mais ne pleurez plus I
Henriette.
Ce sont vos larmes qui m'inondent In visage!
Maurice, prenant un collier que lui présente la femme de chambre.
Encore ce collier. (Jl U lui passe autour du cou ) Los infâmes ! tuer la femmo par le mépris, le mari par la honte... Oh ! iis ne nous tueront pas!... (Lut mettant un autre bouquet dans la main.)
Henriette , au comble de la douleur.
Assez I assez! ou je meurs.
LE CHASSEUR , OU fond.
La voiture de monsieur est prête.
MAURICE
Venez, madame, allons au bal de monsieur Champvilliers. (Il sort en l'entraînant.)