‹ Le livre noir drame en cinq actes et six tableaux (volume 2)Chapitre 72 sur 91 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

LE MAJOR D’ANGLEMIRE, LANDREUIL.

le major, amenant landreuil du fond. Il parle avec V accent Italien.

Je vous remercie personnellement, monsieur le comte, de l’accueil gracieux que je rencontre dans l’hôtel de votre beau-père, monsieur de Charupvilliers, à qui jo dois l’honneur de me trouver ici le jour ai heureux de votre mariage.

LANDREUIL.

C'est moi qui mo félicite de vous recevoir, monsieur le baron.

R a suffi d’un mot de monsieur de Charnpvilliers pour que je me •ois empressé de vous adresser une lettre d'invitation.

u MAJOR.

Je la loi ai demandée comme une véritablo faveur. Ma misaion en France, il vous l’a dit, peut-être, m’a créé d’honorable* rapports avec lui. Sa vieille expérience de magistrat a daigné me guider dans le travail de législation comparée , auquel je me Mvro en ce moment, dans un but de haute philanthropie.

LANDREUIL.

Jo regrette, monsieur, que les préoccupation» de mon mariage m’aient empêche de prendre plus particulièrement connaissance du travail dent vous mo pariez, vous étudiez, je crois, nos prisons?

LE MAJOR

Oui, monsieur 1a comte, je suis envoyé en France par le çrand duc de Toscane, pour étudier h fond votre système pénitentiaire. La question est grave; elle a soulevé des dissentiments entre Son Altesse et moi. Le Grand Duc est pour lo silence absolu du prisonnier qu’on enferme dans les cellules; moi pour le silence partiel, c’est-k-dire oue je permets au prisonnier de parler une fois par mois k son chef d'atelier pour ta besoins du service. Je suis donc venu en France, où l’on emploie avec succès ta deux ; systèmes, afin de m’assurer quel était le meilleur, pour l'appliquer ensuite k la Toscane. La question est maintenant résolue pour moi. Le silence absolu rend fou, tandis que le silence partiel ne rend qu’imbécile. Je suis donc d’accord avec l’humanité, en préférant ce dernier silence au silence absolu. On est philanthrope ou on ne l’eat paa.

LANDREUIL.

Allez I la prison la plus affreuse, la punition la plus terrible pour l’homme coupable sera toujours sa conscience...

li major, retenant un éclat de rtrt.

Comment ivez-vous dit?

LANDREUIL.

Je disais que la conscience. . .

ut major, éclatant de rire.

J’avais bien entendu!... la conscience...

LANDREUIL.

Ce rire cynique...

LE MAJOR, parlant nalurtUemenL

J’aime mieui un bon passe- port.

Landreuil, U reconnaissant

Je ne me trompe pas.

LM MAJOR

Vous ne vous trompez pas. Le baron Morello-Morelïi est l’ancien major Martingale, votre meilleur ami.

LANDREUIL.

Vous idl mais vous êtes condamné k deux ans de prison.

lr major.

Voilk pourquoi je ta étudie, voilk pourquoi je les visite. A qui diable viendrait-il k l’esprit qu’un condamné ail tant d’audace?

LANDREUIL.

Mais, ce titre que vous prenez, ce nom ?...

LE MAJOR

Ils sont bien k moi. Je les ai trouves l’un et l’autre dans l’intérieur d’une diligence... sur un voyageur qui dormait.

LANDRRUIL.

Vous lui avez volé son portefeuille?

LE MAJOR

Je lui ai emprunté seulement son passe-port tout en respectant sou sommeil. D’ailleurs, j’ai eu le soin de mettre le mien k la place. En sorte que je m’attends k rencontier un jour ou l'autre mon honnête dormeur dans lus prisons que j'inspectu... Mais k propos... vous m’avez parlé de conscience... vous prenez avec moi un ton... que signifie? vous avez été grec comme moi, mon cher.., Achille, seriez-vous passé dans le camp des Troyens?

LANDREUIL.

Major... je ne vous trahirai pas... mais ne comptez plus sur moi.

LR major.

Très-bien! on joue dans vos salons... on joue gros jeu... j'ai perfectionné ma martingale...

LANDRRUIL.

Vous voudriez qu'associé encore k vos gains illicites...

LE MAJOR

Oh! illicites... puritain ?... mais je neveux pas cela; seulement vous fermerez ta yeux ot la bouche. Je ne veux pas le silence parliel, entendez-vous?... mais le silence absolu... comme lo grand duc de Toscane. (Ici la musique reprend.) Allez remplir vos devoirs do maître de maison, allez, mon ami... Ah ! encore an mot... en traversant vos salons j’ai aperçu le préfet de police... vous me présenterez k lui dans la soirée... c’est un homme charmant... il a un peu maigri... Mais allez, Anatole.

landreuil, à part, en se retirant.

Cet homme est le spectre do mon passé, il me tait peur.

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